Chroniques de Ramadan : La fête de rupture

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Chaque jour, pendant le mois de Ramadan, l’imam Alidou Ilboudo développe un aspect important à savoir sur le jeûne musulman.

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Le dernier acte de ramadan est la fête. Elle est appelée « aîd el saghir » c’est çà dire petite fête par rapport à la grande fête « aîd el kébir », la tabaski. Elle est aussi aîd el fitr « fête de la rupture » et la tabaski est « aîd el adha », la fête du sacrifice.

C’est un moment de louanges et de remerciement ; les croyants remercient Allah pour la ferveur qu’ils viennent de vivre et l’occasion qui leur a été donnée d’avoir le pardon de leurs fautes. La fête commence dès la vue du croissant, par des louanges, des invocations, des prières. Ce n’est pas bien connu mais le prophète(SAW) a dit : « vivifiez la nuit de l’aîd par la prière et l’invocation ». Ainsi donc le tasbih commence dès ce moment ; on dit entre autres ; soubhanallah,( pureté et gloire à Allah) alhamdoulillah ( louanges à Allah) , allahou akbar (Allah est le plus grand) , la ilaha illallah( il n’ y a de divinité hormis Allah)

Le matin de la fête le croyant satisfait d’abord à l’obligation de la zakat el fitr. Les traditions insistent que la zakat se paie avant la prière pour être valable, sinon elle devient comme une simple aumône. Et comme on peut la sortir depuis l’avant-veille, mieux vaut la faire à temps, sinon avec les préparatifs de la fête , on peut être pris dans les délais. Il est bon que ceux qui veulent passer par les mosquées le fassent trois ou deux jours avant, au plus tard la veille. Le jour même , les collecteurs sont assujettis aussi à l’obligation de la prière et n’ont plus assez de temps pour recevoir et redistribuer.

Le fidèle prendra aussi un repas pour marquer la différence d’avec les journées de ramadan. Après cela il prend un bain et se rend à la prière de l’Aid : c’est un office de deux rakaats suivi d’un sermon et d’invocations. Elle se fait en plein air sauf en cas d’intempérie où on l’exécute dans les mosquées. Elle n’est pas précédée ou suivie de prières surérogatoires. Le sermon est un acte de la prière et les fidèles doivent l’écouter avant de repartir. L’imam reviendra sur les principales leçons reçues en ramadan et sur comment préserver les acquis.

Tout le monde va à la prière même les femmes en état d’empêchement, pour s’associer aux invocations. Aisha( r.a ) rapporte que le prophète (SAW) a demandé aux femmes de prêter un habit à leurs sœurs qui n’en avaient pas pour assister à la prière. On peut glisser deux petites remarques ici :

-les femmes ne s’occupent pas de la cuisine pendant que les hommes vont à la prière. Tout le monde doit y aller. Alors on va s’organiser pour le ménage, la cuisine et la suite.

-si tout le monde va à la prière, alors à qui sont confiées nos maisons ? Nécessairement aux voisins qui ne sont pas musulmans ! D’où la nécessité du bon voisinage. Le moaga dit « c’est ton voisin qui te protège quand tu dors ». Dans ce domaine on a beaucoup à corriger dans notre discours sur les autres.

Il est bon ce jour-là que les croyants se rendent visite, se congratulent et partagent le boire et le manger avec les voisins et les amis. Les réjouissances sont permises dans les limites de l’éthique islamique. La tradition musulmane veut que la fête soit solennelle. Il est conseillé donc d’aller si possible sur le lieu de la prière à pieds, d’y aller par un chemin et de revenir par un autre. Cela crée une organisation spatiale qui occupe l’ensemble de la ville. Evidemment si on y va en voiture, on va créer un embouteillage.

La fête aussi est connue chez nous par la préparation et le partage des repas. Mais ces derniers temps, la redistribution des repas de fêtes est inopérante. D’abord il y a ceux parmi nous qui ne partagent pas le repas des autres et ne peuvent donc pas leur en offrir à l’occasion de notre fête. Qui est fou ? disent les uns. « yalem la waongo ?disent les autres !

Ensuite, toutes les familles préparent parfois les mêmes choses et se refilent les mêmes plats : conséquence, excès de nourriture partout et bonjour les poubelles !

Et la pénurie commence les jours suivants.

Si on avait l’intelligence de partager avec ceux qui sont censés ne pas être en fête et n’ont pas nécessairement préparé, on gagnerait en efficacité. Mais, il faudra aussi partager leur repas en temps opportun.

Enfin pour que les fêtes ne se terminent pas par des deuils, on gagnerait beaucoup à être regardant et très discipliné dans la circulation routière en ces jours de joie.

Les réjouissances sont permises tant qu’elles restent licites. Le prophète(SAW) a autorisé le chant à des servantes le jour d’une fête en disant ceci à Abou Bakr qui voulait les en empêcher : « chaque communauté a ses jours de joie ; aujourd’hui c’est notre jour de joie ».

La règle est que ce qui était interdit avant ramadan, l’était en ramadan et l’est toujours après ramadan : les aliments, les actes et les paroles.

Bonne suite de ramadan

Burkina24.com