Dialogue direct Roch/OSC : Pluie de doléances, langage de vérité

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La deuxième session du cadre de concertation et de dialogue entre l’Etat et les OSC s’est tenue le 16 juin à Ouagadougou sous le thème : « Cohésion sociale et mise en œuvre du PNDES, quelle contribution des OSC ? ». Après les travaux, présidés dans la matinée par le PM, Paul Kaba Thièba, les participants ont eu des échanges avec le chef de l’Exécutif, Roch Marc Christian Kaboré, qui a répondu à leurs préoccupations touchant à la vie de la Nation.

9 composantes des Organisations de la société civile (OSC) se sont penchées dans la matinée sur le thème. Ce sont les structures des personnes vivant avec un handicap, des professionnels de la presse, des paysans, des femmes, les ONG et associations de développement, les mouvements et associations des droits humains, les mouvements et associations de jeunesse, les institutions de recherches et les organisations coutumières et religieuses.

Le PM après avoir souligné le rôle de ces organisations dans l’ancrage de la démocratie au Burkina, les a invitées à prendre une part active à la réflexion et à la sensibilisation pour une unité d’action face aux immenses défis de la Nation.

La cohésion sociale comme socle

En examinant le Plan de développement économique et social (PNDES), le nouveau référentiel qui nous fera bouger à l’horizon 2020, avec un budget de 15 000 milliards de nos francs dont plus de la moitié à mobiliser sur nos propres ressources, les communicateurs ont été unanimes à reconnaître un fait : la mobilisation des ressources tant à l’interne qu’à l’externe ne se fera pas sans la cohésion sociale des fils et des filles du pays.

Entre autres recommandations, on peut citer la lutte contre l’impunité, la dépolitisation de l’administration et de la chefferie coutumière et l’instauration d’une gouvernance vertueuse à tous les niveaux ainsi que la vulgarisation de la communication sur la cohésion sociale.

L’après-midi a été consacré aux échanges avec le chef de l’Etat qui ont commencé à 16 heures 30. En guise d’introduction, Jonas Hien, président du conseil national des OSC, a eu des mots de gratitude à l’endroit du président du Faso : « Je vous remercie de votre implication personnelle pour la tenue de cette rencontre, les OSC sont heureuses de vous rencontrer ce soir. »

« Réussir ou couler ensemble »

Le décor planté, chaque composante a eu 3 minutes pour s’adresser au Premier des Burkinabè ; une séance qui s’est transformée en une pluie de doléances pendant une bonne demi-heure. On peut en retenir pêle-mêle: la réinstitution du forum des jeunes et un meilleur mécanisme de suivi des fonds alloués à la jeunesse, le jugement des crimes de sang d’ici la fin de cette année, l’amélioration de l’environnement de travail des ONG et associations de développement en accompagnant leur cofinancement, éviter que la presse « gémisse et saigne par le nez », référence aux agressions que les journalistes subissent de la part des forces de l’ordre; mettre fin à l’augmentation anarchique des prix des produits de première nécessité, rendre effectif le vote des Burkinabè de l’étranger, institutionnaliser la chefferie coutumière, instaurer un quota genre à tous les postes de nomination, améliorer et rendre contraignante la loi sur le quota genre à appliquer par les partis politiques, lutter contre le fondamentalisme religieux, appliquer la loi sur la promotion et la protection des personnes vivant avec un handicap.

Le président du Faso a tenu en substance à faire cette mise au point : «Les OSC sont les vigiles de notre démocratie, elles doivent être une force de proposition pour que le pays se construise dans l’entente et la cohésion sociale. Elles n’ont pas pour rôle de faire de la politique ni de créer la division entre les fils et filles du pays. Il ne nous appartient pas non plus en tant que gouvernants de les instrumentaliser. Chacun a une ligne rouge. Si on change de nature on sera traité comme tel. Tant que vous serez dans votre rôle, vous n’aurez rien à craindre. Travaillons en bonne intelligence et évitons les bavardages inutiles. Il est facile de critiquer et de propager de fausses nouvelles, mais difficile de construire. Soit nous construirons ce pays ensemble, soit nous coulerons ensemble», a-t-il martelé.

Réponses aux préoccupations

Après ce langage de vérité, il a fait le tour d’horizon des préoccupations à lui soumises dont certaines ont eu des réponses favorables : au sujet, par exemple, du vote des Burkinabè de l’étranger en 2020 qui suscite des doutes, Roch Marc Christian Kaboré a été on ne peut plus clair : « Le vote des Burkinabè de l’étranger en 2020 est un engagement, et les dispositions pour ce faire seront prises cela ne souffre d’aucune ambigüité, c’est clair et net ». Le recrutement des personnes vivant avec un handicap sera effectif cette année, et le financement des associations dans ce domaine qui ont un statut d’utilité publique sera pris en compte dans le budget de 2018. Parmi les doléances dont la satisfaction est imminente, on peut citer : la banque de l’agriculture dont le capital de 15 milliards sera bouclé avant la fin du mois courant, la confirmation d’ici la fin du mois de juillet par la BAD du financement de la construction de la route de Fada partant de Koupéla jusqu’à la frontière (…) et le projet de bâtiment de la RTB, qui coûtera entre 10 et 12 milliards. Concernant les incidents entre la presse et les agents de sécurité, le président a réitéré ses regrets en soulignant que les dispositions sont prises pour éviter de telles situations à l’avenir. Toutefois, les différentes parties sont invitées à faire preuve de maîtrise de soi et de respect mutuel. Quid des dossiers pendant en justice? Il a juste exprimé le souhait qu’ils soient réglés au plus tôt, ce qui va permettre aux Burkinabè de se réconcilier. Cela dit, il a fait remarquer que l’Exécutif ne saurait influer sur le cours des choses dans ce domaine eu égard à la séparation des pouvoirs.

Abdou Karim Sawadogo

Bayiri.com