Burkina: « Zéphyrin Diabré n’est pas essayable » (Itw. Tambi Kaboré du PPR)

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François Tambi Kaboré est le président du Parti du Peuple républicain (PPR), parti créé en 2015. Ancien fonctionnaire du système des Nations Unies, il est admis à la retraite depuis 2011. Dans cet entretien qu’il a accordé à votre organe www.minute.bf, le président du « parti de l’Etalon » revient sur la vision et les objectifs de son parti, pour les élections à venir. Des questions d’actualité, telles que la lutte contre le terrorisme, la grogne sociale, ont été abordées au cours de cet entretien avec l’ancien chef de cabinet du Chef de file de l’opposition politique burkinabè (CFOP), Zéphirin Diabré.

Minute.bf : Comment se porte le PPR de
François Tambi Kaboré à quelques mois des élections couplées que connaitra le
Burkina Faso ?

François
Tambi Kaboré :
Le parti se porte très
bien. En vue des élections futures, nous allons affiner nos objectifs. Nous
savons ce que nous voulons et actuellement, nous sommes en train d’élaborer la
stratégie qui nous permettra d’atteindre notre objectif. Pour le moment, nous
sommes en organisation structurelle pour mieux affronter le défi de novembre
2020.

Minute.bf : Quelles sont ces
stratégies que vous êtes en train de peaufiner ?

François
Tambi Kaboré :
Il est un peu tôt de
vous les donner. Mais, il faudra comprendre qu’une fois que vous avez défini
vos objectifs, il faut voir les moyens qui vous permettront de les atteindre.
Ces moyens sont à la fois financiers, structurels et organisationnels. Le PPR a
été créé en 2015 et je dois avouer que nous n’avons pas les moyens d’aller très
vite comme certains partis. Nous avons décidé d’adapter notre stratégie aux
objectifs que nous avons définis.

Sur le plan organisationnel, c’est dire que nous sommes conscients que seul, le PPR ne peut pas atteindre certains objectifs. Nous sommes en train de négocier pour arriver à une organisation de plusieurs partis politiques pour aller aux élections.

Minute.bf : N’est-ce
pas là un aveu de faiblesse du PPR, quand vous cherchez aujourd’hui une
organisation de partis politiques pour aller aux élections ? Est-ce à dire
que le PPR n’a pas le poids qu’il faut pour aller seul aux élections couplées
prochaines ?

« Nous voulons changer les mentalités des électeurs et des dirigeants pour que la politique soit un débat d’idée et non un positionnement pour se faire voir… »

François Tambi Kaboré : Au Burkina Faso, les gens analysent l’électorat avec la capacité financière du parti. Quand vous rencontrez les militants, on s’attend à ce que vous fassiez tout de suite des réalisations pour qu’ils voient. Mais les gens ne comprennent pas que nous sommes porteurs d’une conviction, d’une idée, d’une façon de faire la politique. Nous voulons convaincre d’abord les gens pour qu’ensemble, nous apportions le changement adéquat. Cela prend du temps peut-être. A chaque fois que nous rencontrons des militants, certains sont enthousiastes de venir travailler avec nous pour l’atteinte de nos objectifs. D’autres attendent de voir des réalisations. Certains nous demandent de réaliser des forages, et nous savons que c’est un besoin réel. Mais nous n’avons pas les moyens de le faire pour le moment. Ce que nous organisons actuellement, c’est d’aider les populations à avoir leur carte nationale d’identité. Le PPR prend en charge une partie des dépenses. Nous aurions voulu leur donner gratuitement, mais étant donné que la carte d’identité est un acte patriotique, nous demandons aux militants de faire l’effort pour s’en procurer. C’est pour vous dire que ce n’est pas une faiblesse ; nous sommes en train de construire notre base électorale.

Minute.bf : Vous
avez dit que le PPR veut faire la politique autrement. Qu’est-ce qu’on peut
entendre par là ?

François
Tambi Kaboré :
Ce que nous voulons
apporter comme changement est fondamental parce que nous avons constaté que
jusqu’à présent, les militants, les électeurs votent la personne qui leur a
offert des cadeaux ou de l’argent. En réalité, depuis longtemps au Burkina Faso,
les gens achètent les militants et les électeurs. Nous ne voulons plus de cela.

Les populations comprennent de plus en plus, qu’il y a une certaine recevabilité quelque part. Des gens doivent venir rendre compte de leur gestion. Mais une fois que vous vendez votre voix, celui qui l’achète en fait ce qu’il veut. Nous ne voulons plus baser notre électorat sur notre capacité à donner de l’argent ou pas. Nous voulons des gens convaincus, convaincants pour qu’ensemble nous puissions aller de l’avant avec l’intérêt général et nous réaliserons ce que les Burkinabè attendent de leurs dirigeants. Nous voulons mettre fin à cette façon de faire qui consiste à baser la politique sur de l’argent. Nous travaillons sur la base de la conviction. Nous sommes conscients que c’est difficile, mais à chaque fois que nous arriverons à construire quelque chose sur cette base, ce sera une chose de bien stable, soutenable et durable.

Aussi, ce qu’il faut apporter comme changement, c’est inhérent même aux partis politiques. Il faut remarquer que jusqu’à présent certaines personnes créent leurs partis politiques pour se mettre devant parce qu’elles visent quelque chose. Pour nous, le parti politique est là pour rassembler, pour orienter les populations, pour répondre aux besoins des populations et non au besoin d’une seule personne. Quelque chose de difficile à changer, si non, nous ne comprenons pas pourquoi il y a plus de 150 partis politiques au  Burkina Faso. Est-ce qu’il y a cent façons de changer les choses ? Il faut que tout cela change. Il faut que ceux qui animent la vie politique aient en priorité la satisfaction des besoins fondamentaux des populations et non pour venir dans l’intention de se servir. C’est cette double dimension que nous voulons donner à cette façon de faire la politique au Burkina Faso. Arriver à changer les mentalités des électeurs et des dirigeants pour que la politique soit un débat d’idée et non un positionnement pour se faire voir.  

Minute.bf : Est-ce
que François Tambi Kaboré, ancien directeur de cabinet de Zephirin Diabré au
CFOP, ne s’éteint pas lentement de la scène politique burkinabè, après son
exclusion en 2016, de l’Union pour le Progrès et le Changement (UPC) ?

Vous voyez que nous
n’hésitons pas à nous lancer dans la scène politique. Et chaque fois que c’est
nécessaire, nous faisons entendre notre voix, notre façon de faire. Depuis la
création du parti, nous avons fait des animations qui ont été couvertes par la
presse. Nous avons plusieurs fois écrit pour défendre l’idée du PPR. Ça, ce
n’est qu’une façon de vivre en public. 
Mais le plus important, c’est l’implantation du parti. Nous devons créer
une structure de base et cela demande beaucoup plus de patience. Mais nous
sommes aujourd’hui heureux de dire qu’au regard des objectifs que nous avons
définis, sur le plan structurel, nous sommes capables d’animer la vie politique
pour arriver à réaliser nos objectifs. Nous ne sommes pas absents de la scène
politique.

Minute.bf : Vous semblez être
maintenant hostile, dans vos déclarations, aux propos que tient le chef de file
de l’opposition. Dans un passé récent, vous travailliez ensemble. Qu’est ce qui
peut bien expliquer certaines de vos prises de position ?

François
Tambi Kaboré :
Le Chef de
file de l’opposition parle au nom de l’opposition. Moi aussi, en tant que
membre de l’alliance présidentielle, je suis concerné par ses propos. Si j’ai
des idées ou une réaction, je me dois de l’exprimer, pas au nom du PPR le plus
souvent, mais au nom de l’ensemble des partis de l’alliance. Ce n’est pas une
contradiction. Il est dans son devoir de faire ses critiques, moi aussi, je
suis dans mon devoir de répondre à ses critiques là. Mais en tant que personne,
nous exprimons des idées qui peuvent être différentes. Je ne vois pas une seule
idée pour laquelle j’étais d’accord quand j’étais à l’opposition et
qu’aujourd’hui, de ma position à la majorité, je désapprouve. C’est cette façon
de se comporter que nous condamnons ; nous n’aimons pas les retournements
de vestes.

Je trouve que la politique a un minimum de dignité. Ce n’est pas parce que je suis de l’opposition que je dois systématiquement être contre les actions du pouvoir en place. Ce n’est pas une opposition systématique, c’est plutôt une opposition constructive. Mais, à l’opposition, les gens ont eu l’art de retourner leurs vestes très rapidement. (…) L’opposition veut préparer une sorte de contrat qui lui permettra de gagner les élections. Ce contrat, nous l’avons eu dans le passé et que certaines personnes ont cru devoir renoncer. Mais si vous faites ce genre de contrats et qu’il y a des gens qui veulent être au centre de tout, ce n’est pas une bonne chose. Ça doit pourtant marcher, quelle que soit la personne qu’on mettra devant.

« Zéphirin Diabré n’est pas essayable », selon François Tambi Kaboré

Minute.bf : Vous
disiez dans une de vos déclarations à la presse, que Zéphirin Diabré n’est pas
« essayable ». Pourquoi ?

François
Tambi Kaboré :
Imaginez-vous quelqu’un
qui vient vous dire de l’essayer. Moi je n’ai pas besoin de cette personne.
J’ai besoin de quelqu’un qui vient me dire : ‘’voilà ce que je peux faire
pour toi’’ ; une personne qui vient me convaincre de sa capacité à faire
les choses…

Minute.bf : Mais Zéphirin l’a dit sur
la base de son programme politique…

François
Tambi Kaboré :
Mais s’il dit de
l’essayer, cela veut dire qu’il n’est pas convaincu de son programme. Nous
avons besoin de quelqu’un qui est sûr de lui-même ; qui ne vient pas
demander qu’on l’essai, mais pour dire avec conviction ce qu’il peut faire. Il
a eu l’occasion de se faire essayer mais il n’a pas pu le faire. Un homme
politique doit venir dire avec conviction : ‘’voilà ce que je peux faire
pour vous. Maintenant, si vous êtes convaincus, votez-moi’’. C’est une question
de conviction et non d’essai. Et si nous l’essayons et que ça ne marche, que
ferions-nous ? Va-t-il descendre ? Non ! Nous voulons un
programme politique sûr, sur lequel il sera voté et, si à la suite il ne fait
pas ce programme, nous l’enlèverons. Nous ne voulons pas un débrouillage
politique. Nous voulons quelqu’un de sûr.

Minute.bf : Vous
aviez pourtant participé à la rédaction du programme politique de Zéphirin
Diabré pour les élections de 2015. Estimez-vous que ce programme ne soit pas à
même de permettre au Burkina Faso d’aspirer au développement tant souhaité
par les Burkinabè ?

François
Tambi Kaboré :
J’ai vraiment contribué
à développer son programme politique et nous avions donné à ce programme un
corps, une âme pour que, si jamais nous arrivions au pouvoir, que nous
puissions apporter des solutions idoines aux attentes des Burkinabè. J’avoue
sincèrement que ce programme était vraiment applicable, un programme
présidentiel qui peut apporter aux Burkinabè quelque chose de fiable et de
durable. Mais le programme ne vaut que s’il est appliqué. Si aujourd’hui nous
étions au pouvoir et que nous n’arrivions pas à appliquer ce que nous avions
promis aux Burkinabè, ça n’aurait pas de sens. C’est la raison  pour laquelle nous avons besoin de quelqu’un
de fort, sûr et convaincu que son programme n’est pas fait pour un essai mais
pour être accepté.

Minute.bf : Aujourd’hui, vous êtes à la mouvance présidentielle. Quelle appréciation faites-vous de votre gestion actuelle du pouvoir ?

François
Tambi Kaboré :
Je dois vous dire
sincèrement qu’il y a de quoi être étonné. Je n’ai pas participé à la rédaction
du programme du président Roch Kaboré mais je l’ai lu. A travers le Plan
national de développement économique et social (PNDES) dont la mise en œuvre
nécessitait 18 000 milliards avec 60% des ressources nationales et 40% des
ressources externes, c’est un programme très patriotique qui demandait le
concours des uns et des autres pour mobiliser les 60% des ressources demandées.
Avant qu’on aille travailler ensemble, nous sommes tombés dès l’entame dans des
mouvements d’humeur, des sit-in, des grèves, etc.  Toute chose qui handicape  la capacité de mobilisation des ressources du
Burkina Faso. Déjà, on a enlevé un appui et un pilier solide du PNDES en ne lui
permettant pas de mobiliser ses ressources internes.

Un autre blocage qu’il
faut noter, ce sont les attaques terroristes. Dès janvier 2016, le Burkina Faso
a été frappé par ces attaques, ce qui a demandé un certain réaménagement de la
politique gouvernementale.  Ces deux
éléments ont créé des contraintes réelles à la mise en œuvre du PNDES. Si vous
êtes frappés par ces éléments et que vous regardez un tant soit peu les
réalisations qui ont été faites depuis 2016, vous êtes complètement effarés
parce que c’est exceptionnel. Nous avons réalisé beaucoup d’écoles et plus de
7 000 forages. Les femmes ont été soutenues à travers des crédits pour
leurs projets, les jeunes également. Des infrastructures routières ont été
beaucoup réalisées.

Je suis conscient que le peuple ne peut pas être entièrement satisfait parce ce qu’il attendait beaucoup plus que cela. Mais il faut que le peuple sache que, ce n’est pas parce qu’il (Roch Kaboré, ndlr) ne voulait pas le faire. Il a juste été contraint de faire des sacrifices ailleurs, dans la lutte contre le terrorisme. Ainsi, je dis et je confirme qu’au regard des résultats qui ont été atteints, le président Roch Kaboré a fait des performances honorables.

Minute.bf : « A qui profitent les
crimes, les barbaries des terroristes sinon qu’à ceux qui sont contre la
démocratie qui se développe depuis l’insurrection populaire et à ceux qui sont
contre le pouvoir mis en place par les Burkinabè après une élection
transparente? », s’interrogiez-vous dans une de vos déclarations dans
laquelle vous affirmiez que la « fin du terrorisme est proche ». A
qui faites-vous allusion quand vous dites que le terrorisme profite à ceux qui
sont contre la démocratie…?

François Tambi Kaboré : Ma compréhension du terrorisme au Burkina est très simple. C’est un mouvement de déstabilisation et je base cette affirmation sur le faite que dès l’élection du président Kaboré, l’on a subit des attaques terroristes. Pourquoi ces attaques terroristes ? Certainement pour dire que nous ne sommes pas d’accord avec ce qui est en train de se faire. Là, ce n’est pas normale parce que si c’était pour sa gestion, l’on devait lui donner au moins les cent jours pour voir ce qu’il va faire. Mais dès la mise en place de son premier gouvernement, aussitôt, les premières attaques ont commencé. Donc, des gens ne voulaient pas du régime de Roch Kaboré. C’est une guerre de déstabilisation.

Aussi, quand
vous analysez leur façon de faire, on se dit qu’il y a un objectif qui est
véritablement recherché. Au début vous avez pu le constater, c’est le café-restau
Cappuccino qui a été visé. Un lieu de réjouissance, un lieu de rassemblement de
Burkinabè et d’étrangers. On a voulu mettre fin à cela, on a voulu que les gens
aient peur de sortir mais la capacité de résilience des Burkinabè a fait que
cet objectif n’a pas été atteint. Donc, ils ont changé de mode opératoire en
s’attaquant à nos symboles comme l’Etat-major des armées burkinabè.

Imaginez un peu les Burkinabè qui se réveillent un jour et se rendent compte que le point névralgique de leur système de défense a été attaqué. C’est un découragement, non seulement pour les Burkinabè mais aussi pour les Forces de défenses et de sécurité. Là aussi on a opposé notre capacité de résistance. Ensuite, ils vont s’attaquer à des églises, à des temples, à des mosquées pour toucher à notre vivre ensemble. Je peux continuer à citer des exemples, on a mis des mossis contre des peulh, des peulh contre les mossis. En fait, c’est une stratégie qui a été déroulée pour dire que le régime de Roch Kaboré est incapable. C’est pour cela que, dans une de mes publications, j’ai dit à l’opposition : ‘’faisons attention, lorsqu’une maison brûle, essayons d’éteindre le feu avant de chercher ceux qui ont mis le feu’’. Mais dès le départ, on scandait que le gouvernement est incompétent, l’on a même demandé le départ du ministre de la défense. On a perdu notre temps dans des considérations secondaires au lieu de voir le vrai problème. Heureusement qu’après le dialogue politique qui a recentré un peu cette façon de faire, l’on a essayé d’aller ensemble, opposition, majorité et population entière, pour s’attaquer contre le terrorisme. Et je crois que le président Kaboré a bien trouvé le moyen pour le faire, en appelant à l’union sacrée.

Là encore, il se trouvait des gens pour remettre en cause cela. On a dit aussi que les populations doivent contribuer dans la lutte contre le terrorisme et l’une de leur contribution devait se faire à travers le recrutement de volontaires. Là aussi, il y a des gens qui ont émis des réserves. Mais il faut savoir que la majorité elle-même, en élaborant la contribution des volontaires, a émis des réserves parce qu’elle savait très bien que cela peut être la porte ouverte à la formation des milices. C’est pour cela que l’on a mis du temps pour le faire. Donc, moi, ma compréhension n’a pas changé, c’est une guerre de déstabilisation. Qui veut déstabiliser le Burkina ? Je ne peux pas vous donner un nom mais voyez à qui profite le crime…

Minute.bf : La lutte contre le terrorisme perdure depuis plus de 5 ans. Vous qui êtes aujourd’hui de la mouvance présidentielle, quelles propositions avez-vous à faire pour que le Burkina Faso sorte vainqueur de cette lutte?

« Nous sommes de l’Alliance des partis de la majorité présidentielle, notre candidat c’est Roch Marc Christian Kaboré… »

François
Tambi Kaboré :
Il faut rappeler que
Burkina Faso n’avait vraiment pas une expérience dans la lutte contre le
terrorisme. Nous étions obligés d’innover et d’apporter des réflexions dans
cette nouvelle guerre qui a été imposée.

Ce sont des faits qui montrent que la lutte contre le terrorisme est au centre de la réflexion des décisions du président Roch Marc Christian Kaboré. Il a mis en place un comité chargé de réfléchir sur la stratégie de lutte contre le terrorisme, qui va bientôt déposer son rapport. Je vois cela comme un effort intellectuel. Il a demandé à tous les hommes politiques de se mettre ensemble pour qu’on lutte contre le terrorisme parce que ce n’est pas le MPP (parti au pouvoir, ndlr) qui est attaqué, ce n’est pas le président qui est attaqué mais c’est le Burkina qui est attaqué. Ainsi, lorsque le Burkina est attaqué, tout le monde est concerné. Indépendamment même de tout cela, on nous dit que nous n’avons pas de stratégie. Il faut aussi savoir qu’au-delà de tout, l’on a mis énormément de moyens pour former et organiser l’armée burkinabè qui n’avait véritablement pas d’expérience dans la lutte antiterroriste. Donc, il fallait organiser le renseignement, organiser l’implantation physique de nos structures de police, de gendarmerie pour qu’elles soient présentes quand il est nécessaire. Mais cela demande beaucoup d’argent. L’on a également commandé des équipements plus ou moins adaptés à cette lutte. Tout cela demande énormément de moyens. Je ne vais pas donner les chiffres pour des raisons stratégiques mais il a été dit qu’il y a eu des moyens qui ont été déployés pour que l’armée soit véritablement opérationnelle. Le constat est là, il y a une évolution positive sur le terrain. Maintenant, on parle de plus en plus de terroristes neutralisés que de perte en vies humaines au sein de nos FDS. Cela veut dire que nous sommes en train de gagner en maturité dans cette lutte et je suis sûr que bientôt on connaitra la fin du terrorisme.

Minute.bf : Revenons à la politique. Que devient l’Union pour la Démocratie et le
Progrès qui regroupait l’Alliance des Jeunes pour l’Indépendance et la
République (AJIR), le Front des Forces Socialistes (FFS), le Parti du Peuple
Républicain (PPR) et le Rassemblement pour la Démocratie et le Socialisme
(RDS), présentée à la presse le 6 décembre 2017, et qui veut œuvrer pour la
paix, la cohésion sociale et l’unité nationale ?

François
Tambi Kaboré :
L’UDP en
tant que coalition de parti a connu des problèmes de développement. Certains
partis qui la constituaient ont connu des problèmes internes. D’autres ont été
divisés en deux, ou ont connu des problèmes au niveau de leur structure. Dans
ces conditions, on ne pouvait pas aller de l’avant. Il fallait alors aller
« molo-molo » comme on le dit. Aussi, c’est malheureux de le dire,
mais en cheminant ensemble, nous nous sommes rendu compte que nous dormons sur
la même natte mais nous n’avons pas les mêmes objectifs. Certains avaient des
objectifs beaucoup plus personnels. Ces trois éléments ont fait que l’UDP n’est
pas allée loin. Mais l’idée de se rassembler, comme je l’ai dit plus haut, est
encore là et je crois que vous allez entendre parler d’ici là de cet effort de
regroupement. C’est vrai que les partis qui constituent l’UDP sont dispersés
mais le noyau central qui travaille sur cette question demeure.

Minute.bf : Quels sont les partis probables qui vont alors cheminer avec vous ?

François
Tambi Kaboré :
Non, je ne veux
pas le dire parce que je ne suis pas à cent pour cent sûr que ces partis qui sont
concernés vont toujours rester ensemble. J’avais la conviction que l’UDP irait
très vite, ce qui n’a pas été le cas. Compte tenu de cette expérience, je me
permettrais de taire les noms de ces partis mais je confirme et affirme l’idée
d’aller vers un regroupement pour être plus efficace.

Minute.bf : En novembre prochain, si tout va bien, les Burkinabè iront aux urnes pour
choisir leur représentant à la tête de l’État. Quelle sera la stratégie de ce
regroupement ou, spécifiquement du PPR pour ces élections? Le PPR aura-t-il un
candidat ou bien, le candidat viendra de l’UDP?

François
Tambi Kaboré :
Je vous
disais d’entrée de jeu que nous avons bien ciblé nos objectifs. Cela veut dire
que nous savons exactement ce que nous voulons faire pour ces élections à
venir. Nous sommes de l’Alliance des partis de la majorité présidentielle,
notre candidat c’est Roch Marc Christian Kaboré qui a déjà affirmé qu’il sera
candidat à l’élection présidentielle de 2020. Je ne vois pas l’opportunité ni
la justesse d’avoir un autre candidat que lui surtout que nous sommes satisfaits
des résultats qu’il a réalisés. Ce qu’il faut maintenant, c’est de faire en
sorte qu’autour de lui, il puisse avoir les moyens d’améliorer sa gouvernance.

Donc nous volons tout faire pour qu’il soit confortablement élu, au premier tour si c’est possible. Aussi, nous voulons qu’il soit majoritaire au niveau de l’assemblée nationale et au niveau des mairies qui sont des structures de proximité de gestion. Pour pouvoir remplir ces objectifs, il va falloir que chaque parti ou chaque coalition de parti travaille pour avoir le maximum de député ou le maximum de conseillers municipaux. Le PPR va certainement présenter des candidats aux élections municipale et législative mais pour l’élection présidentielle, notre président de soutien c’est Roch Marc Christian Kaboré.

Minute.bf : Vous parliez de coalition, on sait qu’à l’UPC il y a eu beaucoup de soucis
avec vos anciens camarades. Il y a eu des démissions, il y a des militants qui
ont été exclus. Si on prend le cas de Elysée Kiemdé qui a créé son parti,
est-ce qu’aujourd’hui le PPR entend travailler avec le parti de ce dernier pour
aller aux élections ?

François
Tambi Kaboré :
Il n’y a
rien qui l’empêche de le faire. Seulement, pour faire quelque chose de durable,
il faudra que l’on s’assoit et que l’on essaie de bannir les intérêts
individuels. Il y a effectivement les treize députés qui ont quitté le groupe
parlementaire UPC. Ils ne sont pas vraiment partis mais à un moment donné, il
va falloir qu’ils se déterminent. En tout état de cause, j’ai toujours dit que
nos alliés fidèles et naturels c’est ceux avec qui on était à l’UPC parce qu’on
partageait les mêmes idées. C’est simplement certaines raisons qui nous ont
conduits à quitter l’UPC. Mais la conviction d’apporter le meilleur qui est en
nous pour notre pays reste. Donc, il n’est pas exclu qu’on travaille ensemble.

Minute.bf : Vous appréciez beaucoup la gestion du président Kaboré, pourtant les
populations se plaignent toujours. Il y a la grogne sociale avec les mouvements
d’humeurs à n’en point finir. Quel message avez-vous à l’endroit des
populations « impatientes » ?

François Tambi Kaboré : J’ai conduit une mission de l’APMP à Kombissiri, à Pô, à Manga et dans d’autres localités du Burkina Faso. C’était dans le but de rendre compte aux populations, de la gestion du président. Comme je l’ai dit plus haut, nous sommes conscients que tout le monde n’est pas satisfait. Même si les choses étaient allées normalement, il y aura toujours des éléments d’insatisfaction. A Kombissiri, il y a une dame qui s’est levée pour dire : ‘’Vous avez dit que vous avez fait des écoles mais je n’ai pas vu une école à côté de moi’’. Heureusement que les autorités qui étaient venues ont pris la parole pour lui donner la liste des écoles réalisées. C’est pour vous dire que souvent, c’est peut-être par ignorance que certaines personnes agissent. Mais ceux qui estiment que telle ou telle chose n’a pas été réalisée et qui sont fondés de le dire, doivent savoir qu’on ne peut pas répondre à ces besoins en un seul moment. C’est par étape que les réalisations seront faites dans tous les secteurs.

Vous parliez aussi de fronde sociale. C’est une question qu’il faut régler. Personne ne dit que les travailleurs n’ont pas le droit de revendiquer. Tout travailleur a le droit d’avoir de bonnes conditions de vie et de travail. Mais en tant que premier responsable de ce pays, le président Kaboré doit aussi avoir une vision longue. Ce n’est pas la peine de satisfaire certaines choses si vous savez que cela peut compromettre l’avenir de votre pays. Comme j’ai eu à le dire, nous n’avons qu’un seul gâteau. Tous les efforts des uns et des autres doivent contribuer à développer ce gâteau. Si nous prenons le gâteau pour le diviser entre nous, à la fin nous n’aurons rien à faire. C’est cette garantie que le président cherche à donner. C’est la raison pour laquelle il a demandé cette rencontre de remise à plat des rémunérations. Mais il y a eu des gens qui ont refusé de participer à ce processus et c’est décevant. On ne pilote pas à vue. On pilote avec des objectifs, avec une vision.

Propos recueillis par Armand Kinda

Minute.bf

Source : Minute.bf

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