Eaux en sachet : le consommateur nage en eaux troubles

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En ce mois de mai, 14 unités de production d’eau en sachet ont été fermées à Bobo. C’est l’occasion pour Elise Cannuel de revenir sur la qualité de ces eaux dans son Bulletin de santé du 15 mai.

Il semble bien qu’en buvant de l’eau en sachet, on n’a à peu près aucune idée de ce qu’on boit. Dans ce secteur, le consommateur nage en eaux troubles. Certes, des fabricants font parfois contrôler leur eau mais ils sont très minoritaires. Et un contrôle à l’instant T ne garantit pas le suivi de la qualité dans le temps. Elle peut varier car il peut toujours y avoir des contaminations ponctuelles. Pour revenir sur cette opération de contrôle menée à Bobo, sur 25 unités contrôlées en 3 jours par la Police de l’eau des Hauts-Bassins, seules 2 étaient en règle et 14 ont été fermées. Et nos confrères du faso.net de préciser que selon le rapport de cette opération de contrôle, certaines installations étaient situées à proximité directe de toilettes. De son côté, le Laboratoire National de Santé Publique (LNSP) indiquait en fin 2018 que sur plus de 200 marques recensées, 75 proposaient de l’eau impropre à la consommation. On n’est donc pas vraiment emballé par ces eaux en sachet.

Difficile pour le consommateur de s’y retrouver

Distinguer les eaux consommables des autres est compliqué pour le consommateur. La liste des marques dressée par le LNSP est certes diffusée mais elle n’est pas accessible à tous à tout moment. Pensons à ceux qui n’ont pas accès à Internet et à l’information en général. On peut souhaiter une plus large diffusion de cette liste et de conseils à l’endroit du consommateur, également en langues nationales. Deuxièmement, il y a dans ce domaine, comme dans les autres, de la contrefaçon contre laquelle il faudrait davantage lutter, c’est même une question prioritaire de santé publique. Troisièmement, une eau en sachet peut correspondre à tous les critères à sa sortie de l’unité de production mais si elle est entreposée longtemps au soleil par le revendeur ou dans un endroit sale, elle peut devenir impropre. Quelques conseils de bon sens : ayons au moins un œil sur l’endroit où sont entreposés les sacs dans le magasin. Demandons au vendeur s’il vient d’être livré ou si cela fait déjà quelques temps et restons fidèles aux vendeurs avec qui nous n’avons jamais eu de problèmes. Autre chose : regardons les sachets, y a-t-il une date de péremption, un numéro d’autorisation de production, un numéro de téléphone ? Ou y a-t-il seulement le nom de la marque vaguement imprimé sur le sachet ? Dans ce deuxième cas, attention ! Enfin si l’eau a un aspect, une odeur ou un goût étrange, ne rachetons plus cette marque.

Des textes peu appliqués

Que disent les textes sur la question des eaux en sachet? On a depuis la transition un arrêté interministériel. Ce texte complet fixe notamment des conditions de fabrication, des délais pour la mise en conformité et des sanctions. Les textes sont donc là, le problème est comme toujours leur application : il y a une insuffisance de contrôle, de sanctions et de suivi. Nous parlions de la Police de l’eau au début de cette chronique. Elle n’est pour l’instant véritablement opérationnelle que dans les Hauts-Bassins. Ses agents ont peu de capacités techniques, elle a très peu de moyens. Selon nos sources, sur un besoin de financement exprimé de 45 millions de FCFA en 2017, la Police de l’eau n’en a obtenu que 12 pour mener ses activités. Les producteurs d’eau en sachet de Bobo, ceux qui sont en règle, s’étaient réjouis, au départ, de la création de cet organe mais force est de constater qu’après un passage dans les unités et la formulation de recommandations, la Police de l’eau ne vérifie pas systématiquement la mise en œuvre. Il y a globalement un manque de moyens, d’organisation et un manque de volonté pour faire le ménage dans ce secteur de l’eau, pourtant si important. L’eau, c’est la vie dit-on, c’est la seule boisson indispensable. Le consommateur doit être protégé et pouvoir se désaltérer sans danger.

Suivez le Bulletin de santé d’Elise Cannuel chaque mercredi dans Oméga matin entre 6h30 et 7h et dans Oméga soir entre 18h30 et 19h.

Source : Omegabf.info

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