Filles de ménage : A quand la fin de l’exploitation ?

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Filles de ménage : A quand la fin de l’exploitation ?

Au Burkina la plupart des familles à quelques exceptions près ont à leurs services une « fille de ménage ». Le dernier RGPH-2006 indique que la catégorie « aides familiales » représentait l’essentiel des actifs occupés (46,9 %). En effet, nombre de familles disposant d’un minimum de ressources sollicitent des aides familiales pour faciliter la gestion des travaux domestiques.

Cependant, ces dernières sont le plus souvent employées dans des conditions très difficiles. Le pire c’est que la plupart du temps ce sont leurs congénères très sensibles à la cause de la femme qui leur infligent ces mauvais traitements dignes de l’esclavage moderne. C’est en cela que le thème du 8 mars 2017, « Engager la responsabilité des communautés dans la lutte contre l’exclusion sociale », à tout son sens pour arrêter au nom de la cause de la femme cette exploitation qui a des conséquences énormes sur la santé physique et mentale des filles de ménage couramment appelées « bonnes ».

Connues sous le nom de bonnes, leur rêve de vie meilleure se transforme vite en cauchemar

Plusieurs dénominations servent à désigner ces filles de ménages (à la place de femme parce que ce sont souvent des gamines). On les appelle aussi aides familiales, ou de façon péjorative « filles domestiques » ou encore « bonnes ». Nous allons adopter cette dernière dénomination qui est la plus utilisée au Burkina Faso. Elles ont entre 09 et 16 ans et viennent pour la plupart de villages éprouvés par la pauvreté et autres aléas. Poussées par les difficultés et n’ayant aucune solution à l’immédiat, elles migrent vers les zones urbaines espérant trouver un travail, qui pour aider la famille restée sur place, qui pour faire le trousseau de mariage ; dans tous les cas, la ville passe pour offrir plus d’opportunités « pour s’en sortir » plus que le village. Si certaines filles quittent ou fuient les villages pour devenir « bonnes » dans les grandes villes, d’autres sont victimes de la traite de réseaux qui les « placent ».

Dès que le portail s’ouvre pour la laisser entrer dans son univers de bonne, le rêve de vie meilleure de la petite rurale et autre se transforme en cauchemar ; la tendre femme, la « tantie » qui est venue la chercher se métamorphose en redoutable patronne. Directement mise à la tâche sans formation (sur les compétences multiples dans les règles d’hygiène, le nettoyage, la cuisine…), avec des attentes excessives ! Elle les apprendra sans ménagement. En tant que femme elle devait avoir le ménage infus- dans un climat de menace et de mépris ! Il faut bien la dompter ! Après, la tantie décharge sur ces frêles épaules tout le poids du ménage ! Cette « machine à travailler » doit : -balayer la cour et nettoyer des sols et autres surfaces (meubles, tables, vitres) ; faire la vaisselle ; rendre tout nickel, -Après chauffer l’eau, -préparer le petit déjeuner, -réveiller la patronne et les enfants, -préparer les repas et les servir, -faire la lessive et ranger le linge, -prendre soins des enfants, -faire les courses, -changer les draps et faire les lits (si encore elle n’est pas utilisée comme objet sexuel, ce qui est encore un non évènement !) Pour se taper tout ce travail il faut de la disponibilité !

Elle doit être débout à la première et dormir la dernière ! Sept jours sur 7, du 1er au 31 et de janvier à décembre, sans répit ! La tantie peut alors croiser les bras ! Pour cela elle préfère la voir dormir à la maison ! Tout cela pour combien de franc encore ! Le plus souvent pour un salaire d’esclave (entre 4000-7500FCFA, au mieux 10000frs CFA) qui est aussi payé suivant les humeurs de la tantie. Pour justifier ce salaire dérisoire, la tantie ne manque pas d’argument : « Je la traite comme mon propre enfant ! » ou encore « Elle mange et dort chez moi, comme un membre de la famille ! ». Mais la réalité est tout autre. En fait d’intégration, la bonne entretient la maison mais y vit comme une véritable étrangère. De nombreuses bonnes dorment le plus souvent dans un petit coin, à même le sol, mangent les restes et dans des plats « déclassés ».

Il n’y a aucun mal à apprendre à l’enfant la dureté de la vie ! Seulement, à la place de relations parentales de confiance et de négociation, entre la bonne et la tantie, c’est une relation de méfiance, d’emprise, tyrannique. Parfois, la présence de la bonne, si elle diminue la charge des tâches ménagères – sur les femmes –en les déplaçant- elle ne vient pas toujours diminuer les tensions dans les familles. En effet, les tontons (les époux des tanties) dérangés par les incessants cris de leurs épouses ont pour leurs frais quand ils tentent de « s’immiscer dans cette affaire de femmes » ! Même si le tonton arrive à s’imposer, le résultat reste le même ! La violence devient plus discrète mais autant impitoyable ;

Elles ne peuvent plus aller à l’école comme les enfants de leur âge ou apprendre un autre métier pour avoir un autre destin.

La violence subie par la bonne ne serait que la traduction consciente ou inconsciente d’une volonté de domination, donc un acharnement devenue une idéologie. Mais quel peut être l’état d’esprit d’une bonne qui subit la violence ? Peut-elle avoir de la bienveillance envers la patronne et ses enfants ? Non ! Elle reproduira l’agression sur les enfants et sera alors perçues comme une « méchante fille », qu’ « il faut écraser », sinon une potentielle rivale dont il faut se méfier ; une bonne bien traitée deviendrait insolente. Les patronnes donnent aux bonnes tous les noms d’oiseau, les humilient, leur montrent qu’elles ne sont rien, ne valent rien, ne méritent pas le respect ; des abus émotionnels qui laissent beaucoup de traces à l’âge adulte. Les conditions de travail des bonnes détruisent leur santé (physique et psychologique) leur dignité est bafouée, leur avenir hypothéquée et maintenue dans des rôles stéréotypés ; elles ne peuvent plus aller à l’école comme les enfants de leur âge ou apprendre un autre métier pour avoir un autre destin. [ Cliquez ici pour lire l’intégralité ]

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