Conflit communautaire dans le village de Barimagou : « Bien traités » à Kantchari, les déplacés impatients de retourner chez eux

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Conflit communautaire dans le village de Barimagou : « Bien traités » à Kantchari, les déplacés impatients de retourner chez eux

Le mercredi 24 avril 2018, nous nous sommes rendu dans la commune de Kantchari, localité située à plus de 100 km de Fada N’Gourma à l’Est du Burkina, servant de site aux déplacés de la communauté peulh du village de Barimagou suite aux évènements survenus en mi-avril 2018. Bien accueilli par les autorités administratives et communales, celles-ci nous ont rappelé les circonstances de l’incident qui a conduit aux déplacements de cette communauté. Sur place à Kantchari, nous avons également rencontré une équipe de la Direction régionale de l’Est de l’élevage, des ressources animales et halieutiques qui y était pour s’enquérir des nouvelles des déplacés dont la majeur partie sont des éleveurs. Après quelques minutes de trajet, nous voilà sur le site construit dans la cour d’une école avec des tentes sous le regard innocent des plus petits dont le nombre semble battre le record de ces déplacés. En effet, le nombre actuel des déplacés est de 227 personnes dont la majorité sont des enfants au nombre à 130 dont 4 élèves qui ont été pris en charge rapidement dans des écoles dans la ville de Kantchari.

Conflit communautaire dans le village de Barimagou : « Bien traités » à Kantchari, les déplacés impatients de retourner chez euxAccompagné d’un agent en service dans la ville comme interprète, nous avons été accueillis par les chefs de familles qui étaient réunis sous un arbre. Moussa Kanté, un sage et porte-parole des déplacés a d’abord manifesté une immense joie d’avoir eu la vie sauve dans cet évènement malheureux. « Nous demandons un accompagnement de l’autorité afin de pouvoir repartir dans notre village, sinon déjà ce n’est pas facile pour nous », a-t-il poursuivi. A l’entendre, les déplacés sont disposés à respecter les consignes qui leur seront données afin de sauver ce qui est cher (la paix) et retourner au village dans la quiétude. « Nous demandons l’indulgence des gourmantchés et de l’autorité pour rentrer et demander pardon à nos frères gourmantchés », a confié Moussa Kanté. Sinon martèle-t-il, rester en ville pour un éleveur, c’est parce qu’il n’a pas le choix. « Nous sommes très bien traités ici, nos conditions de vie sur le site sont bonnes », a lancé un autre déplacé. Et un second de renchérir avec humour : « Nous sommes bien nourris et bien traités, mais si on n’y prend garde, quand-on va nous donner le feu vert de rentrer, certains ne voudront plus rentrer car ici c’est bien ».

Conflit communautaire dans le village de Barimagou : « Bien traités » à Kantchari, les déplacés impatients de retourner chez euxSelon les sources que nous avons contactées sur place, il n’a jamais été question d’un conflit communautaire dans cet incident malheureux. Les familles des deux protagonistes seraient même voisines et après l’altercation des deux, ce sont les deux familles qui auraient conduit ensemble le blessé au centre de santé pour des soins avant qu’il ne succombe finalement à ses blessures. Ce serait après l’enterrement que les échauffourées ont débuté et la gendarmerie qui était sur les lieux pour le constat, aurait été obligée de sauver les hommes que d’arrêter le feu qui consumait les animaux et les toits des maisons. Une délégation aurait été envoyée dans le village après les évènements, accompagnée de quelques déplacés pour demander pardon afin que ces derniers puissent récupérer leurs animaux qui y étaient, pour les confier à des gens de confiance avant de revenir.

Notre source a renchéri que suite à cette démarche, la communauté gourmantché n’a pas trouvé d’inconvénient à ce que la communauté peulh déplacée revienne, sauf la famille de celui qui a été à la base de tout le problème qui devra patienter encore quelque temps avant de rentrer. Déjà selon la même source, la communauté peulh déplacée pourrait regagner le village d’ici au début de la saison hivernale. Il faut noter que les déplacés ont reçu le soutien de plusieurs structures œuvrant dans le social depuis le premier jour de l’incident.

Soumaila Sana
Lefaso.net

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