Extradition de Omar El-Béchir à la CPI : L’Afrique encore sur le banc des accusés

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Extradition de Omar El-Béchir à la CPI : L’Afrique encore sur le banc des accusés

Les nouvelles autorités Soudanaises ont annoncé l’envoi de l’ex-président Omar El-Béchir à la cour pénale internationale (CPI). Il ira à la Haye aux Pays-Bas, répondre de crimes contre l’humanité et de génocide. Si cela nous rappelle que notre passé peut toujours nous rattraper, cette extradition sonne aussi comme le retour de l’Afrique sur le banc des accusés.

Omar El-Béchir à la CPI, il y a quelques années, cela paraissait comme une utopie. Pendant longtemps, l’homme a régné en maître dans son pays, le Darfour. Dans ce pays, la paix n’y est jamais revenue. Pour ne rien arranger, sous son magistère, il s’est divisé en deux suite aux guerres civiles dont la première a eu lieu en 1955.

Au cours de ces malheureux événements, plusieurs civils innocents ont trouvé la mort. En son temps, il était plus facile pour ces hommes d’appuyer sur la gâchette que de boire de l’eau. Les culasses des Kalachnikovs ont traumatisé des populations entières. Des femmes furent violées, violentées, souillées. Elles ont été tout simplement humiliées. Pendant ce temps, leurs bourreaux mangeaient gras et buvaient frais sans inquiétude.

Les victimes n’espéraient aucune justice du régime despote. L’espoir naîtra de la CPI en 2009 qui a lancé un mandat d’arrêt international contre le « boucher » de Karthoum. C’était peine perdue car l’homme continuera à narguer les uns et les autres. Il a fallu attendre sa chute en avril 2019 pour voir le puissant, le craint, le génie, tomber comme une feuille morte. Son pouvoir est tombé du jour au lendemain comme un château de cartes. Ce sont les mêmes personnes qui l’applaudissaient durant son règne qui l’ont déposé.

Cependant, si cette décision est à saluer, c’est qu’elle sonne aussi comme le retour de l’Afrique sur le banc des accusés. Depuis que la CPI fonctionne, peu de dirigeants européens, américains et Asiatiques sont inquiétés. Pourtant, il n’en demeure pas moins qu’il y ait des criminels dans ces contrées. On n’a pas besoin d’aller chercher loin pour savoir que ce qui se passe en Lybie, en Irak, en Syrie est l’œuvre de quelqu’un. Certains Etats sont signataires du statut de Rome en vigueur depuis 2002 pour traiter des crimes commis dans les pays membres, mais la CPI semble être aveugle face aux atrocités commises dans certains de ces pays.

Après 60 ans d’indépendance, les africains devraient tout de même trouver des voies et moyens pour laver leurs linges sales en famille. Les africains pourraient bien créer leur propre cour pénale. Ainsi, elle sera chargée de traiter des graves crimes commis dans ses Etats membres. Cela leur éviterait d’aller se faire humilier à des milliers de kilomètres du continent noir. L’on a vu Charles Taylor du Liberia, Jean Pierre Bemba du Congo et dernièrement Laurent Gbagbo de la Côte d’Ivoire. C’est bien dommage que les problèmes des africains soient réglés à des milliers de kilomètres du continent.

Cette extradition de Béchir vient toutefois nous rappeler au moins une chose : « L’oiseau a beau voler, il reviendra sur terre ». L’histoire de cet homme doit rappeler à certains apprentis dictateurs sanguinaires que tôt ou tard, ils devront payer le prix de leurs actes. Cette leçon doit servir à tout le monde.

Que l’on soit un gouvernant de la Guinée, de la Côte d’Ivoire, du Tchad, de l’Egypte, du Burundi, ou encore du Congo Brazzaville, l’histoire vous rattrapera toujours. Blaise Compaoré, enfin ! « Blaise Kouassi » peut bien témoigner. La vie est une roue qui tourne, et le pouvoir n’est nullement éternel. Et comme dirait l’autre, vanité des vanités, tout est vanité. Omar El-Béchir l’aura appris a ses dépens.

Dimitri OUEDRAOGO

Lefaso.net

Source : lefaso.net

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