Mémoire en défense du recrutement et de l'emploi accéléré d'étudiants pour l'enseignement de base

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Je vous le dis net, ce n’est pas dans mes habitudes de prendre le tambour de louange car nous, nous sommes du genre à nous occuper plutôt des trains qui arrivent en retard, pas de ceux qui arrivent à l’heure. A chacun son rôle, sa mission… Mais là, je suis obligé de monter au créneau pour défendre la mesure prise par le gouvernement qui vise à recruter des étudiants et, après une formation accélérée, à les mettre à la disposition du MENA pour emploi. L’engagement pris lors de la campagne avait fait rigoler plus d’un qui vouent aux gémonies cette mesure. Les critiques, et c’est leur droit, ont repris de plus belle depuis la concrétisation de cette engagement. Sauf que les arguments qu’ils avancent ne tiennent pas. Moi je ne m’en moque pas. Et voici mes raisons.

1. Il n’y a pas de sot métier, il n’y a que des sots pour choisir le chômage en lieu et place du métier d’enseignant

La réalité c’est que ceux qui se moquent de cette mesure cachent mal le mépris qu’ils ont pour la fonction d’enseignant du primaire: métier mal rémunéré, niveau bas de recrutement (BEPC), obligation de servir en « brousse », etc. En somme, c’est lorsque dans la fonction publique on n’a trouvé mieux à faire que l’on devient enseignant. Et pourtant nous sommes ce que nous sommes parce qu’il y eut des enseignants, je dirai mieux, des éducateurs. Sans eux, pas de ministre, pas de DG ni de DAF, pas de douanier ni de professeur d’université. Bref, ils sont l’alpha et l’omega de ce que nous sommes et de ce que notre société est appelée à devenir. Avec pour seule récompense, le mépris et la précarité!

2. La vocation d’enseignant en question

Certains par contre avancent que être un enseignant c’est une vocation et qu’il ne faudrait pas y contraindre des étudiants qui n’ont pas cette vocation. C’est un tant soit peu juste et l’idéal aurait été que chacun embrasse sa profession par vocation, même le douanier. Mais la réalité est tout autre et ce n’est pas pour rien que l’on passe bien souvent plusieurs concours à la fois. Qu’on consulte la masse des enseignants d’aujourd’hui pour voir combien s’y sont astreint à défaut de mieux. Au regard des conditions de vie, de travail et de rémunération, je doute que beaucoup embrassent cette profession par vocation. L’enseignement, on y arrive à défaut de mieux et on apprend à l’aimer par la suite.

Qu’on se le dise, personne n’est obligé avec son Bac+2 et plus, de faire acte de candidature pour être enseignant du primaire. Ce dont il est question à travers cette mesure, c’est de pourvoir aux besoins de ceux qui sont vraiment en recherche d’emploi, pas ceux qui veulent trier entre les emplois. Attendons donc de voir si les étudiants vont se ruer ou pas pour faire acte de candidature car c’est bien eux qui sont concernés pas les autres. Ceux qui s’en moquent n’ont sans doute jamais travaillé tout en étudiant. S’ils avaient eu cette expérience, ils auraient de loin un autre point de vue.

3. Tirer leçon de l’échec de la « diplômite » francophone

C’est connu, dans les pays francophones, le diplôme compte pour quelque chose et on les accumule à gogo. On te demande plus souvent quel diplôme tu as plutôt que ce que tu sais faire de tes doigts ou de ton cerveau. Conséquence, on voit mal un Bac + quelque chose se ravaler à faire autre chose que ceux vers quoi son diplôme est prétendument sensé le porter. Qu’on en sorte sinon nous allons pourrir dans cette mentalité de sous-développé et d’assisté. Bac+2 et enseignant, et alors…? Mais on peut être diplômé et mendier, vivre au crochet de ses parents et proches, alors même qu’on serait plus digne d’enseigner pour gagner sa vie, aussi modeste soit-elle. Je suis de ceux qui pensent qu’on peut être juriste ou économiste (Bac+3 ou 4) mais prospérer dans le commerce voire l’artisanat ou le showbiz…

Par ailleurs, c’est connu dans nos pays, on se satisfait des positions acquises au contraire des autres qui aiment le mouvement, les challenges et qui visent toujours l’ascension. Ce n’est pas parce qu’on est recruté enseignant du primaire qu’on est condamné à mourir dans cette fonction. Et le savez-vous, même ici chez nous au Burkina Faso, il y en a qui ont commencé enseignant du primaire ou du secondaire et sont aujourd’hui professeurs d’université parce que tout en enseignant au primaire ou au secondaire, ils ont su continuer leurs études pour obtenir un doctorat pour ensuite se faire enrôler dans les universités qui sont en déficit d’enseignants. Et des exemples, il y en a plein à l’université de Ouagadougou et de Koudougou.

4. La formation accélérée des recrues RMCK

Pour ce qui est de la formation accélérée, je m’en remets aux spécialistes. Je sais seulement que les IA (instituteurs adjoints) à l’époque n’en faisait pas plus. Le pari est sans doute qu’un étudiant Bac+2 et plus, comprendra et assimilera plus vite qu’un jeune de niveau BEPC. Mais seule la réalité nous dira dans 5 ans si c’est une bonne idée de ne faire que quelques mois de formation professionnelle. Mais ma conviction aussi est que les compétences et aptitudes professionnelles, on les acquiert sur le terrain de l’enseignement, pas dans les ENEP.

Sortons de la ville, rentrons dans les campagnes. Vous verrez qu’avec le continuum, des enseignants sont contraints de tenir seuls une classe de 6ème ou 5ème et obligés à eux seuls d’enseigner TOUTES les matières aux mêmes élèves. Que faire pour y remédier?

Et si ça ne tenait qu’à mois, les enseignants du primaire seraient les mieux payés de ce pays et on les recruterait même avec une exigence de niveau Bac+4 pour une formation courte et intégration directe et niveau Bac+2 suivi d’une formation de 2 ans avant intégration. On créerait dans nos universités des filières spécialisées en éducation primaire comme ailleurs dans les pays développés. Malheureusement ceci aurait pour conséquence de ne pas permettre à ceux qui ne sont titulaires que du BEPC d’accéder à une des rares professions qui leur reste dans la fonction publique. Mais si c’est le prix pour une meilleure éducation de nos enfants et pour la valorisation même du métier qui est à la base du reste, pourquoi pas?

En conclusion, je m’en réjouis et je dis à ceux qui le veulent bien, saisissez cette opportunité!

@Sidpawalemda

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