Lycée Boopo de Matiacoali : Le F-SYNTER attire l’attention

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Dans cette lettre ouverte adressée  au Directeur Régional des Enseignements Post-Primaire et Secondaire de l’Est, la Fédération des syndicats nationaux des travailleurs de l’éducation et de la recherche (F-SYNTER) attire l’attention sur le lycée départemental Boopo de Matiacoali.

Monsieur le Directeur Régional,

Le Lycée Départemental Boopo de Matiacoali(LDBM), faut-il le rappeler est un établissement de la réforme situé dans la région de l’Est dans la province du Gourma. Comme on le sait les établissements dits de la réforme sont ceux où les élèves inscrits au post-primaire sont exemptés des différents frais. Pour contourner ce principe de gratuité les établissements concernés ont trouvé une parade : les cotisations APE. Au LDBM, celles-ci ont connu une hausse de 150%. En effet de 5000f CFA, les cotisations APE sont d’abord passées à 10.000f CFA.

Puis, sous l’instigation du nouvel intendant qui venait d’être débarqué du lycée municipal de Fada N’Gourma, une nouvelle hausse de 2500f CFA fut décidée sans aucune concertation avec les parents. Ce qui fait en tout 12500 F CFA de frais APE.

Avec une telle cotisation, sans compter les frais de participation pour les élèves du second cycle et des recrutés en complément d’effectif, pour un effectif de plus de 400 élèves, ces derniers étaient en droit de s’attendre à ce que leurs préoccupations les plus légitimes soient prises en compte surtout qu’au dire de l’intendant les nouveaux textes (que personne n’a encore vus) l’autorisent à incorporer une grande partie (au lieu des 40% que tout le monde connaît) des frais APE dans SON budget (COGES) comme contribution de l’APE au fonctionnement de l’établissement. Il affirmera même par la suite que l’APE a mis la totalité de ses fonds à sa disposition.

Mais par la seule volonté de cet homme, qui entend gérer les fonds COGES comme son argent de poche, surtout face à un proviseur très effacé, incapable de lui apporter la moindre contradiction, aucun des besoins élémentaires des élèves encore moins ceux des professeurs n‘aura rang de priorité dans le budget. Les seules priorités  du tout puissant argentier tournent autour des frais de missions, de carburant et de communication pour l’administration.

De l’organisation des examens blancs

Monsieur le Directeur Régional, dans ce contexte, M. (T.M) qui n’a de proviseur que le titre (la réalité de ses pouvoirs étant exercée par l’intendant) dira de façon péremptoire dès le conseil de rentrée qu’il n’y aura pas d’examens blancs faute d’argent. Cette décision aussi inopportune qu’inattendue était d’autant plus surprenante qu’elle arrivait à un moment où la première session du COGES, qui est la seule instance compétente pour décider de la gestion des fonds, n’était pas encore tenue.

Mais malgré la campagne de désinformation et d’intoxication initiée par l’intendant, l’administration  va sillonner les classes pour dire aux élèves que l’examen blanc est facultatif et qu’il n’aura aucun impact sur les résultats des vrais examens, elle finira par faire marche arrière face  à la détermination des élèves,  en acceptant du bout des lèvres le principe de l’organisation des examens blancs tout en usant de manœuvres dilatoires pour qu’ils n’aient pas lieu.

De la confection des registres de bulletins

Pour ce qui est des bulletins, prétextant encore le manque de moyens, l’intendant refusera de commander les registres conventionnels, préférant plutôt concevoir avec des fautes  un tableau de notes sur Word qu’il va imprimer pour tenir lieu de bulletin.

Cette mauvaise option qui nuit gravement à la sécurité des données (l’établissement ne disposant pas de logiciel permettant de garder une source numérique) a été faite sans aucune concertation avec le corps professoral. Là encore pour se justifier, le proviseur dira que l’intendant a proposé en guise d’archives, de garder une simple photocopie de chaque bulletin à son niveau.

C’est dans ce contexte que réuni en assemblée générale extraordinaire, nous militants de la         F-SYNTER avons décidé de rejeter ces bulletins tout en proposant à l’administration de commander des registres conventionnels. Là encore, refus catégorique de l’intendant alors que ces registres sont estimés à moins de cent mille francs (100 000f) CFA. C’est donc en toute logique que les professeurs à travers la F-SYNTER, refusèrent de cautionner ce bradage de l’avenir des enfants en s’abstenant de remplir ces papiers volants en lieu et place des vrais bulletins.

Du remboursement des trop perçus et de l’expulsion des élèves non à jour  

Monsieur le Directeur Régional, concernant la question du remboursement des frais de location des manuels scolaires, il faut dire que les faits sont plus que révoltants. En effet dès la rentrée, l’administration, sous la houlette de l’intendant, avait exigé le payement de la totalité des frais avant l’accès aux salles de classe. Ainsi pour les seules classes de sixième plus d’une centaine d’élèves ont vu leurs noms rayés des listes pour la simple raison que les parents ne pouvaient pas payer les frais APE dès le premier jour de la rentrée. En plus de ces cotisations tous les élèves avaient obligation de s’acquitter des frais de location des manuels scolaires alors que de l’avis même de l’intendant ces manuels sont en nombre insuffisant.

Ainsi face à la volonté des élèves n’ayant pas eu de livres de se faire rembourser, l’expert en mensonge leur fut comprendre qu’il a déjà transféré l’argent au CENAMAFS à OUAGADOUGOU et qu’il ne peut pas trouver d’autres fonds pour les rembourser. Jusqu’à l’heure où nous traçons ces lignes l’intendant reste redevable à ces élèves.

 En outre pendant que des élèves du lycée à jour de leur payement n’ont pas de manuels, les manuels de l’établissement se retrouvent avec des élèves d’autres établissements de la place auprès desquels l’argentier a également perçu des frais de location. Avec une telle ingéniosité pour faire rentrer des recettes, on a du mal à comprendre l’argument du manque de moyen invoqué par l’administration pour se soustraire à ses obligations les plus élémentaires.

De l’insuffisance des moyens

Monsieur le Directeur Régional, pour comprendre cette situation, il est nécessaire de jeter un coup d’œil sur les stratégies mises en place par « l’homme fort » pour arnaquer le COGES. Alors qu’il prétend que tous les élèves ne sont pas à jour de leur payement, il est incapable de fournir la liste des impayés. Un petit échange avec les élèves et le pot-au-rose est découvert : il s’agit de quittances parallèles mis en place par l’intendant. Ainsi si ce n’est pas des reçus pris sur la place du marché, c’est des bouts de papiers avec la mention « OK pour X Y » suivie du cachet sans précision du montant payé. De même certains élèves n’ont eu droit qu’à un seul reçu sur lequel est mentionné un montant unique représentant tous les frais. D’autres qui disent s’être acquittés de la totalité des frais n’ont eu droit à aucun papier justificatif au motif que les reçus sont épuisés. Avec des pièces comptables aussi floues et souvent indisponibles, il est difficile de voir clair dans les comptes afin de faire l’économie de ces crises préjudiciables au système éducatif.

De l’organisation du bureau APE

  En ce qui concerne l’organisation du bureau APE, Monsieur le Directeur Régional, le constat est plus qu’alarmant. Le bureau APE présidé par Monsieur KANDIA Aboubacar fonctionne au tour de sa seule et unique personne. Le président est manipulé à volonté par l’intendant. Tous les autres membres du bureau ont fini par prendre leur distance en raison de l’opacité qui entoure la gestion des fonds.

La plupart des rencontres de l’APE sont chapeautées par l’intendant. Les frais APE sont perçus et gérés  par lui. C’est encore lui qui est l’ordonnateur des dépenses à tous les niveaux sans aucune traçabilité. C’est dans ce contexte qu’en début d’année il a été acquis un kit solaire et du matériel informatique d’une vétusté déconcertante estimé à plus d’un million deux cents mille (+1 200 000)  francs CFA comme dotation de l’APE à l’établissement.

Ce matériel, déclaré  neuf, acheté en cette rentrée scolaire est déjà hors d’usage depuis le mois de mars obligeant ainsi les professeurs à recopier leurs devoirs au tableau. Face à cette situation, le renouvellement du bureau APE était devenu un préalable indispensable à la résolution des nombreuses crises que connaît l’établissement. C’est dans cette optique que lors de la mission de médiation que vous aviez initié le 16 janvier 2017, vous recommandiez le renouvellement du bureau dans un délai d’une semaine.

Mais conscient qu’un nouveau bureau ne se laissera pas manipuler aussi facilement, l’intendant jouera des pieds et des mains pour que  ce renouvellement n’ait jamais lieu. Ainsi, le vendredi 03 mars 2017, alors que le proviseur en déplacement sur Fada informait le délégué du personnel par téléphone de la tenue d’une AG de l’APE le lendemain, nous apprenions quelques minutes plus tard que la dite rencontre a été annulée sur initiative de l’intendant. Alors que dans l’esprit de tous, l’AG était maintenue, convaincu qu’un intendant aussi influent soit-il, ne saurait humilier de la sorte son supérieur hiérarchique, le proviseur confirmera dans la nuit son déficit d’autorité en appelant le délégué du personnel pour entériner la décision de son intendant.

Face au tollé provoqué par cette bévue, une semblant d’AG fut convoquée deux semaines plus tard avec le curieux point suivant à l’ordre du jour : « Le remplacement des membres absents ». Une façon habile de dire que le poste du président n’est pas en jeu étant donné que lui, il  n’est pas absent. Face à la stratégie de démobilisation mise en place, cette rencontre ne parviendra pas à renouveler le bureau.

Mais la persistance de la crise obligera finalement le maire sous la pression de la F-SYNTER, des parents et surtout des élèves à convoquer ce que l’on pourrait appeler l’AG de la dernière chance, tenue le 15 avril 2017 qui connaîtra une mobilisation exceptionnelle, preuve que l’argument du manque d’intérêt des parents pour la vie du lycée n’était qu’un prétexte pour ne pas renouveler le bureau. Le nouveau bureau installé à cette occasion verra l’intendant dresser toutes sortes d’obstacles sur son chemin.

C’est ainsi  que ce dernier remit au nouveau trésorier comme toute solde des fonds récoltés, la somme de cent seize mille francs (116 000f) CFA sur environ cinq millions de francs CFA encaissés avant d’instruire l’ex-président APE de déclarer le carnet de compte perdu.

C’est finalement sous la pression du nouveau trésorier que ce dernier fera une déclaration de perte tout en omettant à dessein de mentionner le numéro du carnet. Après vérification du compte à la caisse populaire, le trésorier tombera des nus en constatant qu’aucun centime n’y a transité pour l’année scolaire en cour. En rappel, c’est après d’âpres négociations que le trésorier sortant qui n’était pas associé à la gestion a accepté lire à l’AG le bilan financier concocté par l’intendant.

De l’influence de l’intendant

 Monsieur le Directeur Régional, l’intendant intervient dans toutes les sphères décisionnelles du lycée sous l’œil indifférent du premier responsable de l’établissement. Par exemple, après avoir accordée une autorisation d’absence à madame la secrétaire, le proviseur a été interpellé par l’intendant sous prétexte que c’est lui et non le proviseur qui serait le supérieur hiérarchique de cette dernière. Il ira même jusqu’à proférer des menaces et des injures à la dame pour avoir défié son autorité.

En outre, logé dans un bâtiment administratif depuis le mois de février 2015, l’intendant continue de percevoir ses indemnités de logement au vu et au su de son proviseur et du Préfet du département de Matiacoali. Nous vous prions donc de prendre des mesures diligentes afin de mettre fin à cette injustice qui n’a que trop duré.

De même pour des cours de rattrapage les weekends et les jours fériés, l’intendant qui se proclame chef des infrastructures refuge l’accès aux salles de classe et exige une demande au préalable. il est également impossible aux enseignants d’accéder à la salle des professeurs en dehors des heures d’ouverture.

Monsieur le Directeur Régional, ces crises à répétition que connaît l’établissement trouvent leur origine dans la gestion opaque des ressources par l’administration sous la responsabilité d’un intendant qui tente par tous les moyens d’imposer sa volonté à tous. En effet depuis son arrivée comme intendant au cours de l’année scolaire 2012-2013, l’établissement n’a plus connu de quiétude jusqu’à nos jours. Et pour cause, son mépris tant à l’égard du corps professoral que des élèves ainsi que sa gestion cavalière engendrent de multiples manifestions de protestations chaque année, contribuant à perturber les activités pédagogiques et administratives. Ainsi, chaque année, les élèves manifestent  autour de leur plateforme revendicative minimale suivante :

  1. Le départ immédiat et sans condition de monsieur l’intendant (…);
  2. La prise de responsabilité de monsieur le Proviseur vis-à-vis de l’établissement ;
  3. L’organisation chaque année des examens blancs au profit des élèves ;
  4. La bonne gestion de la cantine scolaire avec des repas de qualité et en quantité suffisante ;
  5. La Bonne gestion de la bibliothèque avec des manuels au programme et en nombre suffisant ;
  6. La baisse des frais APE de 12500F à 5000F CFA;
  7. La dissolution et le renouvellement du bureau APE.

Monsieur le Directeur Régional, cette année les manifestations des élèves ont nécessité la signature d’accords de sortie de crise avec le conseil municipal de Matiacoali et l’ensemble des acteurs du lycée. Mais aucun des points d’accord n’a été respecté par l’administration.

Le non-respect des accords a empiré la situation et a nécessité votre intervention à travers une délégation composée de monsieur l’intendant régional, de monsieur le délégué du personnel et de vous-même, le lundi 16 Janvier 2017. A cette occasion, les élèves n’ont pas manqué de vous interpeller en ces termes « Monsieur l’intendant viole nos camarades filles dans son bureau, nous voulons son départ de l’établissement. ».  Mais là encore, aucune des propositions de sortie de crise faites par la délégation n’a été mise en œuvre par l’administration. C’est finalement avec l’avènement du nouveau bureau APE que les suggestions de la F-SYNTER concernant les bulletins et l’organisation des examens blancs ont été prises en compte.

Il faut noter également que jusqu’à présent  aucune classe ne dispose de professeur principal en raison de l’incapacité du proviseur à tenir sa promesse en ce qui concerne la prise en charge des professeurs principaux. De même, les calculs de moyennes et le conseil de classe du deuxième trimestre n’ont pas eu lieu en raison de l’absence des registres conventionnels et de la démission des professeurs principaux. De votre avis, le 16 Janvier 2017: «… Le titre de professeur principal est une nomination. Si les conditions de prise en charge ne lui conviennent pas, il est en droit de refuser cette responsabilité… ». A la date d’aujourd’hui, l’on se demande à quand la fin de l’année  scolaire 2016-2017 au lycée départemental de Matiacoali ?

Monsieur le Directeur Régional des Enseignements Post-Primaire et Secondaire de l’Est, à travers cette lettre ouverte, le secteur F-SYNTER de Matiacoali tient à vous prendre et prendre l’opinion publique à témoin quant à la situation que vit le lycée départemental et qui risque d’hypothéquer l’avenir des élèves de l’établissement, si rien n’est fait. Par conséquent, le secteur F-SYNTER de Matiacoali dénonce :

  • La gestion opaque des ressources financières et matérielles de l’établissement par l’administration ;
  • Le non-respect de la tenue à bonne date des différentes instances (Conseil de gestion, Conseil de classes, Conseil intérieur et Conseil de rentrée) ;
  • Le manque d’autorité et de responsabilité du Proviseur ;
  • L’intervention anarchique de l’intendant dans toutes les sphères décisionnelles de l’établissement ;  
  • L’irresponsabilité de l’administration dans la gestion des crises et son attitude insouciante face aux problèmes que vivent les acteurs (enseignants, élèves et parents d’élèves) de l’établissement ;
  • Le refus d’organiser des examens blancs au profit des élèves sans motif valable ; 
  • Le non-respect de la politique de gratuité scolaire au post-primaire pour les établissements de la reforme éducative;
  • La non disponibilité des salles de classe le weekend et les jours fériés pour des cours de rattrapage ;
  • Les prises de sanctions arbitraires à l’égard des élèves par l’administration du lycée.

Le secteur F-SYNTER de Matiacoali vous interpelle, ainsi que les autorités administratives et éducatives, à vous pencher diligemment sur la situation du lycée départemental de Matiacoali afin de trouver une sortie de crise honorable au grand bonheur de tous et de sauver l’avenir de toute une génération. Il appelle toute la population de Matiacoali à se mobiliser massivement autour de cette situation que vit l’établissement et qui compromet gravement l’avenir de nos enfants.

Veuillez agréer, Monsieur le Directeur Régional des Enseignements Post-Primaire et Secondaire de l’Est, l’expression de notre grande considération.

Vive la F-SYNTER !

Pain et Liberté pour le Peuple !       

POUR LE BUREAU DU SECTEUR  F-SYNTER

Le Secrétaire Général  

Camarade OUEDRAOGO Joseph

Burkina24.com