Incident gendarme-journaliste : Aux apôtres de la violence ‘’gratuite ‘’

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Incident gendarme-journaliste : Aux apôtres de la violence ‘’gratuite ‘’

Arrivés sur l’aire de la célébration de la journée nationale du paysan à Kaya, les journalistes sont passés au scanner et fouilles. Comme tout le monde. C’est la règle, et personne ne peut se débiner. La tente réservée pour les hommes de média est déjà occupée, que faire ? Munis de leurs badges, certains prennent place à même le sol, au soleil, tandis que d’autres cherchent des solutions pour se mettre à l’abri des rayons de l’astre.

Il semble que Guézouma Sanogo a franchi une barrière (en réalité le ruban attaché autour du hangar initialement réservé aux hommes de médias), pour aller chercher une chaise qu’un tricycle venait de convoyer sur le lieu de la cérémonie. A son retour finalement sans chaise, le passage lui est refusé par l’agent en faction. Que se sont-ils dits ? On ne le saura pas. En tout cas, comme dans une arène de lutte, le journaliste est projeté au sol, une première fois. Puis une deuxième. Résultat, son visage est tuméfié, il saigne.

Voici l’incident qui, théorie de l’agenda oblige, a volé la vedette à la cérémonie pour laquelle tous étaient conviés.

Quand le chef de l’Etat lui-même déplore

Au plus haut niveau, juste après la cérémonie, le chef de l’Etat Roch Kaboré sans détours a condamné l’acte du pandore. « Je regrette sincèrement ce qui s’est passé car il n’est pas normal qu’à notre époque encore de telles choses se passent. Je voudrais simplement présenter mes vœux de prompt rétablissement à M. Sanogo. J’ai toujours dit et répété que la sécurité doit d’abord respecter les individus. Cela est une priorité et même si nous assurons la sécurité, nous devons garder notre sang froid pour éviter de tels dérapages qui dénaturent notre démocratie ».

En dépit de ce dérapage, selon le mot du chef de l’Etat, il y en a qui trouvent quand même des explications. Pis, ils le soutiennent et félicitent le gendarme. Loin de toute position corporatiste, nous disons que ce n’est pas parce que c’est un confrère qu’il faut s’en offusquer. Est-ce seulement par des méthodes barbares et rétrogrades qu’il faut résoudre ce genre d’incidents. Si la violence gratuite est l’œuvre d’une force qui a du mal à être tranquille, au lieu d’applaudir, il faut plutôt craindre. Cela n’arrive pas qu’aux autres.

Le chef du Groupement de sécurité et de protection républicaine (GSPR), la garde rapprochée du chef de l’Etat a également condamné l’acte de son élément. Mieux il a rassuré que « les dispositions sont prises pour que l’intéressé soit enlevé du dispositif et les mesures vont suivre ». Qui mieux que son supérieur pour apprécier le comportement de son élément ?

Guézouma Sanogo ne s’était pas invité à la cérémonie. Si les organiseurs ont jugé utile d’établir un badge qu’il a porté au cou, c’est pour que cela serve à quelque chose. Et ce petit identifiant qu’il portait a été conçu au nom de son service, la Radio nationale du Burkina. Il a franchi une barrière ? C’est peut-être une faute. Mais de là à dire comme certains que le gendarme a fait son travail, c’est le triste rubicon à ne pas franchir. Le gendarme n’était pas là pour casser toute personne qui ne respecterait une quelconque consigne de sécurité. Après l’acte, le fautif a été exfiltré par un de ses frères d’armes. Ce dernier s’est-il rendu compte de l’excès ?

Ils veulent une chose et son contraire

‘’ Je pense que le Gendarme ne l’a pas bien eu sinon il devrait se réveiller aux urgences à Yalgado, ‘’le journaliste n’est pas un citoyen au-dessus des lois’’, « Les journalistes, les magistrats ont tendance à penser qu’ils sont des supers citoyens ! », ce sont entre autres les commentaires que l’on a pu lire sur le forum de Lefaso.net. C’est à croire que cet incident a été l’occasion d’exhumer des vieilles rancœurs.

On ne réclame pas une prime à l’impunité ! Entre Forces de défense et de sécurité et journalistes, les couacs sont presque quotidiens dans les cérémonies. C’est souvent plus tendu, mais rarement les débordements ‘’langagiers’’ n’occasionnent de blessés. S’il y a des apôtres de la ‘’violence gratuite’’ pour applaudir à tout rompre parce qu’un pandore a violenté un citoyen, malgré les condamnations du président du Faso et du commandant de la GSPR, il y a de quoi se demander à quelle époque certaines personnes voudraient ramener les Burkinabè.

Mais bon ! Puisque les réseaux sociaux sont parfois une affaire d’officines les unes plus corporatistes que les autres…

Tiga Cheick Sawadogo
Lefaso.net

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