Herman Yaméogo : « Le CND venait réparer quelque chose d’abominable »

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Le lundi 22 octobre 2018, toute la journée a été occupée par les avocats de la partie civile. Six auxiliaires de justice constitués aux cotés des victimes et de l’Etat ont bombardé Me Herman Yaméogo, inculpé dans le procès du coup d’Etat, de questions jusqu’à le pousser à bout. L’accusé a à maintes reprises perdu son sang-froid, haussant le ton, avec quelques fois des mots assez durs à l’endroit de certains avocats. A noter que Me Herman Yaméogo est poursuivi pour complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat et Coups et blessures volontaires.  

De toute la journée, l’accusé a répondu aux multiples questions des avocats des parties civiles. Comme dans ses déclarations du vendredi 19 octobre 2018, Me Herman Yaméogo a encore réaffirmé qu’il n’est pas allé aux négociations avec les médiateurs de la CEDEAO « pour conforter les positions du CND (Conseil national pour la démocratie, ndlr), mais pour [son] objectif qui est l’inclusion ». Soutenir l’organe créé par les putschistes « n’était pas le premier objectif », dit-il.

« Quand vous parlez, parfois il faut réfléchir »

Poussant sa réflexion, Me Herman Yaméogo indiquera que pour lui, « le CND venait réparer quelque chose d’abominable », un qualificatif que l’accusé affuble à la Transition qu’il a accusé d’avoir instauré la division entre les Burkinabè. Selon l’inculpé, le CND est « un régime qui venait réconcilier les Burkinabè ». L’accusé l’a dit, il s’assume. Mais il nie catégoriquement toute implication dans les faits d’attentat à la sûreté de l’Etat. « Il n’y a rien qui dit que j’ai comploté avec les militaires pour renverser le pouvoir », réaffirme Me Yaméogo qui est par ailleurs fils de Maurice Yaméogo, le premier président de la Haute-Volta, aujourd’hui Burkina Faso.

Toujours en lien avec l’accusation de complicité d’attentat à la sûreté, le prévenu précise que s’il avait été associé dès le départ, il aurait travaillé à éviter « ces dérapages ». « On a perdu une chance de se réconcilier », dit-il en précisant que les actions qu’il a eues à mener l’ont été avant le Coup d’Etat. Sur ces aspects, l’accusé s’est dit serein tout en lançant des piques au Tribunal  militaire. « C’est impossible qu’un tribunal d’exception soit indépendant », affirme-t-il. Partant, il a avancé de nouveau son idée de justice transitionnelle pour la conduite de ces genres de dossiers.

A la barre le lundi 22 octobre 2018, deux aspects du débat ont poussé Me Herman Yaméogo à bout. Il s’agit de la question des 50 millions de F CFA et de son affectation, et en second lieu la place des victimes du Coup d’Etat, surtout des personnes décédées. Dans la déclaration de soutien au CND cosignée par l’accusé, Me Pierre Yanogo de la partie civile s’est offusqué de l’inexistence d’appel à la cessation des exactions. « Vous pouviez vous soucier un peu de la population », suggère l’auxiliaire de justice.

La réponse de Me Herman Yaméogo est cinglante. « Quand vous parlez, parfois il faut réfléchir », assène l’inculpé à l’endroit de Me Yanogo. Pour s’expliquer, Me Herman Yaméogo, indique avoir été également victime et a aussi « côtoyé la mort ». Au début de son audition, le vendredi 19 octobre 2018, le prévenu avait fait savoir que son domicile a été saccagé et la tombe de sa femme vandalisée. Calmé, il répondra à la question en affirmant avoir été informé des décès lors de son audition à la gendarmerie.

« Croyez ce que vous voulez, je m’en fout royalement »

Sur la somme des 50 millions de F CFA venue de la Côte d’Ivoire, là aussi, l’accusé a haussé le ton. Pratiquement quatre avocats des parties civiles sont revenus avec insistance sur ce point. Selon l’accusé, de l’argent avait été demandé « à des amis politiques à l’extérieur » pour financer la compagne électorale bien avant le coup de force. Mais, sur la somme précise des 50 millions de CFA, Me Herman Yaméogo nie en avoir été bénéficiaire. Les avocats insistent pour confondre l’inculpé. Celui-ci s’énerve : « Croyez ce que vous voulez, je m’en fout royalement (…) Ne me parlez même plus de cet argent. Je ne veux plus qu’on me parle de cet argent. Je ne répondrais plus ».

L’audience du jour a été essentiellement conduite par les avocats des parties civiles. Peu avant 17h, elle a été suspendue pour reprendre le mardi 23 octobre 2018 avec la poursuite de l’audition de Me Herman Yaméogo. Il entamera ainsi son troisième jour d’audition.

Ignace Ismaël NABOLE

Burkina 24

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