Dramane Tou, DG du Siao: «L’artisanat prend des proportions extraordinaires»

40

La 15e édition du Salon international de l’artisanat de Ouagadougou (Siao) se tiendra du 26 octobre au 4 novembre à Ouagadougou. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, le directeur général du Siao, Dramane Tou, évoque le thème de la présente édition, éclaire sur les motivations qui ont guidé au choix de Madagascar comme invité d’honneur, et rassure sur les dispositions sécuritaires prises pour que l’événement se passe dans la plus grande stabilité possible.

Fasozine: La 15e édition du Siao se tiendra du 26 octobre au 4 novembre 2018 sous le thème «Artisanat africain, exigences du marché et développement technologique». Pourquoi le choix de ce thème et quels objectifs vise-t-on à terme?

Dramane Tou: Ce thème, dont le choix a suivi un long processus avant d’être adopté en conseil des ministres en 2017, vise à permettre aux acteurs administratifs, aux acteurs d’appui à l’artisanat, aux artisans eux-mêmes, aux hommes et femmes de médias, d’échanger sur une question assez profonde, liée à la promotion de l’artisanat. Il s’agit en l’occurrence de la question de l’adaptation des produits artisanaux aux besoins des consommateurs, corrélativement avec la capacité de nos artisans à satisfaire les commandes. 

L’adaptation des œuvres aux besoins des consommateurs consiste à mieux connaître les besoins des consommateurs sans être obligé de mobiliser beaucoup de ressources financières pour se déplacer pour des études de marchés en Chine, aux Etats-Unis, aux Philippines par exemple. Les technologies sont tellement développées de nos jours que nos artisans peuvent faire ces études en restant sur place, produire des œuvres de qualité dans des délais moindres. Si nous prenons le cas des anciens métiers à tisser, il fallait mettre des années pour tisser un pagne suffisamment large pour coudre une tenue complète. 

Avec l’évolution, nous avons des métiers à tisser qui permettent de confectionner une plus grande quantité de pagnes, qui utilisent moins d’espace, qui font des bandes plus larges et permettent d’aller plus vite. Il y a même des métiers semi-industriels dans lesquels il suffit d’introduire les matières premières pour recueillir le produit fini, quitte à assurer manuellement la finition. Il est donc possible d’utiliser les outils modernes de production et de communication pour connaître les exigences des clients et satisfaire les demandes dont la quantité est de plus en plus élevée. 

A travers ce thème, les artisans comprendront donc que les technologies de l’information et de la communication aident à cerner les besoins des clients sans se déplacer, écouler les produits en les mettant en ligne pour les vendre à l’international. Elles permettent aussi de profiter de l’expérience d’autres pays en termes d’évolution des équipements. Ce thème vient à propos dans la mesure où l’artisanat est en train de prendre des proportions extraordinairement intéressantes en termes d’occupation des personnes, de création d’emplois décents et durables et de contribution à l’économie nationale. 

Cette modernisation, voire semi-industrialisation, ne fera-t-elle pas perdre aux produits leur valeur artisanale?

Cette question a été débattue lors du processus d’élaboration du thème. Il est vrai que, lorsqu’on parle d’artisanat, on a l’habitude de ne penser qu’à ce qui n’est pas standardisé. Mais nous sommes à l’époque de l’industrie de l’artisanat. Il faudra définir des process qui font que tous ceux qui sont dans le textile par exemple et qui veulent faire du tissage arrivent à répéter les formes en quantité suffisante et en des modèles identiques. Ce qui nécessite des équipements standards pour une bonne compétitivité.

La standardisation ne dénature donc pas le caractère artisanal. Ce qui est artisanal, c’est ce qui est fait à la main ou avec 90% d’activités manuelles. Cette standardisation a du reste commencé au Maroc avec la maroquinerie, et même au Burkina avec le faso dan fani, dont certains produisent des modèles quasi-identiques.

Comment allez-vous vous y prendre lors du salon pour apprendre tout cela aux artisans burkinabè?

Nous organiserons une conférence qui va durer trois jours, avec une communication introductive sur le thème central, un partage des expériences réussies comme celle du bogolan malien, les produits de Madagascar, du Ghana, etc. La prospection est en train d’être faite avec l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) pour que ses huit pays membres viennent partager leurs expériences. 

On peut prendre le cas du textile, du bronze, de la sculpture sur bois, du raphia. Et on dira par exemple aux artisans que, de plus en plus, les Chinois veulent des sculptures de haute taille, qu’ils peuvent créer des pages Facebook pour faire connaître et vendre leurs produits, qu’il y a des centres de formation bac+3, bac+5 dans leur domaine, etc. Ce sont des informations qu’ils vont partager, il n’y aura pas de formation pratique parce nous ne sommes pas sûrs d’avoir les équipements techniques adéquats pour la pratique.

Pourquoi Madagascar comme pays d’honneur de cette édition?

Madagascar a été choisi pour des raisons techniques, diplomatiques et communicationnelles. Diplomatiques parce que c’est le chef de l’Etat lui-même qui a choisi ce pays à cause de la qualité de ses relations avec le Burkina. Lors d’une mission officielle, il a échangé avec son homologue malgache qui a estimé que c’est un grand honneur fait à son pays. Et il a accepté que Madagascar soit l’invité d’honneur de la 15e édition du Siao. 

En plus de cette relation diplomatique qui fait naitre une coopération Sud-Sud, des raisons techniques justifient ce choix. Le président du Faso a en effet également remarqué que Madagascar regorge de produits artisanaux bien finis et diversifiés qui intéresseraient fortement les invités au Siao, mais qui n’ont jamais eu l’opportunité d’y être exposés. Quant à la raison communicationnelle, elle réside dans le fait que Madagascar n’est pas dans la carte classique de l’Afrique, mais constitue plutôt une grande île autour de laquelle se trouvent d’autres îles. C’est donc un bon canal de communication qui permettra au salon d’être mieux connu.

A quelles innovations le visiteur peut-il s’attendre à cette édition?

Nous attendons 350 000 visiteurs grand public, 3 000 exposants, une centaine de médias accrédités, au moins 27 pays africains participants, 250 acheteurs professionnels… Au titre des innovations, il y aura des «Points I» dans chaque pavillon pour donner toutes les informations liées aux pavillons, aux produits exposés, aux organes de presse pour les besoins de publicité par exemple, etc. 

Il y a aussi une innovation qui consiste à faire découvrir ou mieux connaître l’artisanat africain aux autorités et autres personnalités, intitulée «Je m’engage pour l’artisanat africain». Il s’agira d’organiser les corps constitués pour qu’ils viennent visiter le salon pour découvrir et apprécier les produits de l’artisanat africain, faire des commandes et réfléchir à comment appuyer le salon pour les éditions à venir. Vous verrez qu’il y en a par exemple qui ramènent l’artisanat au bronze et au textile. Ils ne savent pas que la restauration, la décoration, l’innovation qui consiste à fabriquer des pavés grâce à la récupération des déchets plastiques, ainsi que l’électricité, la plomberie, la vulcanisation relèvent de l’artisanat.

Il y a aussi l’introduction, dans cette édition, du concept d’ambassadeur de l’artisanat africain, qui veut choisir des porte-étendards de l’artisanat africain. Cela peut être des diplomates (le président de la Commission de l’Union africaine par exemple), un artiste (Alpha Blondy, Angélique Kidjo, par exemple), un artisan (Pathé’O par exemple), etc. Nous allons également ajouter deux portes d’entrée pour réduire le temps d’accès à l’intérieur du site du salon, du fait des fouilles sécuritaires. En outre, il est prévu une entrée réservée aux autorités, aux hommes de médias, aux acheteurs professionnels et au comité national d’organisation, ainsi qu’un espace doté de connexion haut débit pour permettre aux journalistes de bien faire leur travail.

 

 

Fasozine