Homme de peu de foi… !

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Pendant que les fidèles de tout bord religieux se privaient de pain et d’eau pour implorer la clémence divine en faveur du pays, certains se la coulaient douce à l’ombre des manguiers géants. Entre gallinacées et poisson braisé, la bière a coulé à flot.  Pendant que les uns se recueillaient dans la prière, les autres s’engouffraient dans la tanière de la péripatéticienne. Du concupiscent au Tout-Puissant, chacun a vu brûler son buisson ardent, à sa façon. Le maquis d’à-côté a vibré au son de « couper décaler» jusqu’à deux heures du matin. Dans le quartier, il y avait des anniversaires qui rivalisaient de faste avec le 11-Décembre. Que de «fils à papa» au volant de bolides rutilants entre klaxons et dérapages! Finalement ce rendez-vous de la nation a été mis au rencart par des tocards d’une société en perte de foi. Cette rencontre avec nous-mêmes et le Très-haut s’est limitée au recueillement médiatisé d’une poignée de dignitaires en connexion avec le ciel et les ancêtres. Sans entrer dans le débat d’Etat laïc, il faut avoir la lucidité de dire que la laïcité n’est pas synonyme d’impiété. Chacun est libre de croire ou de ne pas croire. Mais en vérité, on croit toujours en quelque chose : à une idée ou un concept ; à une réalité ou un imaginaire mythique ou mystique. Derrière la laïcité affichée, il y a trop de pratiques cachées. Sous le costume d’apparat du puritain « griot de Dieu », il y a parfois les vestiges d’une tradition mal oubliée. Entre la Croix et le Croissant lunaire, il y a un nuage de non-dits et de mystères.  Béatement et « bêtement » d’ailleurs, j’ai regardé le ballet incantatoire et les libations avec ravissement. A vue d’œil, on parlerait de cohésion, même de communion. Mais la vérité qui blesse est que la tolérance n’est pas l’apanage de tous les « hommes de foi ». Entre les lignes des Ecritures et le souffle de nos paroles, il y a un hiatus que seules nos pensées intimes pourraient juger avec justesse et justice. Entre ce que nous disons et ce que nous sommes ou faisons, il y a un grand trou noir parfois sans fond. Voilà pourquoi nous prions souvent pour rien. On ne peut pas croire à moitié. On ne peut pas faire confiance dans la défiance. Combien crient aujourd’hui toutes les versions du nom de Dieu sans être en phase avec eux-mêmes ? Combien clament et proclament à coup de réclame, juste pour qu’on les acclame ? Ils ont déjà eu leur récompense dans les applaudissements. La foi qui repose sur l’arrogance n’est que décadence dans l’ignorance ; la vérité qui porte une double face n’est qu’une médaille de probabilités teintée de doutes ; Dieu n’exauce pas les douteux ! La foi qui s’étale et se déballe sur la place publique n’est rien d’autre que du spectacle à l’eau de rose encensée de promesses mirifiques.  Mais tout n’est pas que spectacle. Il n’y a pas que des opportunistes qui convertissent le désespoir en espoir béat, sans victoire. Il y a vraiment des hommes bien et dignes dans ce pays. On les compte sur les bouts des doigts, mais il y a encore des hommes de foi, sans voix mais cent fois plus proches de l’Esprit. De nos jours, il suffit simplement de vouloir détruire son prochain pour avoir les poisons les plus efficaces. Il suffit de souhaiter envoûter et éliminer l’autre pour trouver le troisième larron qui détient le chaînon manquant du crime. Si seulement, ils pouvaient nous localiser le moindre coin et recoin miné ! Si seulement, ils avaient la bienveillance de nous épargner du tireur embusqué avant que celui-ci n’appuie sur la détente. Si seulement, ils pouvaient sauver mon pays ! Mais ainsi va l’Afrique, ce continent qui souffre d’« incontinence spirituelle et mentale» dans la clairière du bois sacré. Malheureusement, ceux qui pouvaient nous épargner de l’œil du cyclone se sont laissé emporter par la politique. Ils se sont tellement compromis qu’ils ne peuvent plus parler au nom des pères. Ils se sont englués suffisamment pour pouvoir se tenir droit dans la case des aïeux. Avant, il suffisait de jurer pour conjurer le mal. Aujourd’hui, ceux qui pouvaient adjurer nos « saints ancêtres » ont abjuré devant les jurés. Tout comme on ne peut programmer un miracle, on ne peut pas attendre de l’oracle ce que l’on ne sait pas demander. La véritable foi qui sauve est celle qui s’appuie sur l’action pour s’accomplir et non le contraire. En vérité, il suffit souvent d’avoir un seul homme de foi pour ouvrir la voie à ceux qui dévoient. Hélas, nous sommes dans le même schéma, entre accusations mutuelles et convoitises conflictuelles. Que celui ou celle qui a vraiment la foi entre dans sa maison, ferme la porte à double tour et prie, loin des regards. Il témoignera que la foi n’est pas magique. La foi est une « énergie renouvelable » ; malheureusement, chez nous, il y a trop de « batteries faibles » trop d’âmes « déchargées »  en quête de réseau dans un espace haut débit. Ô homme de peu de foi, tu peux prier mille fois… !

Clément ZONGO
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