« Il faut prendre le soin de communiquer avec tout le monde, chacun à son niveau », Maire de Piéla, Hahadou Daniel Nadinga

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« Il faut prendre le soin de communiquer avec tout le monde, chacun à son niveau », Maire de Piéla, Hahadou Daniel Nadinga

Lefaso.net : Comment appréciez-vous la collaboration entre vous et les autres membres du Conseil municipal, dont vous êtes le premier responsable ?

Hahadou Daniel Nadinga : Je dois dire que l’ambiance est très bonne, puisque nous jouons sur la participation de l’ensemble des acteurs. Au niveau du Conseil municipal, nous avons trois partis politiques, dont les représentants se trouvent impliquer à différents niveaux de responsabilité (que ce soient dans les missions à l’intérieur comme à l’extérieure de la commune). Ce sont tous les conseillers qui y participent, avec bien sûr, un modèle de rendu de comptes qui renvoie à notre niveau le contenu de ces missions pour qu’on puisse constituer une mémoire de tout ce qu’on fait. Les délibérations que nous prenons lors des sessions le sont, à chaque fois, après beaucoup d’échanges, mais à la fin, avec unanimité. C’est la preuve qu’il y a quand même une vision partagée entre les différents conseillers (municipaux). Du reste, quand ils sentent qu’il y a quelque chose qui ne va pas (même ceux qui sont de la même formation politique que le maire), ils l’expriment sincèrement. Ce qui fait qu’au niveau du Conseil municipal, les gens apprécient la gestion à sa juste valeur et cela est à mettre à l’actif de l’ensemble des partis politiques qui composent le Conseil municipal.

Lefaso.net : Quelle était la principale préoccupation, personnelle, qui vous animait lorsque vous arriviez à la tête de la mairie ?

Hahadou Daniel Nadinga : L’inquiétude, c’était que nous ayons une opposition qui, certes, n’allait pas peut-être bouleversée les tendances (parce que les textes sont tels qu’au regard du nombre, nous pouvions valider nos textes sur la base d’une majorité simple, mais que malgré tout), pouvait tirer beaucoup sur les ficelles même quand ça ne vaut pas la peine. Et quand c’est le cas, on ne peut pas avancer. Dieu merci, tel n’a pas été le cas. Et peut-être que la façon de communiquer avec l’ensemble des conseillers a aussi été un avantage pour que les gens comprennent mieux et puissent mettre en avant l’intérêt supérieur de la commune au-dessus de tout.

Lefaso.net : La décentralisation, c’est aussi la mobilisation des populations concernées pour être actrices de leur propre développement. Comment jugez-vous le degré de mobilisation de vos populations dans les actions de développement déployées par la mairie ?

Hahadou Daniel Nadinga : Je pourrais peut-être dire que c’est une population qui attendait une façon de gouverner, qui accompagne notre gestion. Elle est aujourd’hui engagée pour les actions de développement. Ce que nous avons fait, c’est d’abord de nous ouvrir à elles. Quand nous sommes à la mairie (étant entendu que nous travaillons à Ouagadougou), nous prenons notre temps à écouter les différentes suggestions des populations, à les analyser pour trouver des solutions. Dans ce sens-là, nous avons aussi entrepris une tournée, qui nous a conduits dans plusieurs villages. Ce qui nous a permis d’écouter de vive voix les populations, par rapport à leur façon de voir la gestion afin de pouvoir l’améliorer en fonction de ce qu’elles proposent. C’est une démarche qu’elles ont appréciée, si fait que pour tous les projets et actions engagés dans la commune, elles se sont fortement mobilisées pour accompagner le Conseil municipal. Nous avons également, juste après notre installation, rencontré toutes les couches sociales dans la commune (associations des commerçants, des femmes, des jeunes, les syndicats, les organisations non-gouvernementales…).

Ajoutons à toutes ces actions, les deux journées de redevabilité que nous avons tenues et qui ont été participatives avec l’apport de la radio locale. Elles ont du reste galvanisé les couches socio professionnelles et l’ensemble de la population.

Lefaso.net : Cette mobilisation se ressent-elle au niveau fiscal, qui est le baromètre de l’adhésion à vos actions ?

« Il faut prendre le soin de communiquer avec tout le monde, chacun à son niveau », Maire de Piéla, Hahadou Daniel NadingaHahadou Daniel Nadinga : Justement, c’est l’un des éléments de preuve que je soulève. Il nous a suffi de demander l’accompagnement du Conseil municipal et des comités villageois de développement (CVD), pour que toutes les populations s’engagent dans ce sens. Et cette année, les techniciens nous font savoir que nous sommes presqu’en train de doubler nos recettes, comparativement aux années antérieures. C’est donc la preuve d’une grande adhésion au mode de gouvernance proposé par le conseil municipal.

Lefaso.net : Les ressortissants peuvent aussi être une ressource importante pour le développement, avez-vous une politique de mobilisation de cette catégorie ?

Hahadou Daniel Nadinga : Effectivement, en dehors des catégories sociales et des organisations dans la commune que nous avons rencontrées, nous avons échangé avec les ressortissants de la commune vivant à Bogandé, pour recueillir leurs préoccupations. Il en a été le cas à Fada N’Gourma et à Ouagadougou. Mieux, à Ouagadougou, ils ont mis en place un petit comité pour accompagner le maire dans certains secteurs (en fonction du type d’activité, il y a des personnes ressources qui sont désignées pour accompagner le projet).

Lefaso.net : Quel est votre rêve pour la commune, à la fin de votre mandat (quel visage souhaiteriez laisser de Piéla) ?

Hahadou Daniel Nadinga : Après deux ans de gestion, nous avons essayé d’ajouter un peu plus aux recettes. Notre vision, c’est donc de pouvoir créer les conditions d’un envol économique. Et ça, Piéla en a le potentiel. Il s’agira pour nous de travailler à réunir les conditions pour une forte mobilisation des recettes surtout propres, de manière à ce que certaines préoccupations majeures liées aux services sociaux de base soient prises en charge. Déjà, cette année, nous avons injecté plus de 20 millions de FCFA dans l’éducation. Pour 2018, le conseil municipal a en effet prévu au budget primitif une somme de seize millions qui serviront avec l’appui du FPDC à hauteur de douze millions, à construire quatre salles de classe au CEG de Tangaye. Une autre prévision sera faite au budget supplémentaire pour appuyer la forte demande en équipement. Notre rêve est donc d’amener la commune vers l’émergence. Mais comment ? Nous avons estimé qu’il faut surtout développer le commerce (parce que beaucoup y sont déjà). L’un de nos grands projets pour Pièla, c’est que d’ici à 2021, nous puissions construire le marché moderne de la commune. Nous avons commencé, avec la promesse d’avoir plus de 50 boutiques cette année, des hangars centraux ; c’est déjà un départ. L’étude est presque bouclée. Ça va nous prendre beaucoup d’argent, mais nous pensons que si nous arrivons à mettre en place cette infrastructure, la commune pourra, elle-même, se prendre en charge dans plusieurs secteurs-clés de développement. L’autre projet est que nous voulons qu’au niveau de la province, Pièla soit une destination sûre ; nous voulons donc renforcer les infrastructures d’accueil avec la construction de l’auberge communale (qui est bien lancée). Il y a la question du désenclavement interne de la commune, qui nous tient aussi à cœur comme projet (nous avons des projets dans ce sens mais pas tous les financements. Il faut bien commencer et nous allons le faire). Nous avons prévu aller vers les partenaires pour voir dans quelle mesure ils peuvent nous accompagner (surtout au niveau de la santé, cette année, selon les projections du RGPH 2006, on doit être à plus de 69 mille habitants dans la commune). En plus de ces projets, nous envisageons la mise en place d’une salle polyvalente pour permettre aux partenaires et autres visiteurs, de pouvoir tenir des grandes rencontres à Pièla quand ils le souhaitent, parce que le besoin s’exprime régulièrement. Un autre projet que nous voulons pour Pièla, et que nous voulons pouvoir achever d’ici à la fin du mandat, c’est la gare routière. Ce sont là nos grands projets et s’il n’y a pas d’autres difficultés, on doit pouvoir tenir le pari dans ces domaines.

Lefaso.net : La décentralisation, c’est aussi la coopération décentralisée ; la commune de Pièla est-elle en jumelage avec des collectivités du Burkina et/ou de l’étranger ?

« Il faut prendre le soin de communiquer avec tout le monde, chacun à son niveau », Maire de Piéla, Hahadou Daniel NadingaHahadou Daniel Nadinga : Pour le moment, pas de jumelage formalisé. Cependant, des structures associatives et organisations non-gouvernementales entretiennent des partenariats avec des villes ou des organisations de l’extérieur. Mais, nous sommes en projet d’obtenir un jumelage avec des communes. Dans le sens du partenariat entre associations, une délégation du Conseil municipal se rendra incessamment pour célébrer une coopération qui existe entre une association de Pièla et une autre à Liffré (France, ndlr). A cette occasion, nous allons échanger pour voir dans quelle mesure la coopération peut s’élargir à nos deux communes. Au-delà de cette commune, Liffré, nous aurons des échanges avec d’autres responsables de communes. Pour le moment, c’est ce que nous avons dans ce sens.

Lefaso.net : Quelles sont les potentialités de la commune de Pièla ?

Hahadou Daniel Nadinga : Je dois dire que c’est une population qui est fortement paysanne, qui vit de labour et de l’élevage (où nous avons un fort potentiel). Ensuite, vient le commerce. La localité dispose également de sites miniers, mais sont exploités de façon artisanale et qui pour le moment ne profitent nullement au budget communal.

Lefaso.net : Il est ressorti des échanges avec certains habitants que l’alcool frelaté était une véritable menace dans la commune, que le Conseil municipal a réussi à contrer par des mesures fortes… Comment êtes-vous parvenu à faire face à ce phénomène d’alcool frelaté qui, faut-il le dire, fait sa traite dans les villes et campagnes du pays ?

Hahadou Daniel Nadinga : En février 2017, lorsque nous avons initié une tournée dans les villages, ce qui est ressorti et ce que nous avons constaté nous-mêmes au cours des échanges, c’est que l’effet de l’alcool frelaté sur les populations était considérable. Ajouté à cela, tous ces décès de jeunes, que nous avons connus. Lorsque nous avons parcouru les villages, on s’est posé la question est-ce qu’il ne faut pas aller courageusement à une délibération, pour arrêter ces alcools frelatés. Du reste, à la session qui a suivi, nous avons posé le problème devant le Conseil municipal et je vous assure qu’il n’y a pas eu de débat, la décision a été prise à l’unanimité. Tous les intervenants ont apprécié la proposition, en illustrant même par des cas de morts de jeunes, prématurément arrachés à l’affection des parents. Nous sommes allés à la délibération et nous avons ensuite entrepris une campagne de sensibilisation et de communication à travers, entre autres, la radio locale. Cette campagne a vraiment tenu ses promesses. Avec le concours des conseillers, des CVD, des responsables coutumiers, nous avons réussi à changer le visage à ce niveau. Bien sûr, au-delà de la sensibilisation, comme on sentait que par endroit des gens continuaient à passer frauduleusement, nous avons décidé au niveau du Conseil que ça fasse l’objet d’une amende pour les distributeurs. Cette délibération a été prise et est en train d’être mise en œuvre de façon conjointe avec la Police locale. Je pu vous assurer que c’est une délibération qui est en train de sauver des vies.

Lefaso.net : La mesure a donc été acceptée par les populations ?

« Il faut prendre le soin de communiquer avec tout le monde, chacun à son niveau », Maire de Piéla, Hahadou Daniel NadingaHahadou Daniel Nadinga : Au niveau des populations, c’est comme si les gens voyaient leurs fils, leurs frères…, mourir sans savoir quoi faire. Personne, y compris les consommateurs, n’en voulaient pas du tout. Mais il y avait comme une sorte de dépendance, une fatalité. Si fait qu’avec la mesure et les actions sur le terrain, beaucoup (qui consommaient l’alcool frelaté) viennent nous féliciter et nous dire que nous leur avons rendu service. C’est vraiment cela qui fait aussi la satisfaction et nous pensons qu’avec la mobilisation et le concours des populations, cette décision va endiguer ce phénomène.

Lefaso.net : Pour un élu, une telle décision n’est-elle pas politiquement impopulaire ? Autrement dit, n’avez-vous pas peur de perdre votre électorat et, par conséquent, de ne pas pouvoir rebellotter ?

Hahadou Daniel Nadinga : C’est quelque chose qui ne m’est pas venu en tête, parce que tout de suite, ma vision est qu’il faut sauver les jeunes. Même s’il faut perdre l’électorat, au moins, on sera satisfait d’avoir rendu service aux populations. C’est vraiment ce qui me tenait à cœur en prenant cette mesure, y compris les autres délibérations dont certains doutaient et qui ont vu l’effet positif après. C’est la même détermination. Quand je communiquais sur la question au niveau de la radio, j’ai dit qu’il ne faut pas que les commerçants pensent et se disent que c’est parce qu’on est contre eux, non. C’est parce que c’est une façon de vendre la mort à la jeunesse. Ce n’est pas parce qu’on veut de l’argent qu’il faut être prêt à mettre la vie des gens en péril. Je pense donc que la communication a aussi été pour quelque chose dans le succès de cette mesure. Sinon, je n’avais vraiment pas peur politiquement en prenant cette décision, parce que pour moi, être élu, c’est assumer sa responsabilité. D’ailleurs, je ne projette pas un autre mandat, il n’y a que les populations qui peuvent décider à ce niveau.

Lefaso.net : Les communes et le transfert des compétences, quel commentaire au regard de votre expérience de gestion ?

Hahadou Daniel Nadinga : Nous avons été beaucoup touchés à un moment, lorsqu’on s’est rendu compte que pour une année donnée, comme celle de 2017, l’Etat a vraiment consenti des efforts dans le domaine des transferts, mais que pour des questions de procédures, notre commune soit en retard d’engagements à hauteur de plus de 100 millions et qui concernent encore des domaines sensibles comme l’éducation et la santé. J’avoue que c’était insupportable, parce que quand on sent le besoin au niveau des populations, que l’Etat consent des efforts, et que ce sont des procédures financières qui nous amènent à ne pas pouvoir réaliser ce qui est prévu, j’avoue que ce n’est pas simple. A ce niveau, ce que nous avons toujours dit à notre faîtière, AMBF (Association des municipalités du Burkina Faso), c’est véritablement d’échanger avec le gouvernement pour qu’on ait vraiment des mesures spécifiques qui puissent permettre aux collectivités d’aller de l’avant, parce que je crois qu’on ne peut pas sentir le développement du Burkina si au niveau des collectivités il n’y a pas un envol. C’est la base du développement et on doit le ressentir à travers les actes financiers qui sont posés. C’est vraiment un cri de cœur pour nous ; si l’Etat arrive à consentir les sacrifices en matière de transferts, il faut que le même Etat s’arroge toutes les garanties pour permettre l’exécution, surtout dans les domaines sociaux tels que l’éducation et la santé.

Lefaso.net : A cheval entre votre profession dans la capitale et la commune, comment arrivez-vous à concilier les deux obligations ?

« Il faut prendre le soin de communiquer avec tout le monde, chacun à son niveau », Maire de Piéla, Hahadou Daniel NadingaHahadou Daniel Nadinga : Effectivement, on essaie d’être dans la commune, une semaine sur deux. Souvent, une semaine dans le mois, ce n’est pas simple, la voie n’étant surtout pas bonne. Mais on essaie de s’y faire, parce que pour nous, c’est un devoir et il faut s’assumer. Même si physiquement et financièrement on se sent touché, c’est un engagement. Et avec la compréhension des autorités de mon ministère, on arrive à faire ce qu’on doit faire, sans repris. C’est un moment de notre engagement.

Lefaso.net : On peut comprendre que vous n’êtes pas ‘’politique de métier’’, que vous êtes également à votre premier poste de responsabilité à ce niveau. En dix mois d’exercice, quelles sont les principales leçons que vous tirées d’une telle fonction ?

Hahadou Daniel Nadinga : Le premier élément, c’est l’importance de la communication ; il faut beaucoup communiquer avec tout le monde, parce que vous vous retrouvez à la tête d’un Conseil municipal où vous avez beaucoup de disparités (même en termes de niveau d’instruction) et de populations qui n’ont pas le même niveau de compréhension. Alors, il faut prendre le soin de communiquer avec tout le monde, chacun à son niveau. Donc, pour moi, l’élément-clé a été la communication.
La deuxième leçon, c’est l’acceptation de la différence ; tout le monde ne peut pas voir de la même manière ce que vous faites. Mais, dans l’acceptation de la différence, vous parvenez à faire comprendre à tout le monde, là où vous voulez que les choses puissent aller. Cela peut couper court aux nombreuses difficultés.

La troisième leçon (qui peut être individuelle) est qu’il faut accepter le sacrifice. Certaines personnes externes peuvent croire qu’être à la mairie, c’est s’arroger des garanties matérielles et financières, ce qui est une grave erreur. Personnellement, je n’y vois que le don de soi, la satisfaction dans ce qu’on fait et ce que les populations apprécient. Je vous prends l’exemple d’un CSPS que nous avons obtenu grâce à des démarches entreprises auprès des engagements nationaux pour un village coupé du reste de la commune en période d’hivernage. Là, nous sommes arrivés trouver qu’en septembre (2016), à cause du problème d’accessibilité, une femme enceinte est décédée et a également perdu son bébé. Alors, le responsable du district sanitaire nous a suggérés de faire des démarches et c’est la lettre que nous avons adressé dans ce sens aux engagements nationaux qui a été le leitmotiv pour la construction de ce CSPS. C’est un motif de satisfaction de savoir qu’on a beaucoup investi personnellement, sur tous les plans, pour que ce centre de santé voit le jour. Ce sont des leçons que je retiens.

Lefaso.net : Quelles sont les difficultés que vous vivez dans la commune ?

Hahadou Daniel Nadinga : C’est d’abord l’insuffisance des infrastructures de base. Et notre combat est orienté vers la santé où le défi est d’ouvrir le centre médical construit depuis 2015, mais qui n’est toujours pas fonctionnel. Avec lui, il faudra d’autres centres de santé pour rapprocher les 69 mille âmes aux services sociaux de base. Les mêmes difficultés peuvent être relevées au niveau de l’éducation.

Autres difficultés, ce sont les effets du changement climatique, qui se ressentent avec un déficit céréalier sans précédent. Chaque matin, au moins une dizaine de personnes vulnérables attendent le maire pour poser leur problème. Pour ces cas sociaux, nous faisons toujours ce qu’on peut, sans pouvoir les satisfaire. C’est quelque chose à relever comme difficulté de l’année.

Enfin, la commune ne dispose aucunement de pistes rurales reliant les 38 villages. Les déplacements des populations surtout en saison hivernale sont très complexes.

Lefaso.net : Le déficit céréalier est effectivement annoncé dans beaucoup de localités…, avez-vous prévu des dispositions pour y faire face ?

« Il faut prendre le soin de communiquer avec tout le monde, chacun à son niveau », Maire de Piéla, Hahadou Daniel NadingaHahadou Daniel Nadinga : Pour le moment, nous avons adressé des demandes à la SONAGESS, pour obtenir l’ouverture d’une boutique-témoin au niveau de Pièla (au regard de la taille même de la population). Au niveau de Bogandé, il y a des magasins, mais c’est aussi la distance. Donc, si la SONAGESS pouvait faire un effort pour ouvrir une boutique-témoin, ce serait un grand service rendu à la population. Au niveau du Conseil municipal, nous serons obligés de suspendre certains investissements pour prendre en compte cette urgence (tous les jours que Dieu fait, nous avons ces dizaines de personnes qui viennent au niveau de la mairie pour demander des vivres).

Lefaso.net : Nous avons été informés, l’année dernière, de l’organisation d’une foire agro-sylvo-pastorale dans la commune. D’abord, peut-on s’attendre à une deuxième édition et quel peut être son apport pour la commune ?

Hahadou Daniel Nadinga : Nous pouvons dire déjà que l’expérience que nous avons tirée de la première édition nous donne le courage d’aller à la deuxième, qui aura lieu de 2 au 6 mai 2018. La foire de 2017 que nous avons organisée sans grands moyens, a permis à la population de faire des recettes énormes. D’abord, l’objectif que nous visions, c’était que les populations s’approprient cette foire et je pu vous dire que la vente directe des animaux qui ont été exposés a produit plus de 32 millions pour les exposants. Sans compter les animaux qui ont été vendus au cours de la foire de façon parallèle. Au niveau de la production céréalière et des produits forestiers non ligneux, le bilan a été également positif. Ce qui nous marque, c’est vraiment l’engagement (parce que jusqu’à la fin de l’édition, les gens ne voulaient même plus quitter les lieux, nous l’avons quand même arrêté pour donner rendez-vous à cette deuxième édition). La deuxième édition sera mieux organisée, pour permettre aussi à la commune de tirer profit.

Lefaso.net : Egalement, sur le plan culturel, un festival serait en gestation, peut-on en savoir un peu plus ?

Hahadou Daniel Nadinga : Nous sommes effectivement en pleins préparatifs pour le mois de décembre (du 18 au 25 décembre). C’est un festival de danses et de musiques, qui doit regrouper tous les artistes de la commune, deux représentants pour chaque commune de la province et des artistes aux niveaux régional et national. Nous comptons également invités des artistes de la diaspora (des ressortissants qui résident du côté du Niger et de la Côte d’Ivoire). Nous sommes dans les préparatifs pour tenir le pari.

Lefaso.net : Qu’avez-vous comme message pour vos populations ?

Hahadou Daniel Nadinga : C’est d’appeler tout le monde au travail et à la cohésion. C’est en cela que nous allons tous pouvoir tirer profit des bénéfices que la commune va engranger. C’est aussi interpeller les jeunes (élèves, étudiants, travailleurs), où qu’ils se trouvent, à s’engager du côté de la commune pour que nous puissions faire de Pièla une commune émergente. Appeler les femmes, que je sais très engagées et compétentes, de toujours maintenir leur niveau d’engagement pour permettre que la commune puisse connaître un essor. C’est enfin appeler tous les acteurs (société civile, syndicats, coutumiers, leaders religieux, les travailleurs des services déconcentrés de l’Etat…) à se donner la main pour que nous puissions bâtir une commune forte.

Interview réalisée par Oumar L. Ouédraogo
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