Lucien Gamba, DG du CHR de Fada N’Gourma: «Cet hôpital est exigu» 

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De passage au Centre hospitalier régional (CHR) de Fada N’Gourma, nous avons été alertés par certains agents sur la nécessité de délocaliser ledit centre sur un autre site plus adapté aux réalités des populations et du personnel-soignant. Dans cet entretien, le directeur général du CHR, Lucien Houroudadani Gamba explique l’urgence liée à la délocalisation de l’établissement hospitalier. 
Sidwaya (S) : A quand remonte la construction du bâtiment qui abrite le Centre hospitalier régional de Fada N’Gourma ? 
Lucien Houroudadani Gamba (L.H.G) : Les travaux de construction du CHR de Fada ont démarré dans les années 1970. Il a été inauguré en 1972. Depuis cette époque,  nous sommes sur le même site. Il n’est certes pas aussi vieux que cela, mais sa construction n’a pas tenu compte de la démographie galopante. A ce jour, cet hôpital est un peu exigu par rapport à la fréquentation. 
S : Cette exiguïté s’explique-t-elle en termes de lit ou de capacité d’accueil de façon générale ?
L.H.G : En fait lorsqu’on parle de lit pour expliquer la capacité d’accueil dans un hôpital, c’est indicatif de nos jours. On dira que c’est un hôpital de 152 lits. Mais pendant les périodes de pointe, il faut compter avec les couloirs et la devanture des services.  Actuellement, il faut avouer que sa capacité est insuffisante en termes de lit et d’offre de service de qualité.
S : Quel est le problème particulier du site qui abrite votre CHR ?
L.H.G : Les problèmes que l’on peut relever sont  essentiellement liés à l’exiguïté du site. Auparavant, nous ne disposions pas de spécialistes et de certains services. Nous avons à présent deux cardiologues, un dermatologue, un médecin-radiologiste et une unité de gastro-entérologie. Pour ce qui concerne les chirurgiens, nous sommes passés de un à trois. Idem pour les gynécologues. Donc une brochette de spécialistes qui fait que l’offre étant là, la demande suit. Toutes ces spécialités ont besoin d’un cadre assez convivial qui leur permette d’offrir des soins de qualité. Et c’est cela notre préoccupation. 
Quand on parle aussi d’exiguïté, nous avons été amenés à ajouter  des infrastructures çà et là. Alors que si l’on prend le côté électricité, les branchements d’antan n’étaient pas conçus pour des infrastructures supplémentaires. Du coup, nous avons des surtensions, des baisses de tension qui endommagent certains équipements notamment au niveau de la radiologie et autres appareils. Il y a également la question de l’eau. Les adductions d’eau qui étaient au départ prévues n’arrivent plus à supporter la demande actuelle. 
C’est un ensemble de difficultés qui pourraient trouver satisfaction si l’on venait à emménager sur un autre site. Puisque l’on suppose que l’ensemble de ces remarques sera pris en compte pour construire une infrastructure viable. 
S : Est-ce que les démarches sont lancées pour la construction d’un nouveau CHR pour Fada N’Gourma ?
L.H.G : Oui ! Il y a un projet et nous avons beaucoup espoir parce que les choses ont évolué dans le sens de délocaliser le site. Cela fait partie du projet de construction des trois hôpitaux. Il s’agit de Dedougou, Fada et Gaoua. Pour ce qui concerne l’hôpital de Fada, les études architecturales ont déjà été faites, il reste à trouver une solution pour envoyer les gens sur le terrain pour certainement commencer les travaux. 
S : L’aire sanitaire couvre combien de populations ? 
L.H.G : L’aire sanitaire couvre une population d’environ 1600 000. Il y a le Gourma, la Tapoa, la Komondjari, la Kompienga, la Gnagna. Parce que dans la Gagna, il y a deux districts sanitaires, Bogandé et Manni. Il faut dire que les populations parcourent de longues distances. Quand vous avez quelqu’un qui quitte la Tapoa, Diapaga qui est le chef-lieu de cette province est à 220 Km de Fada. Il y a des CSPS qui sont jusqu’à 70 Km dans la province de la Tapoa. Ces malades sont susceptibles d’être évacués sur le CHR. Donc si nous restons là, c’est sûr que nous n’avons pas tous les équipements, le plateau technique ne comporte pas tous les équipements qu’il faut, tout simplement parce que certains équipements même si on venait à les acquérir, on se demande où est-ce qu’il faut les installer ? C’est sûr que si ce malade est transféré au CHR, nous serons dans l’obligation de lui dire de continuer à Ouagadougou. A ce propos aussi, il faut dire que la distance peut constituer un problème même pour le malade. 
S : Un appel à lancer à l’endroit des autorités en charge du projet ?
L.H.G : Je ne sais pas si ce n’est pas des voix plus autorisées que moi qui devraient lancer cet appel, sinon c’est juste voir si le projet de construction du nouvel hôpital pourrait voir rapidement le jour et permettre à la région de l’Est qui est une vaste région de pouvoir prendre en charge dans des conditions assez acceptables les problèmes de santé des populations. 
Entretien réalisé par Gaspard BAYALA

sidwaya.bf