Gouvernance au Burkina : De la représentativité des femmes dans les instances décisionnelles

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Pour contribuer plus à l’amélioration de la gouvernance au Burkina Faso la Coalition burkinabè pour les droits de la femme (CBDF) et le Balai citoyen ont uni leur force pour implémenter le projet « Appui à la citoyenneté active de la jeunesse et des femmes pour une meilleure redevabilité publique au Burkina Faso » pendant vingt et quatre mois dans les communes de Bama, Koubri, Koudougou, Bobo-Dioulasso (arrondissement 5), Ouagadougou (arrondissement 3) et de  Saaba.

Les deux organisations ont misé sur le renforcement de la participation des femmes et des jeunes dans les sphères de décisions locales et nationales à travers la revendication d’une meilleure prise en compte de leurs besoins spécifiques dans les politiques et programmes de développement.

Dans l’optique de mieux atteindre leur cibles, les deux organisations se sont réparties les six communes concernées dans lesquelles le projet a été exécuté. « Il faut dire qu’il y a un diagnostic initiale qui a été fait en début de projet pendant l’élaboration sur l’ensemble du territoire et les zones dans lesquelles nos deux organisations ont un grand impact où elles sont déjà implantées », a justifié Alphonse Yambé, chargé de projet du Balai citoyen.

Ainsi, la CBDF s’est focalisée sur l’équité dans les relations hommes et femmes et filles garçons et sur les pesanteurs socio-culturels, les stéréotypes et les violences liées au genre dans les communes de Bama, Koubri et Saaba au travers d’activités de théâtres forum. « Des débats, rapporte Mariam Sirima, coordonnatrice de la CBDF, il est ressorti que les filles et les garçons peuvent effectuer les mêmes tâches et qu’ils doivent s’entraider pour donner les chances à tous et à toutes de réussir pour un épanouissement de la famille et un meilleur développement du pays ».

Avec « beaucoup plus d’expériences dans les grandes villes comme Bobo, Koudougou et Ouaga », selon Alphonse Yambré,  le Balai citoyen a contribué à mettre en œuvre le projet dans ces communes dont l’arrondissement 3 de Ouagadougou et l’arrondissement 5 de Bobo-Dioulasso. Pour Ouagadougou, une journée de dialogue citoyen empreinte de redevabilité a été organisée à l’arrondissement 3. « Dialogue au cours duquel, le maire a rendu compte de sa gestion à la population » et qui a permis de « passer les autorités communales dans le scanner de la redevabilité à leurs populations ».

Plus de représentativité pour les femmes dans les instances décisionnelles

La charité bien ordonnée commence par soi-même, dit l’adage. Comme si elles l’avaient comme boussole, avant de souhaiter l’application du quota de 30% de femmes dans le gouvernement, à l’assemblée nationale, à la tête des conseils régionaux et municipaux, les deux organisations ont commencé par se l’appliquer à elles-mêmes lors de la mise en œuvre du projet à travers l’organisation et la réalisation des activités. « Le quota de 30 % a été respecté », a relevé la coordonnatrice de la Coalition burkinabè pour les droits de la femme.

Mariam Sirima aurait voulu pouvoir en dire autant notamment pour l’exécutif, le pouvoir législatif. Les chiffres, elle les connait par cœur. Du décompte à la suite des élections législatives de novembre 2015 et des municipales de mai 2016, elle note que le nombre de femmes à l’assemblée nationale est « très faible ». « Au sortir des élections, énumère-t-elle, on n’avait que 9 femmes sur les 127. A  présent par le jeu de la suppléance, nous sommes à 14 femmes. Au niveau des maires, nous n’avons que 10 maires sur les 357 communes. Nous n’avons que 7 femmes parmi la trentaine de ministres ».

« Donc vous voyez que ce taux est très faible », s’exclame la coordinatrice de la CBDF qui milite pour une relecture de la loi portant sur le quota genre. Loi votée pour améliorer la représentation des femmes au niveau des instances de décision et qui n’a pas eu un effet sur l’accroissement du nombre de femmes. « Cela est dû au fait simplement que la loi a des limites, des défaillances. Les 30%, ce n’est pas au résultat mais c’est sur les listes de candidature. 30% sur les listes de candidatures ne garantit en aucun cas 30% de femmes au niveau de l’assemblée et au niveau des instances électives », constate Mariam Sirima.

Revoir le positionnement des femmes sur les listes électorales

L’existence de ces limites et défaillances, elle les lie en partie au positionnement des femmes sur les listes électorales. Et pour cause, affirme-t-elle, « tout le monde sait que si la femme n’est pas bien positionnée sur la liste de candidature, elle n’a aucune chance d’être élue » parce qu’au départ, « on met les femmes en queue de liste tout simplement pour compléter des listes ».

Les pesanteurs socio-culturelles ne sont pas en reste. « De par le passé, se remémore la coordonnatrice de la Coalition burkinabè pour les droits de la femme,  les gens ont considéré la politique comme un domaine exclusivement réservé aux hommes et les femmes avaient peur de s’engager à cause des ‘on-dit’, de la pression sociale qui n’admet pas que la femme puisse exercer une fonction publique ».

A présent, elles appellent les femmes à avoir confiance en elles-mêmes, à accepter de se positionner ou d’occuper les postes de responsabilité. Comme si l’appel ne suffit pas à ses yeux, Mariam Sirima interpelle directement les premières autorités à qui elle demande d’avoir « une attention très particulière par rapport à cette situation qui ne permet d’aller à un développement durable ». 

Oui KOETA

Burkina24

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