Comment les médias peuvent-ils éviter de faire le jeu des terroristes ?

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La question épineuse de comment traiter les informations relatives à l’extrémisme violent sans en faire son apologie a été débattue par les journalistes du Burkina Faso et ceux du Niger sous la supervision du bureau de l’UNESCO Dakar du 04 au 06 décembre 2018 à Ouagadougou.

« Les médias face au terrorisme », document écrit par Jean-Paul Marthoz revèle que 83 % des 20 000 jeunes interrogés dans le cadre d’une grande enquête réalisée en 2017 dans le monde entier ont déclaré que le terrorisme était une crainte pour l’avenir plus que tout autre facteur, comme le changement climatique, la guerre et les inégalités de revenus. C’est une réalité dans la sous-région africaine. Le but recherché par les acteurs de ce fléau est de semer la peur au sein des populations. Et pour cela, le canal le plus sûr pour parvenir à leur fin est de passer par Internet. Bien souvent, à leur corps défendant, les médias deviennent aussi leurs canaux de diffusion de la terreur.  

Pour débattre du thème de la question du renforcement des capacités des médias pour la lutte contre l’extrémisme violent dans la région du Sahel, deux experts des informations relatives à l’extrémisme violent, à savoir le Dr Eugenie Aw-Ndiaye, ancienne directrice du Centre d’étude des sciences et techniques de l’information de Dakar, (CESTI) et Dr Cyriaque Paré, fondateur de leFaso.net, se sont entretenus avec une  vingtaine de journalistes venus du Burkina Faso et du Niger.

« Avec l’ère du numérique, les gens ne veulent plus être informés mais veulent être au courant » a fait remarquer le Dr Cyriaque Paré. L’instantanéité est demandée. Et pour répondre à cette exigence, « dans la recherche du scoop, il y a des risques de désinformation, de d’intoxication », ajoute-t-il.

Donner l’information juste et utile

Pour rester professionnels et ne plus tomber dans le piège des terroristes en faisant leur propagande. les journalistes doivent revoir plusieurs règles. Les  experts  à cette formation ont rappelé la nécessité pour le journaliste professionnel de respecter l’éthique et la déontologie journalistique sur Internet et les réseaux sociaux.  En bref, donner l’information juste et utile.                                                                                                                                                                          

Dans la première thématique, « Ethique et indépendance des médias dans la collecte et le traitement de l’information dans les zones en situation de conflits », développée par Eugenie Aw-Ndiaye, elle a montré que par les conflits, les médias peuvent devenir des centres de commandement. Ils sont de grands fabricants de héros et de méchants. Pour éviter de faire l’apologie du terrorisme, les hommes de médias ne doivent pas tenir des discours de haine, de discrimination ou stigmatisation, mais privilégier le lexique des mots de la paix en temps de conflit.

En moyenne tous les jours un journaliste professionnel est tué

Au niveau de la Thématique 3 intitulée « Les risques sécuritaires et la couverture médiatique de l’extrémisme violent par les journalistes », Eugenie Aw-Ndiaye, a indiqué que selon l’UNESCO, en moyenne tous les jours, un journaliste professionnel est tué pour avoir fait son travail de recueil de l’information. La question sécuritaire des hommes de médias est donc cruciale. Malheureusement « pendant les sessions de réforme du secteur de la sécurité, les médias ne sont pas pris en compte », déplore Eugenie Aw. Un responsable de la sécurité, a également confirmé les dires de Dame Eugénie. Des efforts sont donc attendus à ce niveau.

Comment les médias peuvent-ils éviter de faire le jeu des terroristes ?
Les participants à la formation

L’experte en informations relatives en temps de conflit, a suggéré que les Forces de Défense et de Sécurité (FDS) organisent de plus en plus d’ateliers avec les hommes de médias pour mieux semer l’entraide et la confiance entre eux. Les hommes de médias du Niger ont fait savoir que dans leur pays, il y a des formations assez répétées entre eux et les FDS. « Il est arrivé que des hommes de médias demandent à suivre les FDS dans leur zone d’intervention », commentent-ils.

Le journaliste se doit d’être polyvalent et rester professionnel

 

Concernant la deuxième thématique, « Journalistes et utilisation  des médias sociaux comme véritables outil d’information dans la lutte contre l’extrémisme violent » développée par Dr Cyriaque Paré, il a indiqué que plusieurs personnes font l’amalgame entre les médias sociaux et les réseaux sociaux. Les réseaux sociaux ont pour vocation la mise en relation directe entre utilisateurs. Pour ce qui est des médias sociaux, ce sont les plateformes qui permettent de créer des contenus de toutes sortes et de les publier pour les partager avec les autres.

Avec l’avènement du numérique, le journaliste se doit d’être polyvalent et rester professionnel. Comment reconnaître qu’une information est fausse ? Le Dr Cyriaque Paré a partagé avec les participants des outils qui pourront leur permettre de distinguer  une information vraie d’une « Fake news ». Il a également privilégié le réseautage des journalistes pour mieux traiter des questions relatives à l’extrémisme violent. Travailler à tisser le lien entre les forces de défense e de sécurité et les populations pourra certainement aider le pays à venir à bout de l’extrémisme violent.

La formation des journalistes a été saluée par la secrétaire générale du ministère de la communication, Hortense Zida, représentant le ministre de la communication Rémis Djandjinou. « L’initiative est importante pour les médias du Burkina Faso. Notre objectif a toujours été de travailler en synergie avec les médias pour améliorer l’information qui est collectée et diffusée en direction des populations relativement à ce fléau », a-t-elle estimé.

Irmine KINDA

Burkina24

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