Incivisme au Burkina : Le SND, ce potentiel remède

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Le contenu a varié de l’appellation Service national populaire (SERNAPO) sous la révolution à Service national pour le développement (SND) quelques années plus tard après l’assassinat du Président Thomas Sankara qui a été à l’origine de sa création. Aujourd’hui,  ces trois lettres riment plus avec fonctionnariat. Et pourtant, cet aspect « n’est qu’une infime partie » des missions confiées à la structure chargée de renforcer les valeurs morales, l’esprit civique et la fibre patriotique chez les jeunes, inculquer l’esprit de discipline, de rigueur, insuffler le sens de l’honneur.

En raison « des difficultés quant à l’incorporation de citoyens burkinabè salariés issus du secteur privé dans la mise en service national », le Premier ministre Paul Kaba Thieba en était venu à diffuser une circulaire  mi-juin 2016 invitant à l’envoi des dossiers des agents nouvellement recrutés et non à jour de leur service légal. Le but, « corriger cette injustice qui prospère depuis des décennies » et donc s’inscrire dans l’esprit de l’article 10 de la Constitution qui fait obligation à tout citoyen burkinabè de s’acquitter du service national lorsqu’il en est requis.

Derrière cet appel se cache une certaine perception du Service national pour le développement par les citoyens. Elle est intimement liée à la rétention à la source du tiers (1/3) du salaire de base pendant 12 mois des employés dont l’âge est compris entre dix-huit (18) et vingt-et-neuf (29) inclus pour l’effort de développement socio-économique du pays. « L’aspect fonctionnaire n’est qu’une infime partie de nos missions. C’est vraiment dommage que le fonctionnaire se focalise sur cela », se désole le colonel Dabré Hamado, directeur général du SND.

Il y a bien une explication à cette perception. C’est la rétention à la source du tiers du salaire de base pendant douze (12) mois à partir de la date d’incorporation dans la fonction publique ou celle de l’obtention d’un emploi dans le privé.

Une rétention évitable après une visite médicale pour les citoyens déclarés « aptes »  et retenus pour la formation civique et militaire de 45 jours, qui choisissent de passer par là et surtout qui l’auront réussie. « Les jeunes salariés du public et du privé peuvent également participer à cette formation de 45 jours. En cas de succès, la formation vaut accomplissement des douze mois du SND ». Ainsi en a décidé le gouvernement de la Transition en sa séance de conseil des ministres du 13 juillet 2015.

Tout au long de leur séjour au Groupement d’instruction des forces armées (GIFA),  et au camp Ouezzin Coulibaly de Bobo Dioulasso, ils passeront par la Formation commune de base (FCB) avec son volet militaire combiné à  celui du civisme. Le Droit international humanitaire (DIH) ne leur sera pas inconnu après la fin du casernement. « L’esprit, c’est de regrouper les jeunes de toutes les contrées du pays. Qu’ils vivent ensemble. Qu’il y ait un brassage », explique le colonel Dabré.

« Montrer les devoirs qu’un citoyen doit remplir dans un Etat de droit »

Il aura fallu attendre trois ans plus tard pour voir la première cuvée sortir du centre. L’appelé SND Tindano Yacouba a été le délégué de la première promotion de 500 jeunes ayant suivi cette formation. Le soldat est perceptible en lui depuis la fin de celle-ci. « Quand je vois aujourd’hui mes promotionnaires, mes camarades, je sens que vraiment quelque chose a changé et que l’objectif qu’on attend d’eux a beaucoup été atteint », confie le délégué de promotion.

Et « bientôt, annonce le directeur du SND,  on va former avec les élèves fonctionnaires de l’ENAM, l’ENAREF, les ENEP ». Derrière cette annonce se cache un but, un espoir. Celui de l’apprentissage à « respecter l’autorité » et « surtout les symboles de la nation » à commencer par le drapeau.

L’échange avec l’appelé Tindano Yacouba l’a replongé dans son discours du 12 février 2018. « J’ai posé une doléance. J’ai dit : il faut que cette formation s’étende à des milliers de fils de ce pays. Vu le résultat que ça engraine, si les gens font cette formation, ça va beaucoup améliorer les acquis. Et en même temps atteindre le but pour lutter contre l’incivisme dans ce pays ».

C’est finalement au centre de formation de l’armée qu’il apprendra qu’il n’a pas que des droits. « Au départ, nous on est là, je connais mes droits. Arriver là-bas, on va vous montrer non seulement les droits de tout un chacun, mais aussi les devoirs qu’un citoyen doit remplir dans un Etat de droit ».

De la formation aux métiers dans les centres de Badala et Loumbila

Le SND, c’est aussi et surtout la formation aux métiers dans les filières maçonnerie, mécanique, filière agro-sylvo pastorale (02 ans), sécurité privée, soudure et électricité (environ 600 par an), la sensibilisation au civisme et au patriotisme (environ 5 000 par an), la contribution des jeunes salariés du privé et du public de contribuer à l’effort national (autour de 7 000 par an), des possibilités de recrutement de la fonction publique et du privé et le recrutement d’appelés volontaires pour le compte de l’administration publique.

 

 

Malheureusement, « pour avoir les jeunes, c’est difficile. On n’arrive pas » se désole le colonel qui peine à comprendre le manque d’engouement étant donné que « la formation est entièrement gratuite ». A cette situation s’ajoute le manque de ressources financières conséquentes pour former plus de jeunes par an.

Et pourtant,  « si on avait les moyens, plaide-t-il, on pouvait contribuer grandement à la formation aux métiers ».  Il n’hésite donc pas à encourager les jeunes diplômés et non diplômés concernés par la tranche d’âge à venir au SND non pour « venir faire quelque chose en attendant » mais pour « qu’ils (y) apprennent vraiment le métier », car argumente-il, « aujourd’hui, même si vous avez bac + 20, si vous ne savez pas faire quelque chose de vos 10 doigts, vous êtes largués en matière de travail ».

De l’engagement du citoyen

Le doute ne traverse pas l’esprit du colonel Dabré. « Il y a un éveil de conscience jamais égalé », note-t-il. Et tout ce qui en est le fruit : l’avènement de l’insurrection populaire et son corollaire éveil des libertés fondamentales,  de revendications de tous ordres, de veille citoyenne. Néanmoins, nuance-t-il,  cette situation « contribue un peu à l’incivisme » avec en face des jeunes qui ne font pas la part des choses entre incivisme et insurrection. « On doit travailler à leur montrer que l’insurrection, c’est fini. Il faut qu’on repasse sur les acquis de cette insurrection pour construire notre pays », oriente le colonel Dabré.

Mais à présent, invite-t-il, « il faut reconstruire le pays » à travers « une relance de la citoyenneté responsable » en commençant par « revoir la justice » tout en veillant à ce qu’elle « soit rendue avec célérité ». Pour finir, un pays, caricature le directeur général du service national pour le développement, c’est comme un bateau, un avion avec ses passagers à bord avec un risque en cas de noyade, de crash que tous y laissent la vie. Le directeur du Service national pour le développement qui a « l’impression que le monde ne comprend pas ça » invite ses compatriotes à avoir le « courage de s’engager » et de participer au développement du pays parce que « sans ça,von sera là à tourner en rond».

Oui KOETA

Burkina24

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