Ecole spécialisée des sourds et malentendants de Bougoula-Lademburg : Et si on mettait en place un dispositif d’insertion professionnelle ?

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Ecole   spécialisée des sourds et malentendants de Bougoula-Lademburg : Et si on mettait en place un dispositif d’insertion professionnelle ?

Oralement, Mahamadou Yoda nous traduit les signes des doigts de son meilleur élève sur une dictée titrée « L’école de Touca ». Puis, il nous montre des cahiers d’exercices semblables à ceux d’élèves entendants. A vu d’œil, il est difficile de s’imaginer qu’il nous présente les œuvres d’élèves sourds ou malentendants. Pourtant, le directeur et enseignant de la classe de CM2 de l’école spécialisée de Bougoula-Lademburg depuis 2005, a su transmettre son savoir à ces enfants qui ne maitrisaient pas le langage des signes ou qui n’ont jamais pu réellement communiquer avec leur famille avant leur arrivée. ‘’ Nous sommes heureux de les voir s’exprimer et écrire comme les autres enfants’’ s’est –il réjoui.

« Tous ces efforts restent sans suite »

Si les élèves de cette école spécialisée étaient autrefois contraints d’abandonner les bancs une fois le CEP en poche, ils pourront désormais intégrer un collège d’enseignement inclusif à la prochaine rentrée. « On espère qu’il y aura une formation pour les professeurs » a Suggéré Mahamadou Yoda, mais, dit-il : « Après le collège, ils vont aller où ». Et d’ajouter que : « Je n’ai jamais entendu qu’on a organisé un concours pour que les sourds aillent compétir. Ce serait bien de les initier ».

A ce propos, Mahamadou Yoda n’a pas tardé à révéler les difficultés auxquelles sont confrontés les élèves sourds et malentendants à l’examen du certificat d’études primaires. « Demander à un élève sourd de vous faire une rédaction, cela suppose qu’il a vu ou entendu. (…) Pour l’étude de texte, quand on parle d’homonyme par exemple, comment le sourd peut trouver un homonyme puisqu’il s’agit de mots qui se prononcent de la même manière mais qui n’ont pas la même orthographe » a-t-il signifié, soulignant qu’il faudrait songer à intégrer les enseignants qui prennent en charge ces enfants, dans l’élaboration des sujets.

Ainsi, pour lui, le plus grand défi demeure l’intégration professionnelle des élèves sourds et malentendants. « Notre souhait est qu’on construise des centres d’apprentissage afin que les élèves puissent en bénéficier pendant leur formation. Après le CM2, ils peuvent renforcer leurs capacités. Sinon, tous ces efforts restent sans suite » a-t-il conclu.

L’essentiel n’est donc pas de vaincre l’ignorance de ces élèves ou de leur apprendre à communiquer, mais de contribuer à leur insertion professionnelle.

Nicole Ouédraogo
Lefaso.net

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