Lettre ouverte sur les budgets des universités Publiques au Burkina Faso

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A Son Excellence Monsieur le Premier Ministre,

Excellence Monsieur le Premier Ministre,

Je suis un simple citoyen de notre cher pays le Burkina Faso, soucieux comme tous mes Compatriotes (je l’espère) de contribuer par des apports d’idées et de solutions aux difficultés économiques et sociales que notre pays connaît depuis des années. En ce qui me concerne, je vais axer mon propos sur les universités publiques du Burkina Faso dont principalement les deux plus grandes qui ont des difficultés chroniques en termes de ressources financières : il s’agit des universités OUAGA I et OUAGA II.

Depuis des années, il est question d’insuffisance de financements au profit des universités publiques. Cette assertion souvent présentée de manière diffuse cache en réalités certaines vérités. En clair, il est souvent question d’une insuffisance de subventions de la part du budget de l’Etat pour la prise en charge totale des universités publiques : charges du personnel administratif et des Enseignants Chercheurs, autres charges de fonctionnement, dépenses d’investissement etc.

Pourtant lorsqu’on tente de réaliser un inventaire des sources de financements des universités publiques, il ressort qu’une importante partie de fonds est dissimulée et n’est pas agrégée aux budgets des universités publiques. En rappel, le principe de la centralisation des fonds publics implique que l’ensemble des ressources financières encaissées par les structures d’une entité publique soient totalement centralisées chez les comptables publics : dans ce cas, l’ouverture de comptes dans les banques commerciales (au lieu du TRESOR PUBLIC) est préalablement soumise à l’autorisation du Ministère de l’Economie et des Finances.

Ceci étant, une revue des ressources financières encaissées par les universités publiques nous permettra de comprendre d’avantage.

1- Les financements destinés à la recherche

Dans le cadre des activités de recherche qui sont une importante composante des activités des Enseignants Chercheurs, d’importants financements sont obtenus avec des Etats et des Institutions de pays développés. Ces financements sont extrêmement importants et se chiffrent parfois en termes de milliards de francs CFA perçus annuellement, et logés dans des banques commerciales sans aucune autorisation, à l’insu de la comptabilité officielle des universités publiques.

Le fait troublant dans cette affaire, c’est que tous les gouvernants universitaires qui ont successivement assuré la conduite de ces universités n’ont pas œuvré à greffer aux budgets universitaires les financements de la recherche obtenus avec des partenaires pourtant officiels du BURKINA FASO. Ainsi, des milliards de FCFA sont occultés et gérés directement par les Enseignants chercheurs qui ont –l’on se pose la question-des ententes occultes avec les gouvernants des universités ? Théoriquement, si ces financements étaient pris en compte par les budgets des universités, le financement de l’Etat allait beaucoup être réorienté vers les dépenses d’étudiants et certaines dépenses courantes insuffisamment couvertes.

2- Les études et consultations facturées

Les Enseignants Chercheurs, avec à leur tête les chercheurs titulaires se sont transformés en consultants avec les implications suivantes :

  • l’utilisation des bureaux et des laboratoires des universités comme BUREAUX D’ETUDE
  • l’utilisation des sceaux des universités pour rafler des marchés de consultation en concurrence déloyale parfois avec les bureaux d’études et les consultants privés.
  • l’abandon de la formation des étudiants

Les marchés de consultation raflés annuellement par les Enseignants Chercheurs des universités publiques sont importants en francs CFA ; Les fonds générés sont logés dans des banques commerciales à l’insu de la comptabilité officielle et reversés directement aux Enseignants Chercheurs.

3- Frais de formations

Sous le prétexte de développer de nouvelles filières de formation, prétexte accentué sous le couvert du système LMD, de nouvelles formations ont été ouvertes dans tous les sens selon de nouvelles formules de frais de formation qui sont parfois au même niveau que celles des universités privées, à coup de millions de francs CFA. Beaucoup de questions dont deux principales méritent d’être posées :

  • Premièrement, l’on ne sait pas sur quelles bases, ces frais de formation sont fixés. Leur perception est-elle autorisée sur le plan règlementaire ?
  • Deuxièmement la gestion de ces frais est totalement opaque, alors que l’on imagine que logiquement, ils auraient dû aussi être intégrés aux budgets des universités avec bien sûr des clés de répartition bien connus. Sinon comment comprendre que des frais de formations couvertes par les deux principales universités publiques soient logés dans des comptes commerciaux directement gérés par des Enseignants Chercheurs ?

4- Locations d’équipements

Les diverses location de salles de formation, de véhicules, et autres matériels tels que les matériels de sonorisation par exemple rapportent aussi des fonds non moins importants au sein des universités publiques. Ces fonds sont-ils systématiquement reversés dans les comptes des universités ?

En conclusion, mon propos est de vous faire comprendre de façon succincte que le déficit de ressources financières tant décrié dans nos universités publiques est à relativiser. En effet hormis la subvention versée par le budget de l’Etat, les universités regorgent de bien d’autres ressources financières à même de contribuer à résorber le gap budgétaire si la réglementation en matière de management public est pleinement observée suivant les points suivants :

  • il faut impérativement effectuer un recensement des comptes commerciaux privés tenus dans toutes les structures des universités publiques, et les reverser dans les comptes officiels des universités.
  • il faut faire respecter le principe de centralisation des fonds publics en veillant à une gestion de l’ensemble des fonds des universités publiques par les comptables attitrés des universités
  • veiller à une gestion officielle des accords de financement des activités de recherche signés sous le sceau des universités publiques
  • enfin, réaliser impérativement un audit organisationnel, ou dans l’urgence un audit des ressources humaines des universités publiques pour s’assurer de la disponibilité et de l’utilisation des capacités managériales. Avec l’évolution actuelle des tailles de nos universités et des exigences de management universelles, nos universités publiques ont besoin d’un nouveau paradigme de management.

Parallèlement, le contournement de la réglementation dans l’ouverture des comptes commerciaux privés est également un mal vérifiable dans d’autres entités publiques disposant d’une certaine autonomie et je citerai notamment le cas des autres établissements publics de l’Etat et des collectivités territoriales. Notons que le dernier contrôle de l’existence des comptes privés détenus par les structures publiques sans autorisation dans les banques commerciales a été réalisé du temps du gouvernement de Tertius ZONGO, mais le rapport y relatif n’a jamais été diffusé. Je vous recommande de faire ce contrôle régulièrement.
En réalité, le contournement de la réglementation financière qui exige une autorisation préalable du ministère des finances pour l’ouverture de comptes dans des banques commerciales a toujours été un moyen efficace de dissimulation de fonds non pris en compte par les budgets publics. Concrètement, lorsque l’usager effectue des paiements dans une structure publique et reçoit une quittance ou un reçu, il est généralement rassuré de la régularité de l’opération sans s’imaginer les artifices qu’il y’a derrière.

Espérant que vous lirez ma lettre ouverte qui se veut contributive, je vous prie d’agréer, Monsieur le Premier Ministre, l’expression de ma considération distinguée.

Un Citoyen de ce Pays
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