Djo le rapide, humoriste burkinabè : « Je suis entré dans l’humour par la grande porte »

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Djo le rapide, humoriste burkinabè : « Je suis entré dans l’humour par la grande porte »

L’humour est incontestablement parmi les arts les plus appréciés au Burkina Faso. Et nombreux sont aujourd’hui ceux et celles qui transmettent la bonne humeur par le biais de cet art. Abdoulaye Savadogo alias Djo le rapide est l’une des révélations de l’humour burkinabè. Dans cette interview, il aborde, entre autres, des sujets liés à sa carrière, à la place des humoristes au Burkina Faso, et révèle son one man show en préparation.

Lefaso.net : Pourquoi avoir opté pour l’humour ?

Djo le rapide : Je ne suis pas entré dans l’humour par la fenêtre, mais par la grande porte. J’ai suivi des formations pendant 5 ans. C’est un métier que j’aimais beaucoup. Quand je voyais mes grands-frères humoristes jouer et faire rire le public en Côte d’Ivoire, ça me faisait beaucoup plaisir, je voulais faire comme eux.

D’où vient le nom de scène Djo le rapide ?

Le nom Djo le rapide, c’est quand je jouais dans une série appelée « Cour commune », avec Kôrô Abou (acteur ivoirien), mon formateur. Il m’a donné le rôle d’un voleur dans la série, donc je jouais le rôle de quelqu’un qui volait rapidement. Et quand je suis venu au Burkina pour démarrer ma carrière, je me suis dit que j’allais garder ce nom définitivement.


Depuis quand faites-vous de l’humour ?

Je suis venu au Burkina en 2016, ça fait trois ans environ. Mais j’ai démarré ma carrière en 2017. En Côte d’Ivoire, le terrain est inondé. Comme je suis Burkinabè, je me suis dit pourquoi ne pas venir exposer mon talent au Burkina pour voir ce que ça va donner ?

Qui vous a le plus inspiré ?

C’est l’humoriste et comédien ivoirien Digbeu Cravate. J’aime sa manière de jouer ; quand il joue sur scène, il est calme. Mais quand il joue, tu passes ton temps à rire. C’est mon modèle.

Quels sont les sujets que vous abordez pendant vos spectacles ?

Je ne parle jamais de la politique ou des sujets pervers. J’aime beaucoup provoquer les femmes, surtout celles du quartier Karpala. Je parle également des filles qui portent tout le temps des perruques ; c’est juste pour rigoler.

Que pense l’entourage de votre art ?

Mes amis m’ont beaucoup accompagné, ainsi que ma maman, mais le problème se situait au niveau de mon père. Je ne suis pas allé à l’école, donc mon papa voulait que je sois chauffeur, mais je n’étais pas passionné par ce job. J’avais déjà un talent que je voulais partager avec les gens, c’est-à-dire l’humour. Toutefois, je comprends la réaction de mon papa.

Il a un ami qui était venu lui dire que ceux qui sont dans le showbiz sont dans la drogue, le dévergondage et l’alcool. C’est à cause de tous ces préjugés qu’il s’était opposé. Mais quand il a vu que malgré le fait que je suis dans le domaine, je ne faisais rien de tout ça, il a finalement accepté ma décision.


Avez-vous déjà fait des spectacles ratés ?

Oui, si je me souviens très bien, deux fois. D’abord au FESPACO 2017 ; là-bas, j’ai totalement raté mon spectacle. Il y a eu aussi l’année 2018. Je devais jouer dans un spectacle pour enfants, mais tout ne s’est pas passé comme je le voulais. Je me suis senti très mal, parce que j’avais été payé sans avoir satisfait le public.

Mon staff me connaît, je ne joue pas avec le boulot. Quand je rate un spectacle, je peux faire deux jours sans parler à quelqu’un. Mais le côté positif avec ces spectacles ratés, c’est que ça m’a permis de me perfectionner, et le résultat est là aujourd’hui.

On a tendance à dire que votre style d’humour est fait à l’ivoirienne. Un commentaire ?

Ceux qui disent cela n’ont pas encore compris beaucoup de choses. Chacun vise un objectif, soit tu travailles pour prester au pays, ou tu souhaites progresser à l’international. Pour aller à l’international, tu es obligé de parler le français. Quand c’est comme ça, on dit que tu copies les Ivoiriens.

J’ai décidé d’être un humoriste international afin de pouvoir nourrir ma famille. Si on suit mes spectacles régulièrement, on verra que je fais un mélange de mooré et de français, pour que tout le monde se retrouve dans mes blagues. Malheureusement, les gens ne savent pas faire la part des choses.

Avez-vous une autre activité en dehors de l’humour ?

Pour le moment non. Je me donne à 100% dans l’humour.

Avez-vous fait des spectacles hors de nos frontières ?

Oui, je suis allé au Niger, au Mali, en Côte d’Ivoire, au Ghana, et au Cameroun. Actuellement, je souhaite aller en Europe, c’est un terrain que je désire explorer.


Votre plus beau souvenir en tant qu’humoriste ?

Mon plus beau souvenir, c’est mon voyage à Accra au Ghana. C’était ma première fois de monter dans un avion. C’est un spectacle que je ne pourrai jamais oublier. Mon staff était assez sceptique. Ils m’avaient même fait remarquer que j’allais partir à Accra tout en sachant que je ne comprenais pas l’anglais. A ma grande surprise, c’était la diaspora burkinabè, des Ivoiriens et des Togolais. Jusqu’à présent, la vidéo de ma prestation au Ghana, je la regarde fréquemment.

Votre plus gros cachet ?

Mon plus gros cachet depuis le début de ma carrière, c’est un million.

Qu’est-ce que l’humour vous a apporté ?

Grâce à Dieu, j’arrive à nourrir ma famille, j’envoie de l’argent souvent à mes parents. Je partage mon argent avec mes amis et j’arrive à économiser.

Que pensez-vous de l’évolution de l’humour au Burkina ?

Actuellement, dans la culture burkinabè, c’est l’humour qui occupe la première place. Ce sont les humoristes qui remplissent les salles de spectacle. Même les artistes qui sont au sommet aujourd’hui, quand ils organisent les concerts, ils ne font pas salle pleine, malgré leur talent.

Les gens préfèrent écouter la musique à la télévision ou dans les bars et maquis. Mais les humoristes, on les voit rarement, donc quand nous lançons nos spectacles, les gens sont pressés de venir écouter ce que nous allons dire. J’ai bon espoir que dans deux ou trois ans, on va augmenter les prix des cachets des humoristes.


Un conseil à donner à ceux qui veulent vous emboîter le pas ?

Nous sommes des novices dans le domaine de l’humour. Je prends toujours exemple sur nos devanciers. Je peux leur dire que le métier, ce n’est pas une affaire de course. Moi j’ai commencé ma formation depuis 2012. J’ai fait cinq ans de formation. Il faut de la patience, on ne devient pas humoriste, on naît humoriste, c’est-à-dire depuis le ventre de la maman.

Néanmoins, on doit apprendre les techniques de scène. Il faut approcher les doyens, ne pas courir dernière l’argent. Avec le temps, ils gagneront ce qu’ils méritent. Il faut aimer le boulot qu’on fait. L’humour, c’est se faire plaisir et faire plaisir aux autres.

Parlez-nous de votre one man show à venir.

Le one man show tant attendu, c’est le 27 septembre au CENASA, à partir de 20h. Et le thème c’est « Inchallah, on va réussir ». C’est-à-dire que si tu payes ton ticket, quand je vais lancer la bénédiction, automatiquement tu seras béni. Je ne souhaite pas parler des sujets que je vais aborder le jour de mon one man show avec vous, sinon les gens ne vont pas venir.

Il faut venir pour voir ce qui va se passer. En attendant, je remercie Lefaso.net pour la visibilité qu’il apporte aux acteurs culturels de notre pays. Je remercie mes fans pour le soutient, je leur demande d’être toujours à mes côtés.

Interview réalisée par Samirah Bationo (stagiaire)

Lefaso.net

Source : lefaso.net

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