Gouvernance locale : Programme Faso fait de Dakiri et Pougdiari des exemples

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Pendant les moments de soudure, il était presque impossible de rencontrer des jeunes dans le village de Dakiri.  Ils préféraient se rendre sur les sites miniers, à la recherche de l’or. Mais actuellement, il est loisible de les retrouver dans les bas-fonds pendant la saison sèche. Ce changement de comportement, Dakiri le doit à l’implantation du Programme FASO (Families achieving sustainable outcomes) en 2014. Ce programme de développement a implanté son volet gouvernance locale dans ce village et depuis lors, le taux d’alphabétisation a augmenté, la production agricole a augmenté et les femmes, sur le site agricole aménagé, possèdent plus de parcelles que les hommes.


Dakiri est un village de la commune de Manni. Situé à l’Est du Burkina, il compte 3 500 âmes. Cette localité a été choisie par le Catholic refief service (CRS) pour la mise en œuvre de son Programme FASO (Families achieving sustainable outcomes).

Pour Dakiri, le volet du Programme Faso implanté est la gouvernance locale. Ce programme, avec des méthodes innovantes, intervient également dans deux autres volets : en Santé/nutrition, Wash et dans le volet agriculture durable et gestion des ressources naturelles.

Pour la mise en œuvre de la partie gouvernance locale à Dakiri, le Programme Faso a dû « ressusciter » le Conseil villageois de développement (CVD), autrefois qui désignait une seule personne et non une équipe, afin de passer par lui pour impulser un développement endogène durable. C’est ainsi que le CVD de Dakiri, apolitique, a été installé le 3 avril 2014.

Depuis lors, de grandes réalisations ont été faites par le bureau composé de 12 membres (dont 4 femmes) avec la participation populaire et l’accompagnement du programme. En mars 2017, une équipe de Burkina 24 a séjourné dans la localité.

Vidéo – Edouard Nonguierma, Coordonnateur du Programme Faso fait le point 

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Depuis l’installation du CVD, c’est le 2e bureau qui a véritablement entamé les activités de développement vu que le 1premier « ne connaissait pas bien son rôle », explique Yarga Kanlanfé, président du Conseil villageois de développement (CVD) de Dakiri. Ayant intégré cela suite aux différentes formations et sensibilisations menées par le Programme Faso, le CVD de Dakiri est actuellement un échantillon de vie démocratique, et un levier de développement pour le village.

Afin de mener à bien sa mission, le CVD a mis en place un plan d’action communautaire 2015-2018. Il a également initié des cotisations annuelles et imposables à toute personne âgée de plus de 18 ans. Ces cotisations sont de 500 F CFA. A travers le plan d’action, le bureau du CVD de Dakiri a pu réaliser, avec l’accompagnement de sa mairie et d’autres partenaires, un Collège d’enseignement général (CEG), une école primaire, un forage, la réhabilitation de l’école de Dakiri.

Outres ces réalisations, Dakiri possède également un jardin de 3 hectares, un périmètre aménagé pour le maraîchage. Le village a ainsi acquis, dans ce cadre, une moto-pompe et du matériel agricole. Une formation des étuveuses de riz a été faite. Ce qui donne une plus-value parce que des acheteurs viennent d’autres localités pour acheter le riz étuvé, a expliqué le responsable des jeunes du Bureau, Yarga Tchiamba. 

Sur le site agricole, des 73 parcelles en exploitation, 43 sont occupées par des femmes et 30 par les hommes. « Ils sont propriétaires », précise le président du CVD.  « Nous savons que nous sommes un bon exemple pour les autres villages », dit-il.

« Un politicien ne peut plus venir nous manipuler »

L’intervention du programme Faso a amené les uns et les autres à s’impliquer davantage dans la gestion des affaires de la communauté et à la promotion des pratiques de bonne gouvernance. Ainsi, le bureau CVD de Dakiri participe aux sessions de la mairie et rend régulièrement compte aux habitants du village. Par ailleurs, explique Yarga Kanlanfé, les habitants sont sensibilisés face aux récupérations politiques qui peuvent subvenir après l’exécution de chaque projet. « Un politicien ne peut plus venir nous manipuler », dit-il.

Aussi, pour l’amélioration de la gouvernance locale, il a été interdit à tout membre du bureau CVD de battre campagne. « Il peut voter, mais pas aider un parti politique. Le village a confiance en nous parce que tout le monde sait que nous ne suivons pas un parti politique», insiste Yarga Kanlanfé. Cette expérience de Dakiri a tellement fait tache d’huile que d’autres villages ont sollicité son partage. Il s’agit de Pougdiari, de Nangbingou et de Tambiri, relate Yarga Kanlanfé.

La même expérience en matière de gouvernance locale a été répétée à Pougdiari, un village situé à environ 5 km au Nord-ouest de Manni. Ce village a également bénéficié des actions du programme Faso depuis son début en 2010. Mais contrairement à Dakiri, le programme Faso a misé sur l’accès de l’eau potable à tous, sa gestion durable et l’assainissement. A Pougdiari, il a été mis en place un bureau à cet effet. Il s’agit de l’Association des usagers de l’eau (AUE) qui est composée de 6 membres.

L’AUE de Pougdiari a été implantée en 2013, mais ne fonctionnait pas. Avec l’intervention du programme Faso, la donne a changé. « C’est l’année passée (2016) que nous avons reçu une formation sur le fonctionnement et la gestion de l’AUE. Au début de chaque année, une assemblée générale de l’AUE est faite et une somme (1.000F CFA) à payer au cours de l’année pour chaque utilisateur est définie », explique Bourgou Tissa, trésorier de l’AUE de Pougdiari.

Vidéo – Un aperçu des résultats du Programme Faso en Wash  

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Ce village compte actuellement 4 forages. Avec 224 000 F CFA dans le compte du bureau à la caisse populaire, l’association règle ses cotisations de 10 000 F CFA par forage et par an à la mairie pour les entretiens préventifs. Cette gestion locale et endogène des ressources en eau a offert d’autres perspectives puisque le village, avec les formations, a amélioré ses conditions de vie en matière de propreté. L’Association des usagers de l’eau (AUE) assure ainsi la bonne gouvernance des infrastructures hydrauliques.

En matière de gestion durable des ressources en eau, le village de Pougdiari « est exemplaire », explique Edwige Gamené, coordonnatrice terrain/Gouvernance locale à Manni. « Notre intervention est en lien avec la reforme de l’eau, la gestion déléguée des infrastructures hydrauliques en semi-urbain et en milieu rural« , poursuit-elle. 

En rappel, le Catholic relief service (CRS) met en œuvre, depuis 2010, le Programme Faso en consortium avec l’OCADES-Kaya et Tin Tua. Ce programme multi-annuel (2010-2018) est financé à 53,3 millions de dollars par l’USAID. Son but est de réduire de façon durable la vulnérabilité des ménages à l’insécurité alimentaire dans les districts sanitaires de Tougouri, Manni et Gayéri dans les régions du Centre-Nord et Est du Burkina Faso.

Ignace Ismaël NABOLE

Burkina 24

Burkina24.com