Les attentes du Peuple burkinabè sous Kaboré

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Au Burkina, il n’est pas rare d’entendre parler du temps chaud de la révolution. De la nuit du 4 aout 1983 à l’après-midi du 15 octobre 1987, c’était la révolution burkinabé, un temps vraiment chaud pour bien de citoyens. Cette chaleur évidemment n’avait rien à voir avec la canicule des rayons solaires des tropiques, mais le mot non plus n’est pas au sens figuré. Les mercredis soirs, en écoutant le compte-rendu de l’hebdomadaire conseil des ministres, de nombreux travailleurs suaient à grosses gouttes à cause des suspensions de salaires, des licenciements et autres sanctions disciplinaires.

 

A cette même période, nombreux étaient les hommes et les femmes du monde qui rêvaient de connaître ce pays de l’Afrique occidentale, voir à qui ressemblait son peuple, avec son président hors du commun, la super star des grandes rencontres internationales de l’époque, avec ses discours pleins d’engagements à Vittel, à Addis-Abeba, aux Nations Unies et à Harlem. Thomas SANKARA a fait remarquer au monde que personne sur terre n’est intégralement pauvre et que, les habitants des pays dits sous-développés n’ont rien de moins que les autres en termes de fierté et de dignité. La même envie de connaître ce pays, et de vivre en direct ce qui s’y passe depuis la révolution d’octobre 2014, s’est fait encore sentir. A L investiture du président R-M C KABORE, nous avons eu l’impression par la pléiade des personnalités présentes, qu’aucun invité n’a refusé d’être au rendez-vous. Mieux, on a senti qu’ils étaient tous fiers de venir toucher du doigt et de voir de leurs yeux les faits et les gestes d’un peuple qui se bat pour subsister et préparer de meilleures conditions d’existence à la postérité. À cette cérémonie, les Burkinabé se sont fait une idée du poids et de la taille de leur pays en Afrique. Chez nous, on dit que c’est le nombre d’arbres géants qui peuplent le bas- fond qui font sa grandeur et imposent son respect. La présence ce jour, des présidents de tous les pays limitrophes et des personnalités tels les anciens présidents OBA SANDJO et John Jerry Rawlings ont été un véritable honneur pour tous les Burkinabé et une grande marque de considération à notre pays qui devient grand dans l’humilité, sans canon ni poudre. Pour la première fois après 1960, nous avons vu les corps habillés dans un mouvement hautement discipliné et en ordre presque religieux, pour glorifier dans la légalité, la majesté de la couronne nationale sur la tête d’un civil. Nous avons scandé woo-b-go ! Pour la première fois depuis 27 ans, nous avons vu nos magistrats décontractés, en valeur absolue ; un signe que le pays a désormais une voie et des sillons pour tous ses fils. Nous avons vu dans la salle archi comble du Palais des sports, la présence des concurrents politiques du nouveau locataire de Kossyam. Une preuve qu’ils ne sont pas ses ennemis, mais de simples concurrents dans une compétition qui voulait loyale. Nous avons vu parmi eux Saran SEREME et Françoise TOE, qui ont donné par leur audace, un merveilleux exemple à nos mères, femmes et filles. C’est un grand rappel de courage de ce qu’ont été Yennenga et Guimby OUATTARA. Que c’était beau, ce jour du 29 décembre qui a connu son point culminant avec le discours historique et tant attendu du Président KABORE. Un discours dit dans un français semblable à celui que parlait Wangrin, rouge et clair comme le vin de Bordeaux !

La personne du Président et son discours d’investiture

Le Président KABORE semble-t-il, est né la cuillère dans la bouche, une cuillère en argent, remplie de lait et de miel. Il n’a donc pas connu le goût très potassé ou trop aigre de certaines sauces du village. Contrairement à certains de cette classe sociale, on dit de lui qu’il est un homme bon, sympathique et sans problème .Un homme sans façon, disent les autres. En Afrique, on dit qu’il a été un enfant bien éduqué, en Occident c’est un Monsieur très civilisé. Cette qualité a certainement pesé beaucoup pour son couronnement ce 29 décembre. Ceux qui étaient le plus radicalement opposés au régime de Blaise COMPAORE étaient exceptionnellement plus tendres avec lui, à cause de sa personnalité d’homme respectueux. Il a été à notre sens, le talon d’Achille du régime déchu, et ses camarades de lutte ont certainement vu en lui, le tempérament qui pouvait les maintenir unis autour des causes qu’ils croient utiles. Nous avons écouté avec attention son discours d’investiture comme tous les compatriotes lambda qui comprennent et parlent couramment la langue de Molière et de Hugo. Le discours a été vivant par la voix qui l’imprimait. Le président a vécu son discours dans sa lecture de sorte que l’harmonie entre le fond et la forme des paroles ont occulté la longueur du temps mis pour le prononcer. En une vingtaine de minutes, les burkinabé ont eu la ferme conviction que Monsieur KABORE et ses proches ont une connaissance détaillée des besoins et des aspirations des populations. C’est déjà une réussite car connaître bien un problème, c’est avoir sa solution à moitié. Jusque-là, nous croyons que le Président et sa nouvelle équipe feront tout pour qu’il n’y ait pas un grand écart entre ce qu’il a prononcé (qui est un résumé de son programme politique) et ce qu’il fera concrètement dans les cinq années à venir. Les Burkinabé ne lui demanderont pas d’être un messie ou une panacée pour leurs préoccupations, mais d’être simplement fidèle à son programme, ce qui a valu son l’élection le 29 novembre. C’est une question de contrat et de respect de termes d’un contrat entre le peuple et ses dirigeants. C’est par rapport à ces efforts de respect des termes du contrat, que la nouvelle équipe dirigeante sera jugée.

En principe, tous les partis politiques ont tous des programmes séduisants et des projets de société valorisants mais, tous n’ont pas les moyens et les chances d’accéder au pouvoir. Que ceux qui y accèdent fassent des efforts sincères de marquer la différence avec les autres. L’effort sincère est presque synonyme de succès, et plus que jamais, les populations savent distinguer les efforts sincères des agissements démagogiques. Faites en sorte qu’un jour, on dise « Si Roch était là, cela aurait été mieux. Si Roch était là, il allait faire ceci. Roch a au moins essayé ça, mais il n’a pas réussi ; on le comprend… ». À maintes reprises, le discours a été applaudi dans la salle comme devant les écrans des postes téléviseurs. Ils ont applaudi vivement parce qu’ils ont entendu dans le discours, des mots et des phrases qu’ils auraient eux-mêmes prononcés. Les burkinabé ont senti dans le discours, la voix d’un élève de Ouargaye contraint de rester à la maison à cause d’un manque de place en sixième, en cette même année scolaire. Ils ont entendu la voix d’un instituteur sans salle de classe et sans logement dans le département de Logobou.

A travers le discours, nous avons senti l’aigreur des médecins de l’hôpital Yalgado qui se plaignent du sous équipement de leurs services. Permettez nous de dire avec sincérité, qu’à travers la voix du Président, nous avons entendu les pleurs de la mère de Norbert ZONGO, et ressenti les gémissements des enfants du juge NEBIE. Dans la voix du président, nous avons eu de l’espoir et du réconfort comme Sambo de charam – charam, qui boit la même eau avec ses bêtes, dans la même mare. Nous avons poussé un ouf de soulagement comme KONE Bakary, ce cotonculteur de Banfora qui attend d’être mieux écouté et mieux traité. Oui, solennellement Roch a parlé des burkinabé, de tous ses concitoyens qui ne boivent pas la même eau, qui ne fréquentent pas les mêmes écoles, qui n’ont pas accès aux mêmes hôpitaux. Comme SANKARA, il ne lui reste qu’à soulever les rails. Nous de L’UPC, de L’UNIR PS, du Faso autrement, du PDC, du PAREN, du Balai Citoyen… suivrons pour la construction de la même concession familiale qu’est le Burkina Faso.

Le nouveau gouvernement

Les Burkinabè ont applaudi la nomination du nouveau premier ministre. Nous souhaitons et nous prions qu’à sa sortie de ce poste, ses compatriotes gardent de lui l’image d’un technocrate qui a donné le meilleur de lui-même pour le bien-être de son pays. Par expérience, les burkinabé savent que tous les technocrates ne sont pas patriotes et utiles à leurs compatriotes. On se souvient encore amèrement des propos d’un technocrate burkinabé. C’était au moment où le Burkina était devenu un pays minier, au moment où les institutions internationales insistaient sur le fait que les avantages liés à l’exploitation des mines devraient profiter à tous les citoyens. C’était au moment aussi où tout le monde se plaignait de la gabegie et de la cupidité du pouvoir déchu. Il disait en substance …écoutez il n’y a pas que les fonctionnaires, vous allez marcher et remarcher ; si vous voulez, courez ! Il n’y aura pas d’augmentation de salaires. Il ya trop de choses à faire dans ce pays. Voyez, Même les instituteurs veulent un statut particulier…Paroles d’un puissant chef d’entreprise à l’adresse de ses employés. Le budget national était devenu un bien personnel.

Imaginez de tels propos, prononcés en France ou aux USA par un responsable politique. Que n’aurait-il pas dit, si ce Monsieur n’était pas issu de famille paysanne ? Que n’aurait-il pas dit, si les autres ne l’avaient pas vu aller à l’école dans les années 1960 ? Quelle injure n’aurait-il pas pu dire à l’égard des travailleurs, si son père avait été président comme le père de l’autre, ou grand cadre à la BCEAO comme le vieux KABORE ? Wend nê mi, Dieu seul sait. Après s’être agenouillé devant les institutions financières internationales, au nom de la misère du pays, on y revient pour construire des châteaux pour ses nièces, à la place des forages et des dispensaires pour les plus démunis. Ce sont tous ces comportements accumulés, qui ont gonflé le cœur des burkinabé et produit l’explosion à double fragmentations les deux derniers jours d’octobre 2014. Ceux qui ne connaissent rien du Burkina trouveront excessifs nos propos. Ils ignorent sans doute que sous Blaise, au moment où le technocrate en question était le patron des finances burkinabé, des milliers de fonctionnaires de l’Etat ont travaillé plus six mois sans percevoir un rond en termes de salaire. Comment ont-ils vécu cette misère, quant on sait que la majorité de ces travailleurs sont issus de familles peu matériellement nanties ? Jusqu’aujourd’hui, beaucoup d’entre eux portent physiquement ou moralement les séquelles de ces longs mois de torture. On murmurait en son temps que les salaires des malheureux nouveaux fonctionnaires alimentaient les projets et les entreprises des fils et cousins des hommes d’état. Voilà ce que fut le travail d’une certaine race de technocrates dans notre pays. Cela ne pouvait qu’engendre le big-bang politique du 31 octobre. Maintenant que les planètes se sont formées, et que la vie émerge au- dessus de la surface des terres, nous souhaitons, plus que jamais, avoir une autre race de technocrates dans notre nouveau gouvernement. Nous voulons des technocrates humanistes et patriotes, capables d’inventer et d’improviser pour le salut du peuple. Nous ne voulons plus de ces savants de la politique qui ne pensent qu’à eux-mêmes et qui exigent tout des autres.

Nous ne voulons que des technocrates qui dialogueront sincèrement avec les travailleurs et leurs syndicats et non plus ceux qui chercheront à corrompre les leaders syndicaux avec des miettes soutirées des caisses noires. Que le seigneur éloigne des burkinabé, des technocrates qui feront des calculs et des projections macro-économiques, qui les inciteront à vouloir raboter les salaires et à augmenter le prix du riz. Nous avons su il ya longtemps, que par le jeu des augmentations des prix, nous cotisions tous pour les campagnes électorales sous le régime déchu. Nous implorons alors le ciel de donner au Burkina, de meilleures saisons pluvieuses, car jusque- là, les burkinabè vivent mieux des bonnes saisons pluvieuses, que de la bonne santé d’un budget national tantôt en convalescence tantôt sous perfusion. Oui, quand l’eau que Dieu nous offre est bonne et suffisante, nous mangeons mieux, nous nous soignons mieux et nos enfants abandonnent moins l’école.

Que soient autour de Roch, des hommes et des femmes qui ne vont pas ignorer le prix des céréales burkinabé, même s’ils consommeront du riz américain accompagné de jus de raisin espagnol. C’est un droit que chacun mange le mil de son grenier. Et nous croyons plus que jamais, qu’avec cette résurrection politique du Burkina, l’argent de nos mines nous donnera plus d’écoles, plus de dispensaires, plus de barrages et de retenues d’eau, pour nous permettre d’être moins soumis à la rudesse de notre climat. C’est ce que nous voulons surtout, en lieu et place des dons insultants des ministres qui faisaient de leurs enfants, de faiseurs d’œuvres caritatives. Avant de commencer à travailler, ces mineurs étaient suffisamment riches, au point de faire des dons à la place de leurs parents. Des voleurs en herbe dans le Gon- douana ancien. Dans le Burkina nouveau, cela devrait être proscrit, car les hommes intègres préfèrent les petites figues de respect aux insultantes noix de cola.

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YAMEOGO Ignace
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