Corruption au Burkina: La Police municipale toujours en tête

107

La corruption devient de plus en plus récurrente et la Police municipale, la Douane et la Direction générale des transports terrestres et maritimes (DGTTM) sont les trois services les plus corrompus au Burkina Faso. C’est le rapport 2017 sur l’état de la corruption du Réseau national de lutte anti-corruption (REN-LAC) qui le révèle. Le document de 127 pages a été présenté ce mardi 17 juillet 2018 à Ouagadougou.

La recrudescence de la corruption au « Pays des Hommes intègres » inquiète bien les responsables du Réseau national de lutte anti-corruption (REN-LAC). L’organisation expose chaque année les lacunes en la matière et montre les voies à suivre afin d’éradiquer le phénomène.

Le lancement du rapport 2017 sur l’état de la corruption intervient au moment où le Plan national de développement économique et social (PNDES) semble tirer le diable par la queue, selon les observateurs politiques. Il intervient ainsi deux ans et demi après l’avènement au pouvoir du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP).

« Malgré le discours sur la politique de tolérance zéro de la corruption, les signaux de la gouvernance vertueuse promise par le Président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, tardent à se faire sentir », déplore le secrétaire exécutif du REN-LAC, Claude Wetta.

En effet, poursuit-il, plusieurs soupçons et scandales de corruption égratignant les services et institutions persistent et semblent ne pas émouvoir les gouvernants. Les résultats recueillis auprès d’un échantillon de 2.000 enquêtés indiquent une hausse de la perception de la corruption par rapport à l’année dernière.

Dans le nouveau rapport sur l’état de la corruption, la Police municipale est toujours en tête du peloton tristement célèbre. Sur 258 contacts avec ce corps, 240 cas dont 104 cas à Ouagadougou et 69 cas à Bobo-Dioulasso ont fait l’objet de pratiques de corruption, selon l’enquête.

Traquer les « délinquants économiques »…

La deuxième et la troisième places sont respectivement occupées par les services des douanes et la Direction générale des transports terrestres et maritimes (DGTTM), notamment en charge des permis de conduire. La douane est passée de la troisième place en 2016 à la deuxième place, la DGTTM de la huitième à la troisième, la Police nationale de la neuvième à la septième place et les impôts de la septième place à la sixième.

Le rapport note que les tergiversations dans l’opérationnalisation de l’Autorité supérieure de contrôle d’Etat et de lutte contre la corruption (ASCE-LC) et l’adoption du projet de loi portant allègement des procédures de contractualisation en PPP (Partenariat public privé) ont été identifiées comme des actions à même de favoriser la corruption. Des insuffisances ont été aussi constatées dans les déclarations de biens de certains députés.

Le secrétaire exécutif du REN-LAC tire par la manche les services et institutions employant des fonctionnaires vénaux à emprunter le chemin de la gloire. Il appelle la société civile et la presse à une veille citoyenne accrue afin de traquer les « délinquants économiques ». Les recommandations du rapport vont de la poursuite de l’arsenal juridique de prévention et de répression de la corruption à la mise en application des recommandations des enquêtes parlementaires.

L’occasion faisant le larron, Claude Wetta n’arrive pas à digérer l’annulation par le Conseil d’Etat de la décision du Conseil supérieur de la magistrature instituant la commission d’enquête sur les magistrats. « Quel message veut-on envoyer au peuple ? Que le magistrat peut commettre des actes de corruption sans aucun risque d’être sanctionné ? », se demande le SE du REN-LAC. Il a par ailleurs signifié l’engagement du réseau à contribuer à la manifestation de la vérité dans l’affaire recrutement à la CNSS.

Noufou KINDO

Burkina 24

Burkina24.com