Lazare Tarpaga au Juge : « Vous avez énormément de travail à faire »

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L’ancien Directeur général de la Police nationale, Lazare Tarpaga, et l’ancien Président de l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP), Mathurin Bako, ont déposé en qualité de témoins ce lundi 11 février 2019 devant le Tribunal militaire de Ouagadougou.

L’audience du jour a débuté avec la poursuite de la comparution du Contrôleur général de Police, Lazare Tarpaga, à ses côtés le Colonel-Major Kéré, le Capitaine Dao et le Général Diendéré, tous, accusés dans cette affaire de coup d’Etat avorté de septembre 2015.

Des avocats de la Défense, en l’occurrence Me Yelkouni et Me Dabo, pressent de questions l’ancien chef policier habillé en tenue civile. « Les patrouilles de surveillance de la Police durant les évènements n’avaient pas pour but de disperser des manifestants comme le voulait le Général Diendéré, mais plutôt de veiller à ce qu’il n’y ait pas de pillage ni de casse », explique le DG de la PN au moment des faits.

L’ancien patron « des gardiens de la paix » dit avoir même été un soir interpellé par des éléments du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) pendant les évènements : « Je m’attendais à ce qu’ils me demandent le mot de passe. Mais, ils m’ont dit « Qui êtes-vous ? ». Je me suis présenté : « Je suis le DG de la Police nationale ». Et ils rétorquent : « Le DG de la Police n’a pas de nom ? ». C’est là j’ai donné mon nom : « Commissaire Tarpaga ». J’ai compris que ces derniers n’avaient pas le mot de passe ».

Où sont passées les images des caméras de surveillance de Kossyam ?

Les conseils du Général Diendéré, Me Yelkouni et son confrère Me Dabo, prennent le témoignage de l’ancien chef des policiers avec des pincettes, qualifiant ses dires de « témoignages obscurs ». « Ce sont ceux qui m’ont demandé de disperser la foule qui tiraient sur les manifestants. Ils n’ont qu’à assumer leurs actes », déduit celui qui avait été nommé en Conseil des ministres aux fonctions de Directeur général de la Police nationale le 23 décembre 2014.

Le Parquet et les avocats des Parties civiles trouvent plutôt crédible le témoignage de l’ex-patron des flics. A une question plus ou moins astucieuse de Me Farama au Général Diendéré, ce dernier s’est voulu on ne peut plus clair : « Je n’ai pas de fait de  coup d’Etat ».

L’avocat des victimes qui pressent une forte odeur de rétention d’informations tente alors de faire une brèche dans le mur. Depuis le début de cette affaire, évoque-t-il, les éléments du RSP ne disent pas ce qu’ils ont vu à travers les caméras de surveillance installées à la Présidence du Faso.

Mais, c’est sans compter sur la version des faits du présumé cerveau de la tentative d’attentat à la sûreté de l’Etat. « Si on avait pu enregistrer les images, on allait les déposer ici comme preuves. Les écrans de cameras étaient là, mais, toutes les manipulations étaient faites depuis le ministère de la Défense. Il y avait juste des écrans à la Présidence », réagit le Général Gilbert Diendéré.

« Monsieur le Président, vous avez énormément de travail à faire »

Comme mot de fin, l’ancien boss des renseignements au Burkina maintient que le Contrôleur général de Police est « le vrai prototype du faux témoignage ». Lazare Tarpaga ne se montre aucunement désemparé. « Je suis profondément déçu. Monsieur le Président, je me rends compte que vous avez énormément de travail à faire. Et je vous souhaite beaucoup de courage », morigène l’ancien DG de la Police.

A sa suite, c’est l’ancien Président de l’ARCEP, Mathurin Bako, qui a été appelé à témoigner à la barre. L’ingénieur civil de 69 ans dit avoir reçu un appel d’un élément du RSP le 16 septembre 2015 vers 20h 30. « On m’a demandé si c’était bien moi. J’ai répondu par l’affirmative. La personne m’a dit qu’elle allait me rappeler dans cinq minutes. Effectivement, cinq minutes après, on me rappelle et on passe le téléphone au Général Diendéré », relate l’ancien pattron de l’ARCEP.

A écouter ce témoin qui a été aussi Président du Réseau francophone de la régulation des télécommunications, le Président du Conseil national pour la démocratie (CND) lui a intimé le blocage de l’envoi et la réception des SMS. Il ajoute même que lui et ses techniciens ont fait l’objet de menace de la part des éléments du RSP, notamment quand la porte du bureau d’un agent de l’ARCEP a été forcée le 17 septembre 2015 et également pendant les recherches pour localiser la radio de la résistance.

Le Parquet veut savoir s’il n’y avait pas la possibilité pour eux de refuser d’obtempérer. « Les conditions n’étaient pas réunies pour qu’on refuse de collaborer. Avec une dizaine d’hommes armés arrêtés, je ne pouvais pas dire non », lâche Mathurin Bako. Le Sergent-Chef Bouda, le Sergent Pagbelem et le Général Diendéré sont appelés au perchoir. Tous ces trois accusés cités jettent du discrédit sur le témoignage de l’ancien Président de l’ARCEP dont la déposition se poursuit demain 12 février 2019 à 9h.

Noufou KINDO

Burkina 24

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