Burkina : selon l’avocat Yérim Thiam, le procès de Bassolé, Koné et Yaméogo est « purement politique »

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Alors que se poursuit le procès des 84 coaccusés soupçonnés d’être les cerveaux du putsch manqué de septembre 2015 au Burkina Faso, Me Yérim Thiam, l’un des avocats de Léonce Koné, Hermann Yaméogo et du général Djibrill Bassolé, assure à Jeune Afrique que ses clients sont innocents.

En attendant les plaidoiries, 84 accusés ont défilé l’un après l’autre, depuis juin dernier, devant le tribunal militaire délocalisé pour l’occasion dans la Salle des banquets de Ouaga 2000.

Alors que les témoignages des généraux Gilbert Diendéré et Djibrill Bassolé, cerveaux présumés du coup d’État manqué de 2015, est très attendu par les Burkinabè, l’ancien bâtonnier du Sénégal, Me Yérim Thiam, l’un des avocats du général de gendarmerie, assure que son client est innocent. Tout comme Léonce Koné et Me Hermann Yaméogo, il est poursuivi dans ce dossier pour « complicité d’attentat à la sûreté de l’État » et de « coups et blessures volontaires ».


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Veux routier du barreau ouest-africain, Me Yérim Thiam, ancien ministre des Affaires étrangères du président Senghor, répond aux questions de JA.

On s’attaque à des adversaires politiques pour les obliger à reconnaître un coup d’État qu’ils n’ont ni demandé, ni suscité

Jeune Afrique : Le procès des 84 accusés dans l’affaire du putsch manqué de septembre 2015 entame sa phase décisive avec la fin des auditions. En tant qu’avocat de la défense, comment appréciez-vous le déroulement des débats ?

Me Yérim Thiam : Je n’ai pas été souvent présent à l’audience. Je défends trois clients dans cette affaire : Léonce Koné et Hermann Yaméogo, déjà entendus, et le général Djibrill Bassolé. Je trouve désolante la façon dont le Parquet et la partie civile ont présenté les faits. De toute évidence, il s’agit d’un procès purement politique. On s’attaque à des adversaires pour les obliger à reconnaître un coup d’État qu’ils n’ont ni demandé ni suscité. Aucun n’était présent lorsque les actes préparatoires au coup d’État ont été posés, et aucun n’a aidé les militaires qui l’ont accompli.


 

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Je ne vois pas comment l’on va prouver que mes clients sont coupables des crimes de complot ou d’actes préparatoires de complot visés par les textes burkinabè. Parce que vous avez reçu de l’argent quatre, voire cinq jours après le putsch ? Parce que vous avez fait une manifestation après le coup d’État ? Parce que vous avez dit que vous souteniez le coup de force ? Comment pouvez-vous être complices de militaires qui ont, seuls, pris la décision de faire ce qu’ils ont fait ?

Cette somme n’a en rien servi à financer le coup d’État

Il y a tout de même eu la prise en otage du gouvernement de la Transition et la proclamation de la prise de pouvoir par le Conseil national de la démocratie (CND)…

Oui, bien entendu. Je parle de « procès politique » au sujet de mes clients, qui ne sont nullement responsables de la prise d’otage des membres de la Transition ou même des complots visant à prendre le pouvoir. On a essayé de leur dire qu’ils avaient reçu de l’argent collecté en Côte d’Ivoire, chez des amis. Cette somme [50 millions de francs CFA, ndlr] n’a en rien servi à financer le coup d’État, qui était déjà réalisé quand l’argent est arrivé.

L’argent leur a été remis pour financer des activités politiques, prévues de longue date

L’accusation soutient que le coup de force a été financé depuis la Côte d’Ivoire. Qu’en est-il exactement de ces 50 millions de francs CFA récoltés en Côte d’Ivoire ?

L’accusation n’a absolument pas rapporté la preuve de sa thèse. L’argent leur a été remis pour financer des activités politiques prévues de longue date. Nous étions à l’approche des élections présidentielle et législatives [initialement prévues le 11 octobre 2015, ndlr]. Le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP, alors au pouvoir) devait se préparer et mobiliser des ressources. Les banques étaient fermées, les frontières aussi. Des amis politiques, en Côte d’Ivoire, ont trouvé ce moyen pour faire parvenir l’argent au Burkina. Mais c’était bien après la réalisation du coup d’État.

Ni le Parquet ni la partie civile n’ont prouvé que mes clients faisaient partie des comploteurs

À aucun moment le Parquet ni la partie civile n’a prouvé que mes clients faisaient partie des comploteurs. Ceux qui ont organisé ce putsch n’étaient sûrement pas Léonce Koné et Hermann Yaméogo, et encore moins le général Bassolé. Il est vrai que Koné et Yaméogo ont reçu de l’argent, mais c’était après le coup d’État. Comment donc auraient-ils pu le financer si celui-ci était déjà exécuté ? Cela me paraît farfelu.

Voulez-vous dire qu’ils n’ont aucun lien avec le putsch ?

Mes clients sont parfaitement innocents, c’est pourquoi nous réclamons l’acquittement.

Les fameuses écoutes téléphoniques supposées entre le général Bassolé et Guillaume Soro, président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, constituent pourtant une pièce maîtresse de l’accusation…

Attendons que le général Bassolé soit entendu par le tribunal. Je peux vous assurer que ces écoutes sont arrivées de manière extrêmement curieuse dans le dossier. On ignore qui est l’auteur de ces enregistrements et à quel moment elles ont été faites. En outre, Djibrill Bassolé les conteste formellement. Nous discuterons, le moment venu, de l’attitude du juge d’instruction, qui a reçu cette pièce à conviction tirée d’un chapeau…

Jeune Afrique