Exploitation sexuelle des enfants en ligne : L’ONG ECPAT outille des acteurs burkinabè

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Exploitation sexuelle des enfants en ligne : L’ONG ECPAT outille des acteurs burkinabè

Face au développement fulgurant des technologies de l’information et de la communication, les parents sont souvent pris de cours dans l’éducation de leurs enfants. L’Internet a bousculé nos différents modes de pensées et d’action. Les enfants, vulnérables, se perdent dans cet univers, véritable chasse gardée d’une nouvelle race de prédateurs sexuels. S’en suit une exploitation sexuelle notamment à des fins commerciales. Cette tendance, qui avait cours dans les pays développés où la connectivité est plus fluide, est aux portes de l’Afrique. Et il faudra prendre le problème à bras le corps et le régler avant qu’il n’explose. Cela passe par une meilleure connaissance globale du phénomène et de ses implications. D’où l’organisation d’un atelier, à Ouagadougou, regroupant plusieurs acteurs de la protection de l’enfance.

Un sujet qui dérange

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Le présidium avec Tamba Kourouma, directeur du bureau de coordination régionale d’ECPAT Afrique de l’Ouest (au micro)

« Les violences et abus sexuels faits aux enfants sont une réalité même si beaucoup préfèrent esquiver le sujet préférant épiloguer sur les violences physiques, ou les cas d’enfants abandonnés », a soutenu Josué Ouango, à la cérémonie d’ouverture de l’atelier. Il est le directeur de la lutte contre les violences faites aux enfants au ministère de la femme, de la solidarité nationale et de la famille. A l’en croire, au Burkina Faso environs 280 enfants sont victimes de cette exploitation qui ne peut être combattue que par une approche multisectorielle.

L’éclairci après les panels

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Marie-Laure Lemineur lors de son exposé

La violence sexuelle faite aux enfants en ligne n’est pas si différent de l’abus et de l’exploitation qui se passe hors ligne car même les enfants qui n’ont pas accès à la connexion internet en sont victimes puisque les images et vidéos à caractère pornographique sont parfois diffusées, malgré eux, sur internet par les délinquants sexuels. Le phénomène qui semblait complexe au départ pour la vingtaine de participants a été décortiqué au cours de plusieurs panels animés par des expertes de l’ONG ECPAT France (End Child Prostitution, Child Pornography and Trafficking of Children) mais aussi par des techniciens burkinabè.

Exposé par Ludivine Piron, le premier panel a porté sur les différents concepts et terminologies de l’exploitation sexuelle des enfants en ligne. Le second, animé par Marie-Laure Lemineur de ECPAT international s’est appesanti sur les réponses à mettre en place en matière de prévention et de protection. A ce propos, la présentation de la revue, au dernier panel, par Audrey Rochette, Chargée de programme à ECPAT France, a permis aux participants de connaitre les différents axes de lutte contre l’exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales.

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Audrey Rochette de ECPAT France

Il s’agit notamment de l’adoption d’un plan d’action avec des mécanismes de suivi et d’évaluation, de l’adoption de lois, de la sensibilisation des acteurs (enfants, parents et professeurs) sur les dangers des TIC, de la prévention des infractions et des récidives, de la conduite des enquêtes judiciaires, du signalement de l’abus et de l’exploitation sexuelle en ligne, des mesures d’assistance et de protection des victimes, etc.

Pour un plan d’actions national

S’inspirant de cette revue et du cas spécifique du Burkina Faso exposé par les représentants de la Commission de l’informatique et des libertés, et l’association Keoogo, les participants ont arrêté une feuille de route prenant en compte la sensibilisation des enfants aux médias, la mise en place d’un système de collecte de données pour les actions de plaidoyers, etc. Ce plan d’action prendra en compte les activités de prévention de ce phénomène mais aussi les mécanismes de prise en charge de ces enfants. « Une fois finalisé, il sera inscrit dans les stratégies et les actions clés du groupe de protection de l’Enfance au Burkina Faso mais aussi dans l’agenda des services techniques », a souligné Tamba Kourouma, directeur du bureau de coordination régionale d’ECPAT Afrique de l’Ouest basé au Burkina Faso.

Bientôt dans la grande famille de l’IWF

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Le représentant de la Commission de l’informatique et des libertés lors de sa communication

Originellement créée pour lutter contre la pédo-pornographie, la Fondation pour la surveillance de l’internet (IWF, en anglais) comptera bientôt le Burkina Faso parmi ses membres. Il s’agit d’une organisation anglaise qui cherche à lutter contre les contenus illégaux sur Internet. Pour ce faire, elle travaille avec les services de police et les fournisseurs d’accès à Internet, à qui elle transmet une liste noire de contenus potentiellement illégaux. Tout cela grâce aux différents signalements donnés par les citoyens. Pour l’instant, le Pays n’a pas noué des contacts avec la Fondation mais les participants ont manifesté leur intérêt de voir le Burkina rejoindre cette organisation.

Prête à être un relais

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Photo de famille à la fin de l’atelier

En attendant, cette étape, L’ONG ECPAT souhaite que les participants de l’atelier soient des relais auprès de leurs structures respectives pour une mobilisation des acteurs pour la mise en œuvre des recommandations. De son côté, Mme Djénébou Lépan/Drabo, en service à la direction de la protection contre les violences des droits humains, se réjouit de la tenue de cet atelier qui lui a permis d’en savoir davantage sur les nouvelles formes d’exploitation sexuelle des enfants telles que la sextorsion, le grooming, le sexting, le live streaming ; les nouvelles techniques d’identification des victimes et les moyens de prévention et de protection de ces dernières. Elle compte partager ses connaissances avec ses collègues, mais déjà, elle dit avoir des idées à proposer lors de la relecture de la loi portant répression de la vente d’enfants, de la prostitution des enfants et de la pornographie mettant en scène des enfants.

En rappel, cet atelier a été organisé dans le cadre des activités du programme REPERES qui consiste à intégrer les questions d’exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales dans les systèmes nationaux de protection en Afrique de l’Ouest pour que cela devienne une thématique permettant de peaufiner les planifications de réponses en lien avec la protection des enfants.

Herman Frédéric Bassolé
Lefaso.net

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