Commercialisation de l’or au Burkina : Salifou Diallo pour un monopole de l’Etat

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Commercialisation de l’or au Burkina : Salifou Diallo pour un monopole de l’Etat

Depuis 2009, l’or est devenu la première source de devises pour le Burkina Faso au détriment du coton. Si l’exploitation industrielle gagne du terrain, celle artisanale se fait de plus en plus une place au soleil quand bien même elle contribue à la dégradation de l’environnement et de la santé des hommes et femmes. Cet orpaillage est également la porte ouverte à la fraude de l’or puisque la commercialisation échappe généralement au contrôle de l’’Etat. Ce sont donc des milliards de francs CFA qui filent sous ses yeux.

Commercialisation de l’or au Burkina : Salifou Diallo pour un monopole de l’Etat
Le ministre de l’administration territoriale et de la décentralisation, Siméon Sawadogo face aux députés

Afin de pallier ce problème, l’Assemblée nationale a recommandé au gouvernement l’adoption d’un projet de loi, lequel projet consacre le retour de l’Etat en tant qu’acteur actif dans la commercialisation de l’or. Enrichi des recommandations de l’enquête parlementaire sur le secteur des mines, ce projet de loi de 69 articles devra permettre une meilleure organisation du secteur à travers notamment l’opérationnalisation de l’Agence nationale d’encadrement des exploitations minières artisanales et semi-mécanisées (ANEEMAS).

Une agence avec des mesures attractives

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Le ministre de l’administration territoriale et de la décentralisation, Siméon Sawadogo face aux députés

Selon le ministre des mines et des carrières, Oumarou Idani, l’ANEEMAS permettra de gagner en productivité avec l’organisation des orpailleurs en coopératives mais aussi de tendre progressivement de l’artisanat vers le semi-mécanisé. Cette agence aura pour mission également d’acheter, de vendre et d’exporter l’or. Afin de réduire la fraude, il sera permis aux orpailleurs et aux comptoirs de la place, à en croire le ministre Idani, de vendre leur or à l’ANEEMAS à un prix « attractif » ou de l’exporter à partir d’elle.

En effet, le projet de loi a prévu des avantages pour tous ceux qui passeront par l’agence grâce à une fiscalité allégée au prix de 200 000 F CFA par Kilogrammes, soit 200 F CFA par gramme. Pour pouvoir démarrer ses activités, l’agence devra tendre la main aux banques quand on sait que pour l’achat d’une tonne d’or, il faut débourser près de 20 milliards de francs CFA. A ce sujet, l’assurance a été donnée par le ministre Idani de la disponibilité des banques à accompagner le processus.

Pour que l’Etat reprenne les choses en main

Parmi les 115 comptoirs que compte le Burkina Faso, seulement 54 sont valides selon le ministre des mines et des carrières. Et 50 autres demandes d’ouverture sont en cours de traitement. Selon le président de l’Assemblée nationale, Salifou Diallo, ce nombre est très élevé et la plupart de ces comptoirs n’appartiennent pas à des Burkinabè. Selon lui, il faudra revoir la législation afin de permettre aux expatriés de s’associer à un Burkinabè pour ouvrir un comptoir. Il a également suggéré au gouvernement de tendre vers un monopole de la commercialisation du précieux métal jaune par l’Etat.

Discipliner les militants

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Salifou Diallo, président de l’Assemblée nationale

L’autre projet de loi adopté par les 85 votants du jour est celui portant modification de la loi 055-2004/AN du 21 décembre 2004 portant code général des collectivités territoriales au Burkina Faso. Cette loi, selon les députés membres de la commission des affaires générales, institutionnelles et des droits de l’homme (CAGIDH), permettra d’éviter un blocage dans le fonctionnement de la délégation spéciale et de combler un vide juridique en cas de dysfonctionnement d’une délégation spéciale. Pour sa part le député Aziz Diallo pense qu’en lieu et place du préfet pour diriger une délégation spéciale, il serait judicieux d’y placer un économiste planificateur par exemple. Un avis qui n’est pas partagé par le ministre en charge de la décentralisation, Siméon Sawadogo qui estime que les préfets ont le profil qu’il faut.

Qu’à cela ne tienne, Salifou Diallo pense que c’est par le fait des partis politiques si l’on arrive dans des situations de délégations spéciales. « C’est parce que les élus et mandants des partis politiques n’arrivent pas à assurer leurs responsabilités d’avoir une démocratie apaisée dans leur commune ou région que le gouvernement est obligé de trancher », a-t-il soutenu avant d’interpeller les partis politiques à discipliner leurs militants.

Herman Frédéric Bassolé
Lefaso.net

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