Innovation scientifique : Une Burkinabè purifie l’eau polluée grâce au Moringa

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Grâce aux vertus de « l’arbre de la vie », le Moringa, Dr Aminata Kaboré, jeune chercheuse à l’Institut de l’environnement et de recherches agricoles (INERA), est arrivée à démontrer scientifiquement la transformation de l’eau souillée en eau potable. Une manipulation sans produit chimique. Selon plusieurs témoignages, l’eau recueillie facilite la digestion et soigne les constipations. La technologie d’abord testée en laboratoire est en expérimentation dans quatre villages de la province du Sourou. Elle y est appliquée par 80 ménages ayant bénéficié d’un transfert de compétences.

Au Burkina Faso, les résultats de recherches scientifiques, notamment biotechnologiques, ne sont pas tous connus du public. La vedette est tenue par les variétés de riz, le sorgho bio fortifié, le niébé Bt, l’oignon OGM, le sésame amélioré, le coton Bt, etc. Ce sont les moustiques génétiquement modifiés qui sont désormais sur toutes les lèvres.

En témoigne l’actualité nationale ces derniers moments. Mais, de l’eau potable grâce à du Moringa ? L’information sur « cette toute nouvelle biotechnologie », pour emprunter les mots à la promotrice, pourrait sonner faux, à moins que l’on ne s’en laisse conter.


Le nécessaire pour appliquer la technologie

Deux seaux, du charbon concassé, du sable fin et propre, des tourteaux de graines de Moringa et un filtre. C’est le nécessaire pour purifier l’eau souillée du marigot ou du puits. Désormais, à Tougan et environnants, dans la province du Sourou, région de la Boucle du Mouhoun, c’est le nouveau concept de « potabilité de l’eau » qui fait florès. Et cela va sans dire.

Immersion en pays Samo

Assise entourée d’un groupe de femmes, Orokia Drabo est écoutée comme une reine. Elle est suivie dans ses moindres gestes par ses amies mobilisées autour d’elle. De teint noir, Rouki, comme ces camarades l’appellent affectueusement, a les cheveux couverts par un voile. Quand il s’agit d’eau et assainissement dans le village de Djan, c’est elle le relais au niveau de la communauté de femmes, dans cette localité de Tougan située à environ 220 km de Ouagadougou.

Le travail de la jeune dame, frisant la trentaine, consiste notamment à veiller au respect des règles de purification de l’eau souillée grâce au Moringa, du nom de cette plante surnommée plante miracle aux mille vertus. Orokia a prévu une session d’échanges avec les premières utilisatrices de la nouvelle technique qui débarrasse les souillures de l’eau.


Des hommes sont aussi formés sur la technique de purification de l’eau

Il est 10h, le mercredi 17 juillet 2019 à Djan. De gros nuages noirâtres s’amoncellent dans le ciel. Malgré tout, les cases se vident peu à peu de leurs occupants. La plupart des hommes sont occupés par les travaux champêtres. Ils quittent leurs toitures, des sachets pleins de semences en main.

Les chants d’oiseaux, annonciateurs de la saison pluvieuse, se confondent au tumulte des enfants. Les femmes, elles, se précipitent pour ne pas manquer le rendez-vous sous l’arbre à palabre. C’est là-bas que nous les rejoignons. Progressivement, la couche nuageuse se dégage. Comme si les « villageois » étaient sûrs que le ciel de plomb allait bientôt être libéré de ces nuées : Il ne pleuvra pas ce matin !

« Diminution considérable des maux de ventre »…

Chacune prend donc place. Il est question ce mercredi d’échanger et de témoigner sur l’impact de la technologie de purification de l’eau souillée grâce aux graines et tourteaux de Moringa. Cette plante, l’une des spécialités du Larlé Naaba Tigré, est aussi appelée plante du paradis en langue Mooré.


Le Larlé Naaba Tigré, « Champion national de la nutrition », est le chef de file des promoteurs du Moringa au Burkina Faso

L’intervention de la porte-parole du groupe s’avère claire comme de l’eau de roche. « Nous apprécions sincèrement l’arrivée de cette technologie dans notre localité. Parce qu’avant, les gens souffraient de plusieurs maladies notamment la diarrhée, la fièvre typhoïde, la dysenterie, le choléra, à cause de la mauvaise qualité de l’eau qu’on buvait.

Mais, depuis l’arrivée de la technologie, nous buvons de l’eau potable et ne connaissons plus ces maladies. Ça facilite la digestion et soigne les constipations », se réjouit Orokia devant la quarantaine de femmes. Certaines hochent la tête pour approuver les dires de leur leader.


Aperçu du Moringa

Les affirmations de la jeune femme sont, d’ailleurs, confirmées par des partenaires locaux de la technologie, en l’occurrence, Bourou Zerbo, Agent de santé à base communautaire (ASBC), et Solange Toé/Tiao, la Présidente de l’association Demba Gnouma (Ndlr : La bonne maman en Dioula). Ces derniers ajoutent que la technique permet également d’éliminer l’odeur désagréable qui accompagne souvent l’eau du marigot.

Et à Orokia de poursuivre : « Les populations apprécient énormément. A vrai dire, nous connaissons aujourd’hui une diminution considérable des maux de ventre et des maladies chroniques. Nous pouvons surtout noter la diminution des cas de mortalité infantile. Vraiment, les mots nous manquent. Les avantages de cette technique sont inestimables. Nous souhaitons que ce dispositif soit vulgarisé dans tous les villages de la province du Sourou et en général du Burkina Faso ».


Lire la vidéo pour savoir comment marche la technologie

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Cette nouvelle trouvaille en vogue au Burkina Faso vise à répondre à la question de l’accès à l’eau potable qui demeure toujours une préoccupation majeure dans le pays, particulièrement en milieu rural. La sécurité alimentaire et nutritionnelle, selon les spécialistes en la matière, passe nécessairement par l’accès à l’eau potable.

Au fait, les populations rurales sont confrontées à la gestion optimale des points d’eau, l’insuffisance d’hygiène et d’assainissement et au manque de méthodes appropriées de désinfection à l’échelle familiale.


De l’eau de puits (à gauche) purifiée grâce au Moringa

Toute chose qui oblige de nombreux ménages à consommer l’eau de puits et des rivières souvent souillée. Des souillures généralement causées par les déchets humains, animaux ou par des produits chimiques de l’exploitation minière.

L’intégration de procédés biologiques de traitement des eaux de consommation, aux yeux des chercheurs, s’est alors avérée une alternative durable dans l’amélioration de la qualité des eaux de boisson. La disponibilité et la non-toxicité des substances sont mises en avant.

Une technique longtemps pratiquée par des autochtones indiens et soudanais

C’est ainsi que l’idée de traiter scientifiquement des eaux de surface et de puits alimentant les populations avec différentes concentrations de coagulant de graines de « Moringa Oleifera » (Ndlr : Nom scientifique du Moringa) a germé.

Une jeune chercheuse burkinabè, Dr Aminata Kaboré, a choisi de bâtir sa thèse de Doctorat sur la thématique. Elle fait partie des premiers chercheurs africains à s’intéresser à la technique longtemps utilisée par des autochtones notamment en Inde et au Soudan.

Cette érudite, qui est sur ce sujet depuis 2011, est actuellement chargée de recherches en biochimie et en microbiologie à l’Institut de l’environnement et de recherches agricoles (INERA), l’un des quatre instituts spécialisés du Centre national de la recherche scientifique et technologique (CNRST) du Burkina. La mordue de biotechnologies a soutenu en 2015 son Doctorat sur le thème « Optimisation des qualités épuratoires des graines de Moringa dans le traitement des eaux de consommation ».

« Mention très honorable » pour un travail scientifique…

Son travail a été sanctionné par la « Mention très honorable » avec félicitations du jury. Celle qui a été meilleure doctorante en 2013 lors des Journées portes ouvertes de l’Université Joseph Ki Zerbo, a longtemps cru en son flair. La microbiologiste a commencé à travailler sur cette technique de purification de l’eau souillée depuis ses études en Master.

Actuellement enseignante-chercheuse, elle maîtrise son sujet. Elle partage avec nous les conclusions de ses recherches exposées le jour de sa thèse de doctorat. Elle nous fait voyager dans un monde « botanique » animé d’une culture microbienne et microbiologique…


Des tourteaux de Moringa à Djan

Des résultats obtenus par l’impétrante, il est ressorti qu’en fonction des caractéristiques des eaux, les temps de décantation compris entre 1,5 et 2 heures sont apparus suffisants pour éliminer la presque totalité des matières en suspension et des colloïdes. « L’abattement de la turbidité obtenu était compris entre 24 et 96% pour un temps de décantation de 2 heures et fonction de la turbidité initiale de l’eau », explique la chercheuse.

Pour le même temps de décantation, poursuit-elle, l’abattement microbien était de l’ordre de 82 à 94% pour les coliformes fécaux, de 81 à 100% pour Escherichia coli, de 94 à 100% pour les streptocoques fécaux et 100% pour les kystes de Giardia intestinalis. Les traitements, toujours selon l’étude de Dr Kaboré, ont également permis de réduire les teneurs en nitrates, calcium, magnésium ainsi que la dureté totale.

Les résultats de labo en expérimentation sur le terrain

Les ménages se servent de ce récipient pour conserver l’eau purifiée

Par contre, une hausse des concentrations de sulfates et de matière organique a été enregistrée avec ces traitements.

Tous ces résultats ont conclu qu’en fonction des caractéristiques initiales, le traitement des eaux brutes avec les graines de Moringa améliore « considérablement » la qualité des eaux de boisson.

Pour cette étude, les propriétés floculantes des graines de Moringa ont été exploitées pour réaliser la coagulation-floculation pour la clarification et l’élimination des micro-organismes des eaux.

La démarche a consisté à appliquer différents traitements à base de coagulant de graines de Moringa à des échantillons d’eau brute de différentes provenances du Burkina utilisée pour la consommation humaine, puis à suivre leurs caractéristiques physico-chimiques et microbiologiques.

Pour tester les résultats de labo sur le terrain, l’étude bénéficie d’une expérimentation dans quatre villages de Tougan (Da, Djan, Koulara et Zizin) à travers un projet pilote 2018-2019.

Ce projet porte sur la vulgarisation de la technologie des graines de Moringa comme matière de traitement de l’eau de boisson, avec un accent particulier sur l’utilisation des tourteaux de Moringa.

La technologie n’est valable que pour les eaux troubles…

« C’est une suite de mes travaux de thèse réalisés en 2015. Le projet fait suite à l’appel conjoint en 2017 de Water Aid et du Fonds national de la recherche et de l’innovation pour le développement (FONRID) qui sont les bailleurs et de EAA, INERA et IRSS qui sont les partenaires techniques », confie Dr Aminata Kaboré, l’air timide.


Dr Aminata Kaboré purifie l’eau souillée des rivières grâce au Moringa

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La jeune chercheuse révèle avoir soumissionné dans le but d’adapter la technologie au contexte domestique afin que les populations vivant en milieu rural puissent l’utiliser pour assainir l’eau de boisson. « C’est l’étape où il faut traduire cette technique de labo en technique applicable au milieu rural, puisqu’au labo, tout est machinisé », précise-t-elle.

Le projet a bénéficié d’un financement de 10 millions de FCFA pour une durée d’une année grâce aux partenaires suscités. La chercheuse insiste que « la technologie n’est valable que pour les eaux troubles, les eaux de puits, de surface ou de marigot, et non pour l’eau du robinet par exemple ».


Vidéo – Tougan : Quand les populations s’approprient la technologie de purification de l’eau de boisson

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« Toutes les saletés vont se retrouver au fond de l’eau avec 90% des microbes »

« Il y a deux méthodes, c’est-à-dire soit on utilise les graines de Moringa, soit ses tourteaux. Dès que la technique est appliquée, en quelques minutes, toutes les saletés vont se retrouver au fond de l’eau avec 90% des microbes.

Après la réalisation des infrastructures, on travaille également à expliquer aux gens les bons comportements en matière de manipulation de l’eau. Parce que l’eau potable peut être disponible, mais ce qui est mis dans la bouche peut être autre chose », fait savoir la biochimiste.


Le procédé requiert du charbon et du sable fin

L’Office national de l’eau et de l’assainissement (ONEA), à l’en croire, avait voulu appliquer le système. Mais, ajoute-elle, la quantité de Moringa à récolter, compte tenu du volume d’eau à traiter, a poussé les responsables de la nationale de l’eau à lâcher prise.

En termes de perspectives, Dr Aminata Kaboré se demande pourquoi ne pas mettre en place, un jour, une station comme à l’ONEA, à l’échelle villageoise tout en utilisant du Moringa pour traiter l’eau ? En attendant, des études sont en cours pour mesurer l’efficacité du Moringa dans le traitement des effluents miniers contenant des métaux lourds. Décidément, le Moringa n’a pas encore livré tous ses secrets, les recherches scientifiques aussi !

Noufou KINDO

Burkina 24

Source : Burkina24.com

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