Mathias Yaméogo, peintre-dessinateur : « Sans la spiritualité et la maturité, on ne peut pas décrypter l’art »

71
Mathias Yaméogo, peintre-dessinateur : « Sans la spiritualité et la maturité, on ne peut pas décrypter l’art »

Il est l’une des valeurs sûres de la peinture burkinabè. Grâce à son pinceau, il a honoré le Burkina Faso au pays des pyramides. Lui, c’est Mathias Yaméogo, lauréat au concours des Oscars de la créativité africaine, qui s’est tenu en Egypte du 1er au 10 septembre 2019. Lefaso.net s’est entretenu avec lui.

Lefaso.net : Présentez-vous à nos lecteurs.

Mathias Yaméogo : Je suis peintre-dessinateur. J’ai 28 ans dont six ans d’expérience dans le domaine de la peinture.

Vous auriez pu vous intéresser à d’autres disciplines de l’art comme que la musique, la sculpture ou le théâtre ; pourquoi le choix de la peinture ?

On n’opte pas, on ne choisit pas d’être peintre. On naît avec cet art et on se perfectionne. On a le don à la naissance, et au fur et à mesure qu’on grandit, on s’exerce dans le domaine. J’ai remarqué que quand j’étais petit, au primaire, je savais très bien dessiner. Juste après mon baccalauréat, je me suis offert des formations avec des professionnels du domaine. J’ai participé à des concours qui m’ont donné davantage de motivation.


Quelle est la différence entre une œuvre d’art et un objet d’art ?

Déjà, il faut savoir faire la part des choses quand on parle de l’artisan et de l’artiste. D’abord l’artisan, c’est celui qui fabrique des objets standards qui se ressemblent. Il peut en fabriquer tout une série. Ce sont des objets d’art. En revanche, l’artiste, c’est celui-là qui crée une œuvre unique en son genre, qu’il ne peut reproduire. L’œuvre, c’est ce qui est originale et unique.

D’où puisez-vous votre inspiration ?

Disons que j’ai un esprit de créativité et de philosophie. Je réfléchis tout le temps. Je peux passer toute la journée dans la chambre. Quand l’idée vient dans mon esprit, je la fais ressortir. Je m’inspire de ce qui m’entoure, la philosophie, les thèmes culturels. L’œuvre d’art traduit l’identité culturelle de la personne qui produit son œuvre. Moi, c’est mon empreinte de Burkinabè que je mets sur le tableau. Aussi, on dit que l’artiste met son être intérieur dans son œuvre ; à travers une œuvre artistique, on peut savoir ce que pense l’artiste.


Parlez-nous de votre sacre en Egypte.

Il s’agit des Oscars de la créativité africaine qui se sont tenus en Egypte, du 1er au 10 septembre 2019. Le concours a été organisé par le ministère du Sport de l’Egypte. J’ai eu l’opportunité d’être invité. C’était une compétition qui regroupait plusieurs pays du continent africain et plusieurs disciplines. Il y avait le long métrage et le court métrage, la peinture, la sculpture. J’ai eu la chance de remporter un prix pour honorer le Burkina Faso. C’était la première édition.

Quelle fut la prime du lauréat ?

C’est un trophée, une attestation de participation et une autre de mérite. Je tiens à préciser qu’il n’y a pas eu d’enveloppe. Certes, même si vous n’avez pas eu d’argent, le fait d’avoir été reconnu et accompagné par un trophée ou une attestation, c’est déjà une satisfaction.

Selon vous, qu’est-ce qui a fait la différence entre vous et les autres candidats ? Et Quelle est l’œuvre que vous avez présentée au jury ?

Pour la différence, je ne vois pas trop. C’est le jury qui peut répondre à la question. Toutes les œuvres se valaient. Je ne peux pas me venter à ce niveau. L’œuvre que j’ai présenté c’est « Le trésor perdu de nos aïeux ». Le trésor ne renvoie pas au matériel, je ne parle pas forcement des ancêtres burkinabè mais de toute l’Afrique. Il y a un trésor que la génération actuelle doit retrouver et sauvegarder afin de la transmettre aux générations futures. Je parle de la connaissance, l’architecture, l’art vestimentaire, la gastronomie.


L’art nourrit-il son homme ?

On n’est pas artiste pour recevoir forcement de l’argent. On est artiste par passion et pour transmettre des messages. L’objectif de l’artiste, c’est de véhiculer des messages, éveiller les consciences. C’est de communiquer avec l’âme de l’être humain ; l’argent vient après.

L’art peut-il contribuer au développement d’un pays comme le Burkina ?

L’art est incontournable dans un pays, la culture est nécessaire au développement. Regardez les pays qui ont atteint un niveau de développement supérieur ; ces pays ont su valoriser leur culture. L’art peut contribuer à promouvoir la culture, et la culture peut contribuer à développer le pays. L’art englobe trois fonctions : la fonction pédagogique, la fonction lucrative et la fonction ludique. Ces fonctions sont avantageuses pour le développement d’un pays. N’oublions pas que l’art exporte la culture du pays vers d’autres horizons.

Pour le commun des mortels, les œuvres d’art sont souvent perçues comme abstraites. Un commentaire ?

En réalité, il faudrait comprendre une chose. Déjà, il y a plusieurs variétés de peintures. Chacun a sa façon de faire. L’artiste met son empreinte dans son œuvre. Il faut savoir que l’art dépasse l’intellectualité. On a beau être intellectuel, sans la spiritualité et la maturité, on ne peut pas décrypter l’art.

Faites-vous une autre activité en dehors de la peinture ?

Je fais autre chose en dehors de la peinture. J’ai suivi beaucoup de formations professionnelles. Je suis logisticien et déclarant en douane. C’est pour avoir des revenus réguliers pour financer mon métier d’artiste.


Vos ambitions futures ?

Mon projet, c’est d’ouvrir une galerie. Je veux créer un espace d’exposition d’art. Aussi, je veux contribuer à la promotion de la culture dans mon pays, et pourquoi ne pas approcher les écoles pour apprendre aux enfants la peinture.

Un message à passer à votre ministre de tutelle (culture) ?

C’est le féliciter pour ce qu’il a fait actuellement. Mais je veux lui lancer un coup de cœur ; qu’il redouble d’efforts. On se rend compte que l’Etat burkinabè ne donne pas assez de budget pour valoriser la culture. Il se focalise plus sur l’industrie des mines. Un site minier a une durée de vie, par contre la culture existera toujours. Il faut investir dans la culture. Actuellement, on est dans un système qui n’est pas propre à nous, il faut revenir à la culture car elle nous identifie.

Votre dernier mot ?

Je remercie Lefaso.net pour son implication dans la promotion de la culture. J’encourage tous ceux qui sont dans le domaine de l’art. C’est une discipline qu’on ne valorise pas assez ; mais par passion, il faut continuer à se battre.

Samirah Bationo (stagiaire)

Lefaso.net

Source : lefaso.net

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici