Mesures contre le Covid-19 : Entre crainte et espoir pour les entreprises burkinabè

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Mesures contre le Covid-19 : Entre crainte et espoir pour les entreprises burkinabè

Face à la menace du coronavirus, l’Etat burkinabè a été contraint de fermer les frontières nationales. S’en est suivi une série de mesures drastiques, telles que l’instauration d’un couvre-feu et la suspension des transports terrestres et ferroviaires. Ceci n’est pas sans conséquence majeure, sur l’activité économique, qui peine à s’adapter à la nouvelle situation. Comment les entreprises vivent cela à Ouagadougou ? Le constat auprès de quelques-unes d’entre elles.

Chez l’entreprise « Bose » de Moaz, spécialiste des appareils électroniques de marque Apple, les produits se font de plus en plus rares. Même si le marché n’est pas encore très affecté, nous apprend-on à l’accueil. Pour eux, bien vrai que les produits et la clientèle commencent à se rarifier, mais la situation est préférable à un confinement général. L’impact sur le commerce n’est plus à démontrer mais les mesures telles qu’annoncées ne doivent poser problème à qui que soit, souligne le responsable de service.

SONIA Hôtels, est resté sur ses gardes en désinfectant régulièrement ses locaux à tout corps étranger à l’hôtel, etc. Nous avons pu lire sur des panneaux d’affiche à l’entrée tout comme à l’accueil, les mesures de distances à observer, la fermeture de la piscine et du restaurant jusqu’à nouvel ordre. Nous avions en outre été désinfectés à l’entrée de l’immeuble avant d’y avoir accès. Des mesures suivies à la lettre même si l’absence de clients était perceptible. Tous les rendez-vous sont annulés, nous dit le service d’accueil. « Le peu de clients que nous avions est aussi parti. Nous sommes là, pour juste assurer une permanence » a-t-il poursuivi.

Jusqu’à quel niveau cette épidémie est prête à infecter l’économie burkinabè ? C’est la grande préoccupation pour l’accueil, qui nous informe que les réservations mêmes pour les mois à venir ont toutes été annulées.


Pour Jean-Bosco Richmond Bossou, un des responsables de l’hôtel, le poids économique de la pandémie se ressent parce que tout est au ralenti. Les clients ne viennent plus, comme dans beaucoup d’autres hôtels d’ailleurs ». En effet, à Splendide hôtel et à Bravia hôtels où nous avions été à deux reprises sans avoir un responsable pour nous entretenir, la clientèle s’y fait aussi rare. La demi-heure passée à Splendide ne nous a pas révélé un semblant de client en quête d’hébergement ou d’un service quelconque.

Jean-Bosco Richmond Bossou, responsable à Sonia hôtels

Ce qui nous taraude l’esprit à cet instant « est-ce que ces entreprises pourront faire face aux charges incompressibles, si la situation perdure » ? Ne seront-elles pas obligées de contingenter leurs effectifs et envoyer certains des agents au chômage. Eh bien, même si pour Sonia Hôtels, la structure semble assise sur un socle solide, qui lui confère un peu plus de moyens pour faire face à la tempête, bon nombre d’entreprises au Burkina Faso risquent de passer par cette porte, si la situation est encore pour longtemps.

Sonia hôtels Ouagadougou est une filiale d’un groupe international, donc un peu plus solide. Ils disent chercher à assumer leur part de devoir dans la gestion de la crise actuelle en se focalisant plus sur l’après Covid-19. Les mesures sont salutaires pour eux, et l’hôtel compte mettre les bouchées doubles dans l’application des mesures d’hygiène, pour les volets le concernant.

Pour Jean Bosco Richmond Bossou, il est clair que la tragédie qui ne concerne non pas seulement SONIA Hôtels, ni seulement le Burkina Faso, est très difficile. Mais lorsqu’on est face à une telle situation difficile, il est clair que la prise de mesures pour ne pas en arriver à la fatalité s’impose. Et c’est de bonne guerre que toutes ces mesures soient consacrées à la lutte contre l’épidémie, qui fait rage dans le monde, afin de retrouver l’équilibre du passé.


Qu’à cela ne tienne, les mesures doivent tout aussi concerner le volet économique. Ne serait-ce que pour assurer une veille ou une réorganisation stratégique, parce les populations continuent de consommer même si elles changent d’habitude.

A Will télécom, en plus de la rupture des produits de l’extérieur, c’est la fermeture des marchés qui posera désormais un souci. Alors que les factures SONABEL, ONEA, des locaux et les charges d’employés sont là, l’entreprise se demande comment s’y prendre si la situation va plus loin. Le plus grand regret exprimé est que les responsables des marchés n’ont pas été avisés avant la décision de fermer les marchés.

Rasmané Ouédraogo, agent commercial à Will télécom.

Pour Rasmané Ouédraogo, agent commercial à Will télécom, la situation qui évolue avec les mesures de jour en jour, pose beaucoup d’inquiétudes. « La maladie se propage à grande échelle, alors que nous sommes un Etat beaucoup plus fragile, qui ne fabrique pas, mais consomme », dit-il. La fermeture des frontières chinoises et celles du Burkina, constitue un coût énorme pour les entreprises burkinabè, dont Will télécom. Bien que le fret ne soit pas arrêté, il y a beaucoup de ruptures, poursuit Rasmané Ouédraogo. Les mécanismes de résilience sont quasi inexistants.

Mis à part que la cause est sanitaire et prime sur tout, économiquement, elle reste insupportable pour le pays et partant pour les entreprises. « Nous résistons avec le peu que nous disposons, mais dans le long terme ce n’est pas évident qu’on puisse tenir », s’inquiète-t-il. Au Burkina beaucoup vivent au jour le jour. C’est-à-dire qu’il y a des gens, dont le travail et les moyens ne permettent pas de suspendre leurs activités pour plusieurs jours.


Si le marché se ferme, ces derniers auront besoin de soutien. Aussi, si le marché se ferme au-delà du temps prévu, ce sont des millions de F CFA qui partiront en poussière pour Will télécom. Dans le monde de l’électronique, cette société est un grand fournisseur de l’Etat et du privé. Par-dessus tout, Will télécom reste solidaire aux mesures prises par le gouvernement. C’est pour que tout n’aille pas en poussière, que les mesures draconiennes ont été prises, selon M. Ouédraogo.

Autres lieux, autres constats. Les compagnies de transport ont dû fermer. TCV Ouaga (Transport confort voyageurs) fait cinq pays de la sous-région et le tronçon Ouaga-Bobo, pour ce qui est de l’aspect national. C’est la permanence pour accueillir quelques usagers qui voudront récupérer courriers ou autres commissions. Palé Dramane est le chef d’exploitation du centre qui regroupe Ouaga, Lomé et Cotonou. Chaque jour jusqu’à 23 heure, la gare grouillait de monde, selon lui. « Mais nous avons suspendu tout et c’est juste pour assurer la permanence que nous sommes là », a-t-il avoué.

Dramane Palé, chef d’exploitation du Centre à TCV

Une permanence qui semble morose. Même la question du fret qui est brandie, ne signifie rien pour M. Palé. « De façon générale, nous sommes coupés de toute activité. Notre fret était associé au transport des personnes par bus », raconte-t-il. Pour lui, le fonctionnement actuel reste un coût. Avec la suspension les employés ont été réorganisés pour assurer la permanence à tour de rôle, pour que le service travail avec le minimum de personnes. Mais il n’y aura pas de licenciement, rassure-t-il, même s’il faille revoir le mode de fonctionnement. Le souhait est que la mesure n’excède pas les deux semaines, sinon les conséquences s’enchaineront en cascade.

« Au-delà de deux semaines, ça va être difficile pour nous et pour beaucoup de personnes », renchérit M. Palé. Son idée nous fait penser que beaucoup d’employés risquent de perdre leur salaire si les mesures deviennent plus sévères et s’inscrivent dans la longue durée. Puisque le terme devenu populaire ces derniers temps, c’est « le terrain qui commande la manœuvre ».

Les guichets à la gare TCV

Pour Dramane Palé, les mesures n’ont pas été prises ipso facto. C’est aussi à l’instar de ce qui se passe à l’international que le Burkina tire son comportement. Alors la façon dont le problème est résolu à l’international, même sur le plan économique, doit aussi inspirer le pays. Les mesures d’aides économiques et financières faites ailleurs doivent être appliquées aussi au Burkina, même si ce n’est pas avec les mêmes forces, espère Dramane Palé.

Pour lui, au Burkina même lorsque les gens travaillent, ils ont des difficultés pour se prendre en charge convenablement. Alors sans travail, il faudra un soutien de plusieurs personnes. Comme tous ses prédécesseurs, Dramane Palé, trouve aussi que les mesures sont justes. Elles n’ont pas été spontanément prises. Elles ont requis une longue réflexion mûrie. Alors, pour Dramane, la confiance doit être accordée au gouvernement.

Etienne Lankoandé

Lefaso.net

Source : lefaso.net

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