Education inclusive : des ecoles du sahel font l’experience

23

80000 enfants sont atteints de handicap au burkina faso, et seuls 27.4% d’entre eux sont scolarises. encore meconnue, cette approche vise a ce que l’ecole s’adapte a chaque enfant, meme handicape. plusieurs etablissements scolaires de la region en font l’experience.

Alors qu’il était encore petit, Issouf Cissé a contracté une méningite. S’il en réchappe miraculeusement, la maladie lui laisse de graves séquelles : il perd l’usage de ses jambes et, partiellement, de la parole. Malgré ses demandes, et malgré les efforts de sa mère pour lui faire réintégrer sa classe, le directeur de l’école refuse, estimant que l’établissement ne peut prendre en charge un tel handicap. Une réaction alors habituelle, car l’éducation inclusive est, à l’époque, méconnue dans les établissements scolaires. Le garçon reste donc seul et oisif, à la maison. Sa mère poursuit ses recherches. On l’oriente vers l’Action sociale, et c’est ainsi qu’elle entend parler de l’ONG Humanité et Inclusion (HI). Installée dans la région, l’ONG internationale œuvre en faveur des personnes vulnérables et en situation de handicap.  Grâce à Humanité et Inclusion, et avec l’appui de l’UNICEF, Issouf a pu bénéficier d’un accompagnement dans le cadre du Projet Education Inclusive mis en œuvre dans la région du Sahel. Chaque matin depuis 2016, ses camarades viennent le chercher et poussent son tricycle bleu jusqu’en classe, à l’école Petit Paris de Dori. 

Le garçon, aujourd’hui âgé de 11 ans, s’épanouit, progresse, et évolue au milieu d’enfants de son âge. Il rend ses parents fiers et optimistes pour son avenir.  L’éducation inclusive vise à faire entrer un maximum d’enfants à l’école, et que celle-ci s’adapte à leur handicap – pas le contraire. Comme Issouf, 1447 enfants handicapés fréquentent les écoles des communes de Dori, Bani, Djibo et Tongomayel. Cette évolution a été rendue possible grâce à la formation, par HI, de 325 enseignants et directeurs d’écoles primaires sur la prise en charge des enfants handicapés. « Si des réticences persistent, on constate que bien souvent, les enseignants formés dépassent leurs préjugés et mettent en avant les techniques nouvelles d’apprentissage, dont les enfants non handicapés de la classe bénéficient aussi », explique Philippe Allard, directeur du programme pour HI au Burkina Faso et au Niger. « C’est le niveau entier de la classe qui s’améliore. » L’objectif fixé par le gouvernement est de former 600 enseignants par an : « s’ils ne sont pas formés à l’accueil des enfants handicapés, certains peuvent développer des mécanismes de rejet, liés à des pesanteurs socioculturelles parfois, ou à la peur de ne pas pouvoir gérer des cas de handicap, méconnus », constate le ministre de l’Education Nationale et de l’Alphabétisation, Stanislas Ouaro. Près de 80 000 enfants sont atteints de handicap au Burkina Faso, et seuls 27.4% d’entre eux sont scolarisés. Ils ont pourtant le droit d’aller à l’école : le Burkina Faso est signataire, depuis 1990, de la convention des droits de l’enfant, et la loi d’orientation de l’Education, signée en 2007, stipule que toute personne vivant au Burkina Faso a droit à une éducation. Enfin, la loi du 1er avril 2010 consacre six articles à l’éducation des personnes handicapées, établissant un certain nombre de mesures pour les aider à suivre une scolarité.  Cette obligation légale et morale est entravée par plusieurs contraintes, d’ordre matériel, tout d’abord : les écoles sont rarement équipées pour accueillir un enfant handicapé moteur, et remettre aux normes les infrastructures représente un coût important. « L’autre contrainte est d’ordre social, explique Anne Vincent, représentante de l’Unicef dans le pays. Les enseignants ne sont pas formés pour accueillir ces enfants, et les parents ne savent pas comment faire. Mais il faut qu’ils sachent que pour un très grand nombre d’entre eux, les enfants souffrant de handicap s’adaptent très bien ! Le meilleur moyen de les aider est justement de les mettre au milieu d’autres enfants, afin qu’ils atteignent un certain seuil d’éveil. »  Mais il faut aussi changer les mentalités. Selon une étude de l’Unicef, 93% d’enfants handicapés souffrent de discrimination de la part de leurs camarades de classe. « L’intégration n’est pas encore totale : dans certains contextes, les parents des enfants non handicapés ne donnent pas le bon exemple et contribuent à la stigmatisation par les autres élèves. Souvent, l’enfant est appelé par son handicap plutôt que par son nom propre », regrette Philippe Allard.  Les activités de sensibilisation et de formation doivent donc se poursuivre, pour une école ouverte à tous les enfants. « Preuve que nos efforts paient, la demande des familles comme des établissements pour intégrer des enfants handicapés est grandissante, souligne le ministre. Nous devons absolument être en mesure de répondre à cette demande. »  Les besoins de formation des enseignants et de mise à niveau des établissements nécessitent des fonds, estimés à un peu de 14 milliards de FCFA. 

Service communication externe et plaidoyer 

UNICEF/BF

sidwaya.bf