Création de la Caisse de dépôts et de consignations du Burkina : Les délégués syndicaux de la CNSS dénoncent une « démarche forcenée et cavalière » du gouvernement

60

Création de la Caisse de dépôts et de consignations du Burkina : Les délégués syndicaux de la CNSS dénoncent une « démarche forcenée et cavalière » du gouvernement

Les délégués CGTB et délégués de personnel de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) tirent sur la sonnette d’alarme. Ils interpellent le gouvernement et prennent l’opinion à témoin sur le processus qui a conduit à la création de la Caisse de dépôts et de consignations du Burkina Faso. Ils disent s’inquiéter surtout sur l’utilisation des fonds de la CNSS par la CDC-BF. Pour eux, il s’agit d’une confiscation des cotisations sociales des travailleurs.Leurs inquiétudes se fondent sur la douloureuse expérience de la défunte Caisse nationale de dépôts et des investissements.

« Le gouvernement du premier ministre Paul KabaThiéba, par une démarche forcenée et solitaire a décidé de monter d’un cran dans la confiscation des cotisations sociales des travailleurs par la création d’une Caisse de dépôts et de consignations (CDC-BF). Pour nous travailleurs de la Caisse nationale de sécurité sociale et bénéficiaires, la CDC-BF nous rappelle le souvenir de la douloureuse expérience de la défunte Caisse nationale de dépôts et des investissements (CNDI). Cinq milliards de francs CFA ont été engloutis dans la banqueroute de la CNDI. La faillite de la CNDI nous sert de leçon et de repère. Le personnel de la CNSS reste convaincu que la CDC et le CNDI, c’est blanc bonnet, bonnet blanc », a confié d’entrée Seydou Koné, le coordonnateur des comités CGTB de la CNSS.

Sans être contre le principe de création de cette institution, les animateurs de la conférence de presse émettent des inquiétudes sur la gestion de cette institution qui pourrait avoir des conséquences désastreuses pour les travailleurs. « Dans un environnement dénué de gouvernance vertueuse, nous n’allons pas admettre au nom du personnel et du mouvement syndical que nous représentons d’être les complices objectifs devant l’histoire d’actes de tous les dangers sur les cotisations sociales des travailleurs », ajoute Seydou Koné. Car, selon lui, « se taire et laisser faire dans un tel contexte de déliquescence, c’est cautionner que des lendemains surviennent sans possibilité de payer les pensions à des retraités par mauvaise gouvernance ».

« Nous n’avons rien contre le principe de la CDC, mais… »

Cette conférence de presse visait donc à « dénoncer vivement la manière cavalière dont le gouvernement s’est empressé » pour la mise en place de la CDC. Pourtant, le régime de sécurité sociale est composé de trois parties prenantes et une seule partie ne devrait pas décider pour les autres sans même les associer. Jusque-là, les conférenciers soutiennent savoir simplement que la CDC-BF fera appel aux fonds de la CNSS, la Caisse autonome de retraite des fonctionnaires (CARFO), le CNE, mais ils ne connaissent pas les montants qui seront puisés dans ces caisses. Les travailleurs n’ont pas été associés dans le processus, à en croire Ephrem Kienou. Pourtant, qu’ils soient du public ou du privé, ils sont concernés. « Il est important que nous marquions notre désapprobation, notre désaccord pour que les fonds des retraites ne puissent pas servir à cette CDC telle qu’elle est pensée actuellement », a expliqué M Kiénou.

« Nous n’avons rien contre le principe de la CDC, mais nous disons non et non pour que les fonds des organismes de prévoyance sociale soient utilisés à cette caisse de dépôts et de consignations ipso facto », ajoute-t-il.

« A travers cette conférence de presse, nous voulons que s’instaure un débat citoyen autour de la question de la CDC pour que le peuple s’approprie cette initiative », précise Ephrem Justin Kienou, représentant le personnel au conseil d’administration de la CNSS.

Présent à la conférence de presse, Bassolma Bazié, le secrétaire général de la CGTB a appelé les organisations syndicales à jouer leur rôle d’alerte. Car, « comment pouvez-vous comprendre qu’on mette en place une caisse qui va utiliser les fonds des travailleurs sans même informer les acteurs sociaux. Ça cache quelque chose », s’indigne-t-il.


Lire aussi : Caisse de dépôts et consignations du Burkina Faso : Le parlement autorise sa création


Moussa Diallo
Lefaso.net

Lefaso.net