Les lauriers, plantes décoratives mais également toxiques

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Toutes les parties de ces deux arbustes, le laurier rose et le laurier jaune, contiennent des substances intéressantes en pharmacologie et en phytothérapie, principalement des hétérosides cardiotoniques. Les lauriers sont des arbustes ou arbrisseaux ornementaux repartis dans le monde entier.

1. Description des deux plantes

Le laurier rose, Nerium oleander, est originaire du pourtour méditerranéen. C’est un arbrisseau atteignant 3 à 4 mètres de hauteur possédant des feuilles semi persistant opposées ou verticillées par trois, longuement lancéolées, coriaces et à nervures secondaires pennées, nombreuses et serrées. Les fleurs roses mais aussi parfois blanches, rouges ou jaunes sont ornées d’un appendice à trois dents courtes. Il est en fleur de juin à septembre. Il est très résistant à la sécheresse cependant s’accommodent également des climats tropicaux humides. Il est très répandu dans les pays chauds aussi bien dans les jardins que le long des routes et des autoroutes. Son feuillage persistant même en zone aride et ses nombreuses fleurs vives et décoratives favorisent son adoption par les populations.

Le laurier rose a un port dressé à latex translucide et en touffe dense. Les feuilles sont lancéolées, raides, et disposées en verticille de 3 ou 4 avec une couleur vert-cendre, brillant sur la face supérieure et mât sur la face inférieure. Les limbes sont entiers, glabres et mesurant 10 à 15 cm de long pour 1,5 à 3 cm de large ; le pétiole est long de 5 à 12 mm. Les inflorescences sont terminales et disposées en cymes avec de grandes fleurs roses, rouges, jaunes ou blanches, simples ou doubles au parfum très subtil. Le calice à 5 segments comportant des glandes à la base interne et la corolle en tube cylindrique élargi vers le haut possède une forme d’entonnoir. L’androcée compte 5 étamines épipétales et le gynécée est formé de 2 carpelles. Le fruit est une silique linéaire dressée, longue de 10 à 12 cm, large de 12 à 15 mm, lisse, contenant de nombreuses petites graines et non comestible. Dans sa zone méditerranéenne d’origine, elle fructifie et les fruits comportent 2 follicules allongés et divergents ; leurs graines sont poilues et portent des aigrettes. On dit qu’elles sont duveteuses est surmontée d’une aigrette sessile qui facilite la diffusion (photo 1).

Le laurier jaune, Cascabela thevetia ou Thevetia neriifolia, vient d’Amérique tropicale mais a été répandu dans la plupart des régions chaudes. C’est un arbre au feuillage élégant, aux feuilles longues et étroites, et aux fleurs jaune citron. On le plante dans beaucoup de jardins et aussi dans les lieux publics y compris les écoles. Il s’acclimate facilement en zone tropicale et on le rencontre également dans les jardins publics et privés des villes du pays. Souvent, il est naturalisé et rencontré, près des décharges sauvages et des canaux d’irrigation.

C’est un arbuste de jardin, à rameaux glabres, à écorce grise et latex blanc. Les feuilles disposées en spirale, sont simples et entières, presque sessiles, luisantes sur la face supérieure et ternes sur la face inférieure. Les stipules sont absentes. Le limbe lancéolé-linéaire, de 6 à 15 cm sur 0,5 à 1 cm, base décurrente sur le pétiole court, est coriace avec des nervures latérales indistinctes, disposées en spirale ; il est glabre, presque sessile, sans nervure latérale.

L’inflorescence est une cyme terminale ou apparemment axillaire, comprenant un petit nombre de fleurs. Les bractées sont petites, linéaires. Les fleurs sont bisexuées, régulières, 5m, légèrement odorantes avec un pédicelle de 1 à 2 cm de long. Les sépales sont ovales, d’environ 1cm de long, aigus, étalés. Le tube de la corolle est en forme de trompette, de 35 à 45 cm de long, lobes de la couronne petits, densément pubescents, alternant avec les étamines, lobes de la corolle largement oblongs, d’environ 3 cm de long, se recouvrant, jaunes à rose pêche, rarement blancs ; étamines insérées près du sommet du tube de la corolle, incluses, anthères presque sessiles ; ovaire supère, composé de 2 carpelles fusionnés dans leur moitié inférieure, style long et mince, tête du pistil formée d’une partie basale à 5 côtes et d’un sommet en forme de cône. Le fruit est une drupe globuleuse déprimée ou en forme de navet, de 3 à 4 cm de diamètre, vert jaunâtre, noire à maturité, renfermant 2 à 4 graines dans l’endocarpe très dur. Les graines sont obovoïdes, d’environ 2 cm sur 1,5 cm, aplaties à bords ailés (photo 2).

2. Propriétés des deux plantes

Le laurier rose possède d’élégantes fleurs parfumées qui peuvent être de couleur variée (blanche, rouge-rose, orangée ou rouge-orangé). Les feuilles et les écorces séchées mélangées à de l’huile sont utilisées en friction dans le traitement des dermatoses (gale, teigne eczéma). La décoction des feuilles provoquent des avortements allant jusqu’à la mort chez certaines femmes. Les feuilles, les fleurs, l’écorce et le bois frais ou séché, sont toxiques à très faible dose. On considère qu’une seule feuille peut être mortelle pour l’homme, en raison des troubles cardiaques provoqués. L’intoxication peut se traduire par des nausées, vomissements, douleurs abdominales, troubles cardiaques et peut être mortelle pour des enfants qui ont mâché les fleurs et des feuilles. La fumée de feu du laurier est toxique. Dormir sous l’ombre d’un laurier rose peut également provoquer des malaises.

Cette plante fut utilisée en thérapeutique dans les années 1930 comme exerçant une action fortifiante sur le fonctionnement du cœur (tonicardiaque). Elle est désormais totalement abandonnée par la médecine moderne, bien que les préparations à base de Laurier rose fussent utilisées depuis des siècles comme insecticides ou en médecine populaire dans différentes indications allant de la lèpre aux maladies mentales. Dans de nombreuses régions d’Inde, il s’agit d’un poison suicidaire très répandu (Gaillard, 2001).

Les graines du laurier jaune sont utilisées pour confectionner des colliers ou sont portées comme amulette. Elles sont aussi utilisées comme fébrifuge. Les fruits seraient également utilisés dans les soins des rhumatismes en République Démocratique du Congo.

Une décoction d’écorce ou de feuilles est absorbée comme laxatif et comme émétique, et elle est réputée efficace pour soigner les fièvres intermittentes. Au Sénégal, on absorbe de l’eau dans laquelle on a fait macérer des feuilles et de l’écorce pour soigner l’aménorrhée. Au Mali, on applique le latex pour ramollir les cors au pied et les callosités. En Côte d’Ivoire et au Bénin, le jus des feuilles est utilisé en gouttes pour les yeux et pour le nez pour guérir les violents maux de tête ; on l’emploie aussi en gouttes dans les narines pour ranimer les personnes évanouies et pour guérir les rhumes.

Les graines peuvent être employées comme purgatif. L’huile des graines est employée en Inde en application externe pour traiter les infections de la peau. Il faut prendre des précautions dans toutes les applications médicales, en particulier en usage interne, car les doses toxiques ne sont supérieures que de peu aux doses thérapeutiques. Au Bénin et en Ouganda, on prend une infusion de racines pour traiter les morsures de serpents. Au Ghana, on absorbe une décoction de feuilles pour traiter la jaunisse, la fièvre, et comme purgatif contre les vers intestinaux. L’écorce et les graines sont employées comme poison contre les rats, et également à des fins criminelles. En Afrique australe et au Cameroun, les graines sont employées comme poison de flèche.

On le plante aussi dans un but d’ombrage et de conservation des sols. Après purification, l’huile de graines toxique à l’origine est propre à la consommation.
L’huile végétale de Thevetia constitue un larvicide prometteur pour la lutte contre les moustiques Anopheles gambiae sensibles et résistants aux insecticides synthétiques. L’effet toxique obtenu après ingestion de cette même huile suggère qu’on pourrait les utiliser comme un outil de lutte anti vectorielle efficace dans la gestion de la résistance des anophèles vecteurs du parasite du paludisme ainsi que dans le contrôle de Culex quinquefasciatus nuisant et devenu résistant à toutes les formulations d’insecticides synthétiques couramment utilisés en santé publique.

3. Intoxication par les lauriers rose et jaune

De nombreux cas d’intoxications par le laurier rose sont décrits, en particulier après ingestion accidentelle chez des jeunes enfants qui ont mâché les fleurs ou les feuilles. Les effets principaux sont cardiaques semblables à ceux de l’intoxication digitalique : troubles de la conduction avec bradycardie, troubles du rythme avec extrasystoles ventriculaires et la fibrillation ventriculaire ; les effets secondaires sont digestifs (nausées, vomissements) et neurologiques (malaise, confusion mentale, troubles de la vision).

L’empoisonnement peut également être causé par l’ingestion d’une seule feuille verte ou séchée. Les symptômes sont des vertiges, des douleurs abdominales, l’irritation de la bouche, la nausée, des vomissements, l’inconscience, des selles sanguinolentes et un pouls léger et rapide. Peuvent s’en suivre la somnolence, le coma, puis la mort. Les personnes se servant de rameaux de laurier rose comme brochettes à viande ou pour faire cuire des saucisses seront intoxiquées. Ces symptômes apparaissent plusieurs heures après l’ingestion d’une quantité toxique. L’ingestion d’une feuille peut être mortelle.

Le laurier rose est l’une des principales plantes citées parmi celles incriminées dans les intoxications du cheval. La plante fraîche étant très amère et peu appétée ; la contamination a lieu en général lors d’ingestion de foin contaminé, de tailles séchées déposées dans la prairie ou la consommation d’eau dans laquelle des feuilles ont macéré. Toutes les parties de la plante sont toxiques (tiges, feuilles et fleurs). La dose toxique est évaluée à 0,005% du poids vif de l’animal, soit environ 25g pour un animal de 500 kg.

Dans les cas d’intoxication du cheval par le laurier rose, la mort est subite si l’intoxication est importante. En cas de consommation plus modérée, les premiers signes cliniques apparaissent une à quatre heures après ingestion, ils sont d’ordre :
• Cardiorespiratoires avec des troubles de la fréquence cardiaque engendrant une alternance d’accélérations (tachycardie) et de ralentissements (bradycardie) anormaux de cette fréquence.
• Digestifs : le cheval présente une perte d’appétit, une diarrhée parfois hémorragique, des coliques.
• Nerveux : prostration, tremblements musculaires, convulsions, coma.
• Sudation importante, extrémités froides.

L’évolution, défavorable, est en général assez rapide et le cheval meurt entre 12 et 36 heures après ingestion.

Le Laurier jaune est un violent purgatif. L’ingestion d’une amande suffit à provoquer des vomissements et la diarrhée. Les graines sont toxiques et agissent surtout sur les organes à fibres musculaires lisses (bronches, intestin, vessie, utérus, cœur, vaisseaux). Le poison s’attaque principalement à l’appareil gastro-intestinal et au système cardiovasculaire. L’action est variable à faible dose : hypertension, ralentissements anormaux de la fréquence cardiaque (brachycardie), action vasomotrice.

Des auteurs indiens ont rapporté deux cas de décès suite à la prise de plus de quatre graines de Thevetia peruviana et lorsque l’arrivée en service spécialisé s’est réalisée plus de 5 heures après l’absorption. Une femme est décédée après avoir consommé une tisane préparée à partir de feuilles de laurier rose qu’elle avait confondues avec des feuilles d’eucalyptus selon Laliberté (2012).

Chez l’adulte, des symptômes cardio-vasculaires importants sont apparus 30 mn environ après l’ingestion de 2 graines chez un homme de 65 ans. Quelques heures après l’ingestion, le patient pourrait manifester des nausées et des vomissements, des douleurs abdominales, de la diarrhée et de l’agitation. Ce sont les effets toxiques cardiaques des glycosides du laurier jaune qui mettent en danger la vie du patient.

4. Composition chimique et propriétés des organes des deux lauriers

Le laurier rose contient un grand nombre d’hétérosides cardiotoniques, le principal étant l’oléandrine. L’oléandrine est un hétéroside à structure stéroïdique, qui ressemble beaucoup du point de vue chimique et pharmacologique à l’ouabaïne et à la digoxine, deux cardiotoniques très utilisés en cas d’insuffisance cardiaque.

L’oléandrine et ses dérivés bloquent l’action de ce système enzymatique, et font ainsi se prolonger la contraction du cœur. La deuxième action importante de l’oléandrine est sur la régulation du nerf vague ou pneumogastrique (10ième paire crânienne) qui innerve entre autre le cœur et les organes digestifs. L’augmentation du « tonus » du nerf vagal provoque un ralentissement du rythme cardiaque et des troubles digestifs (nausées, vomissements).

L’oléandrine et ses dérivés sont présents dans toutes les parties du laurier rose (feuilles, fleurs, sève-latex, bois, racines), leur quantité est variable dans le temps et en fonction des conditions de culture. L’oléandrine est soluble dans l’eau (pot de fleurs, pots à bouture) et est présente dans la fumée quand on brûle du laurier rose même sec.
Il semblerait que les conditions arides augmentent la concentration en glucosides cardiotoniques dans le laurier rose (jusqu’à 2%).

Toutes les parties du laurier jaune contiennent un latex toxique, incolore ou blanc virant au noir à l’air, mais ce sont les graines qui sont considérées comme les plus toxiques. Les fruits sont globuleux et verts (3 à 5 cm de diamètre) puis deviennent noirâtres en séchant.
Le Laurier jaune qui contient des hétérosides stéroïdiques de type cardénolides. Les substances actives sont des glucosides cardiotoniques dont la structure est semblable à celle de l’oléandrine : les principales sont les thévetines A et B et le péruvioside.
L’action des thévetines sur le système enzymatique pompe le sodium-potassium.
Ce sont également des substances solubles dans l’eau, résistant à la dessiccation et présentes dans la fumée de bois de Laurier jaune frais ou sec.

5. Conduite à tenir en cas de contact avec la plante

En cas de contact, il est impératif de laver les parties du corps touchées à grandes eaux pour éliminer le produit.
En cas d’ingestion, il faut agir au plus vite. Si les symptômes sont immédiats, conduisez le patient au centre médical le plus proche en emportant la plante pour identification et pour les premiers soins. Il ne faut surtout pas boire ou manger afin d’éviter que le produit se répande dans le corps. Si rien ne se produit, rendez-vous tout de même chez votre médecin ou chez votre pharmacien pour vérifier la toxicité de la plante. Mieux vaut prévenir que guérir ! Il faut surtout éviter la panique.
Toutefois, l’utilisation du charbon de bois activé comme modalité de décontamination gastro-intestinale lors d’une ingestion de graines de laurier jaune demeure un sujet controversé.

Alors attention aux coupes de haies de laurier qui peuvent se disséminer dans la nature et rester à la portée des enfants.

Conclusion

Avec le développement de l’utilisation des plantes en ville, l’intoxication involontaire par les plantes pourrait devenir un problème de santé. La population jeune est la plus touchée car les enfants sont attirés par les baies colorées et les plantes d’appartement laissées à leur portée. Alors un centre antipoison pourrait résoudre les cas qui surviendraient. S’il n’en existe pas, il est urgent pour les autorités sanitaires d’en créer et de former des spécialistes dans le domaine afin de pouvoir pallier toute éventualité. En attendant, chacun doit prendre à son niveau des précautions idoines afin que la recherche du beau ne soit source de malheur.

Par Ganaba Souleymane, Département Environnement et Forêts, INERA, BP 7047 Ouagadougou 03, Burkina Faso

Quelques références bibliographiques
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Laliberté M., 2012. Intoxication fatale aux graines de laurier jaune. Bulletin d’information toxicologique, 2012 ; 28 (2) : 11-15. http://portails.inspq.qc.ca/toxicologieclinique/intoxication-fatale-aux-graines-de-laurier-jaune.aspx, ISSN : 1927-0801

Gaillard Y., 2001. Intoxications humaines par les végétaux supérieurs : revue de la littérature. Annales de Biologie Clinique. Volume 59, numéro 6, Novembre – Décembre 2001. http://www.jle.com/fr/revues/abc/e-docs/intoxications_humaines_par_les_vegetaux_superieurs_revue_de_la_litterature_50473/article.phtml?tab=texte

Aubry P., 2012. Intoxications par les plantes toxiques dans les zones tropicales et inter tropicales. http://medecinetropicale.free.fr/cours/intoxplante.pdf

Lefaso.net