La jeunesse, un fer de lance en bois

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Dans mon quartier, il y a trop de jeunes qui usent les fessiers sur les bancs des kiosques du désespoir. De jour comme de nuit, ils sont de garde au chevet d’illusions mort-nées. Dans les pronostics, ils sont classés dans le rang des tocards sans brassard. Leur tête est pleine, mais leurs mains sont vides, malgré leurs dix doigts. Ils ont tout appris avec la tête pour caracoler en queue de peloton. Entre deux verres de thé, ils cogitent en secouant la tête. Pour eux, le tunnel n’a pas de bout ; il est même bouché dès l’entrée. Leur seule chance est noyée au fond d’une bouteille de liqueur frelatée. Certains s’adonnent aux amphétamines pour espérer avoir bonne mine. D’autres se mettent à sniffer de la colle pour prendre leur envol et «kiffer» la vie qui décolle. Il y en a qui se laissent anesthésier par les drogues dures pour jouer le dur à cuire, sans curasse. Au moins, entre les vapes, ils échappent au présent pour se réfugier hors du temps. Leur avenir est un vaste champ d’interrogations à l’infini. Ils ont le Bac avec mention, mais ils fouinent dans les bacs à ordures, sans provision. Leur étoile n’a jamais brillé, parce que leur ciel est trop nuageux. Les prévisions astrologiques leur promettent le paradis pendant que la météo annonce une vie orageuse. Même dans leur rêve, le bonheur est fugitif ; seuls les cauchemars larguent les amarres. 
Chaque jour, cette jeunesse tresse la toile de sa propre perte. A quoi sert d’être jeune quand nos bras valides se rétrécissent faute de bras long ? Etre jeune, c’est vivre à jeun au point de céder au larcin qui ne nourrit pas son homme. Etre jeune, c’est tendre la main nue qui prend sans rien donner en retour. Quand le fer de lance a les bouts tordus et engourdis, sur quelle arme comptons-nous pour forcer les portes de l’avenir ? Chaque année, ils sont des milliers à franchir la barre de la majorité. Chaque année, ils sont autant à entrer à l’université. Combien sortiront indemnes du bourbier des amphithéâtres ? Combien échapperont à la rue, au vice et aux sévices ? L’édifice attend les pierres, mais les ouvriers manquent à l’appel. Pourtant, chaque motte compte. Malheureusement, le fer de lance tant brandi est mal aiguisé. Les défis sont en béton, la relève est en argile. Voilà pourquoi, nous nous battons sans pause pour les mêmes causes sans grand-chose. Parce que malgré sa hardiesse, notre jeunesse manque de concrètes promesses.
Il y a trop de jeunes qui visent la lune sans être capables de prétendre à une étoile. Leur destin ressemble à une météorite qui traverse le ciel vacant d’un univers abracadabrant. Que de potentiels exploits réduits au rang de sans-emploi. Demain nous sera hors de portée, si nous devons transporter ce fardeau au dos et supporter ses plaintes légitimes. Demain, nous serons toujours en chemin, les bras ballants, bon an mal an, sans parvenir à prendre l’élan du saut. Demain, cette jeunesse qui se cherche nous trouvera sur son chemin et nous perdrons la main. Les mains vides, ils en viendront aux mains pour prendre la main, sans être sûrs d’avoir les choses en mains. Parce que nous ne leur avons rien appris. Parce que nous n’avons pas su céder ou concéder pour les aider à réussir. Parce que nous ne les avons pas bien formés. Parce que nous n’avons jamais voulu qu’ils soient mieux que nous.
Jeunesse en détresse et sans paresse, ton stress est en tête des beaux discours, mais au-dessus de ta tête, les vautours planent déjà. Entre le marteau et l’enclume, tu peux toujours faire la Une sans être un chien écrasé. Il suffit de compter tes doigts pour avoir le nombre de chances qui t’échappe. Mais peut-on avoir de la chance dans un pays où les doigts sont plus agiles sur un clavier d’ordinateur que dans la boue fertile de nos terres ? A quoi sert de hanter les amphis et de calculer la quadrature d’un cercle qui se révèle vicieux ? Même le docte n’a pas l’antidote. Aujourd’hui, avec le BAC en vrac, même les cracks manquent de tact et c’est «gnac dans le bac» ! Il ne suffit pas d’avoir une maîtrise pour être à l’abri du destin qui méprise. Il ne suffit pas d’avoir le micro pour poser les bonnes questions. Voilà pourquoi, face à Macron, certains ne valent même pas un micron. A qui la faute ? Finalement, ce n’est pas la veille de la battue qu’il faut dresser son chien. Mais puisque le fer de lance est en bois, l’impact ne peut qu’être fracassant !
Clément ZONGO

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