Marche-meeting de l’UAP : « Une action déstabilisatrice du régime », selon Me Bénéwendé Sankara

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Après la marche-meeting du lundi 16 septembre 2019 de l’Unité d’action populaire (UAP) réprimée par la Police, Burkina 24 a tendu son micro à Me Benewendé Sankara, Président de l’Union pour la renaissance/parti sankariste (UNIR/PS).

Burkina 24 (B24) : La marche-meeting des syndicats et de certaines organisations de la société civile (OSC) a été réprimée le lundi 16 septembre 2019. D’abord, comment jugez-vous la tenue de cette marche-meeting ?

Me Benewendé Sankara (Me Sankara) : D’abord, permettez-moi de préciser que ce n’est pas une marche des syndicats. Ce que nous avons noté, c’est une marche organisée par un collectif appelé Unité d’action populaire (UAP). Cette Unité d’action populaire que je ne connais pas du tout, me semble-t-il, est composée entre autres de la CGT-B, du MBDHP, du Balai citoyen, de l’ODJ…

Ce qui me surprend, c’est que je suis membre du Collectif des organisations de masse et de partis politiques. Ce collectif a une plateforme réactualisée chaque année. Et c’est pratiquement les mêmes acteurs qui se sont retrouvés en Unité d’action populaire. Je ne sais pas honnêtement ce que cette Unité d’action populaire cherche, mais à y regarder, pour moi, c’est purement et simplement une action déstabilisatrice du régime en place avec des visées politiques d’orientation d’extrême gauche.

Je  pense que depuis l’Insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014, on ne doit pas pouvoir prendre le pouvoir d’Etat au Burkina Faso ni par les armes ni par la rue.  

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B24 : A vous écouter, vous doutez même de la légitimité et de la légalité de l’Unité d’action populaire…

Me Sankara : Bien sûr ! Je ne sais pas s’ils ont un récépissé. Mais s’ils en ont, ils n’ont qu’à le prouver. Mais là n’est pas le problème, la légalité de la manifestation s’est appréciée au regard de la loi. Au départ, quand vous avez parlé des syndicats, j’avais compris qu’ils ont déposé un préavis de grève qui n’a pas respecté les délais légaux.

Naturellement, le gouvernement a opposé un refus en invoquant la loi. Nous avons vu le secrétaire général de la CGT-B, M. Bassolma, sortir pour dire à la limite qu’on s’en fout des délais, qu’on s’en fout de la loi. Soit nous sommes en démocratie et en république ou on ne l’est pas. Et force doit rester à la loi. Maintenant que cela ne semble pas marcher aux yeux de l’opinion nationale et même internationale, on a élargi le mouvement à d’autres OSC (organisations de la société civile, ndlr) dont on connait aussi les bords politiques…

B24 : Lesquelles par exemple ?

Me Sankara : L’ODJ (Organisation démocratique de la jeunesse, ndlr), on connait son bord politique.

B24 : Et c’est quel bord ?

Me Sankara : C’est le PCRV (Parti communiste révolutionnaire voltaïque, ndlr).

B24 : D’aucuns estiment que le pouvoir en place n’aurait pas dû procéder à une répression au regard du climat social…

Me Sankara : Si la police en est arrivée à là, c’est qu’elle a été elle-même agressée dans ses positions. La police n’a pas été la première à aller vers la Bourse du travail pour disperser les manifestants. Les manifestants ont bravé la loi et justement, ils ont rencontré la police. Je vous assure que depuis 1998, quand je marchais dans le collectif des organisations de masse et de partis politiques, nous n’avons jamais vu ça. C’était des marches qu’on a toujours autorisées. On a toujours pris les dispositions républicaines, légales, pour mener nos activités jusqu’à l’Insurrection. On n’a jamais, au grand jamais, violé la loi avec le collectif.

C’est pourquoi on a créé justement une Unité d’action populaire pour dire que désormais on veut une orientation d’extrême gauche dans le pays. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que certaines centrales syndicales se sont démarquées de cette activité. Pourquoi ? Pourquoi l’activité ne s’est pas menée sous l’UAS (Union d’action syndicale, ndlr) ?

B24 : Vous avez parlé du respect des textes. Mais en 2014, pour la marche des femmes le 27 octobre 2014, vous politiques et OSC, vous avez bravé une décision de la mairie…

Me Sankara : Non ! On était déjà dans la désobéissance civile. La loi n’a pas été violée. Nous avons rencontré le maire et je n’étais pas seul. Vous pouvez poser la question à Dr Ablassé Ouédraogo. Nous avons rencontré le maire à l’époque (Casimir Ilboudo, ndlr) et nous lui avons dit que la marche des femmes était bel et bien légale. Effectivement, il y a des femmes qui avaient peur. Nous les avons rencontrées au siège du CFOP pour leur expliquer que la marche était bel et bien légale parce qu’elle intervenait dans un contexte de désobéissance civile. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas.

Lire 👉 Siméon Sawadogo sur la marche dispersée du 16 septembre : “Force doit rester à la loi”

B24 : Selon certains Burkinabè, le pouvoir de Roch Kaboré bascule vers la dictature. Qu’en dites-vous ?

Me Sankara : (Rires) Vous savez, il y a des gens dans ce pays qui veulent une chose et son contraire. Quand le président Roch Marc Christian Kaboré ne fait rien, on dit oui, il ne fait rien. Quand il pose des actes musclés, on crie à la dictature. En attendant, je retiens que force doit rester à la loi. Respectons la démocratie et ses règles.

Il y a des gens dans ce pays qui sont prêts à défier l’autorité, à défier les institutions, à nier la loi. Qu’est-ce que vous voulez ? Est-ce que le Burkina Faso, en faisant l’insurrection pour la démocratie, en disant à l’époque qu’il faut une alternance, est-ce que nous allons opter pour la pagaille et le désordre ? Je dis non ! Et les Burkinabè ne sont pas naïfs, ne sont pas dupes.

B24 : Avez-vous un dernier mot ?

Me Sankara : C’est appeler le peuple burkinabè à la sérénité, à renforcer sa démocratie, à lutter contre l’insécurité et à lutter contre l’extrémisme sous toutes ses formes.

Interview réalisée par Ignace Ismaël NABOLE

Burkina 24

Source : Burkina24.com

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