Cinéma : à Paris, le Festival des films de la diaspora africaine (Fifda) fait dialoguer les cultures

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Du 9 au 11 septembre se tient à Paris le Festival international des films de la diaspora africaine (Fifda), véritable « fenêtre ouverte sur le monde ». Son organisatrice, Diarah N’Daw-Spech, nous présente la programmation de cette 6e édition.

Jeune Afrique : comment est née l’idée de faire ce festival ?

Diarah N’Daw-Spech : Il vient de notre amour pour le cinéma, et de notre volonté de créer quelque chose autour de cela. Mon mari est enseignant et pédagogue, et il a longtemps utilisé les films pour enseigner les langues. Comme beaucoup de ses élèves étaient de milieux sociaux populaires étrangers, il s’est rendu compte du pouvoir de l’image comme moyen de communication et d’échange. Notre envie était d’offrir ce pouvoir d’ouvrir une fenêtre sur le monde au grand public.

Comment sélectionnez vous les films ?

On nous soumet des films, on nous en a recommandés. Nous nous rendons également aux grands festivals ainsi que dans les événements plus spécialisés, comme le Festival de Cannes, le Festival Africano en Italie, le Fespaco au Burkina…

Y-a-t il une tendance dans les thématiques traitées par les réalisateurs de la sélection présentée cette année ?

On a choisi des films qui interpellent la turbulence de notre société. Le jour de l’ouverture nous projetons le film Image de Adil El Arbi et Bilall Fallah (le film met en scène une jeune journaliste ambitieuse employée par la télévision Belge, mais dont le travail à propos des émeutes à Molenbeek en Belgique va être détourné à des fins sensationnalistes, NDLR), qui sera suivi d’un débat sur le rapport des médias aux banlieues.

Mais il est aussi question des tensions raciales aux États-Unis, dans Supremacy de Deon Taylor. Nous projetons également des films historiques, comme le documentaire de Alfonso Domingo et Jordi Torrent sur quelque chose de peu connu : la participation des Africains-Américains à la guerre d’Espagne.

Nous avons également un certain nombre de films qui mettent en avant les femmes, soient parce qu’ils sont réalisés par une femme, ou parce qu’ils mettent en scène des destins féminins. Dans le documentaire Nos plumes, la réalisatrice Keira Maameri a suivi pendant cinq ans la nouvelle vague littéraire dite urbaine (à travers un dialogue avec les auteurs Faïza Guene, Berthet, Rachid Djaïdani, El Diablo et Rachid Santaki, NDLR).

Dans un contexte où les gens ont tendance à vivre dans des créneaux très réduits – ils ont rarement la possibilité d’accéder directement à d’autres cultures, de connaître d’autres milieux sociaux – ces films humanisent et rapprochent les gens. Nous avons tous des familles, des relations intimes, des problèmes… On se rend compte alors que nous avons beaucoup plus de points communs que de différences. En ce sens, ce festival présente l’humanité de l’homme, et ces longs-métrages sont autant de tableaux, de témoignages de vécus. C’est un regard de l’intérieur.

Quel est votre public ?

Très divers. On a des Américains, des Français, des Africains subsahariens, des Nord-Africains, des Antillais. Mais fondamentalement ce sont des cinéphiles qui viennent chercher une bonne histoire. C’est un moment de découverte pour les gens qui veulent avoir une stimulation intellectuelle.


>> Programmation complète et listes des participants ici.

>> Le Fifda se tient du 9 au 11 septembre au cinéma Étoile Lilas (Paris 20e) et au cinéma La Clef (Paris 5e).

Jeune Afrique