Burkina : Lorsque l’avortement est préféré à la contraception

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La caravane de presse qui sillonne le Burkina dans le cadre de la campagne 100 jours pour convaincre sur la planification familiale,  a constaté que  dans la région du Centre-Est, précisément dans la province du Boulgou, les cas d’avortements clandestins sont nombreux.

Le médecin chef du CMA de Tenkodogo,  Kagoné Mamoudou,  évoque la non adhésion des femmes à la planification familiale pourtant portée à cœur par la campagne 100 jours pour convaincre dans le cadre du projet d’autonomisation des femmes au Sahel et de l’atteinte du dividende démographique, SWEDD. Selon le médecin, les pesanteurs sociales influencent négativement la pratique de la contraception, notamment chez les femmes.

Pesanteurs

 «Imaginez une femme dont son mari a migré par exemple en Italie pendant 2, 3,  souvent 10 ans, c’est mal perçu par la société qu’une femme dont son mari est absent vienne faire une méthode de planification familiale, dit-il. C’est à quelle fin cette contraception si ce n’est tromper son mari parti à l’aventure ? C’est le stéréotype qui prévaut ici ». Le taux d’utilisation de la contraception au CMA de Tenkodogo est seulement de 15,33%. Par ailleurs, Dr Kagoné souligne que le CMA a enregistré en 2017, 146 cas de traitements après avortement. C’est le même constat dans les autres formations sanitaires de la province.

 Guiguemdé Xavier, infirmier chef du district sanitaire de Boussouma, donne la situation de son CSPS : « nous avons environ 50 accouchements par mois. Pour la planification familiale, on tourne autour de 13%  d’adhérents pour ce qui est des femmes en âge de procréer. Ce manque d’adhésion s’explique par le fait que beaucoup de maris partent à l’aventure. Et beaucoup de femmes restent pendant de longues périodes sans leurs maris et avec ça, vous savez bien que ce n’est pas possible dans ces conditions-là d’adopter des méthodes contraceptives ».

 Pour ce qui est des soins après avortement, M Guiguemdé reconnait qu’il en existe. «Les concernées sont les jeunes filles et même les femmes mariées. Nous avons au moins 5 cas par mois. La majeure partie de ces avortements sont provoqués  et cela s’explique par la non adhésion aux méthodes contraceptives », dit-il.

Sensibiliser

Les différents acteurs sur place ne restent pas les bras croisés face à cet état de fait.  Pour résoudre ce problème, affirme M. Guiguemdé,  « on fait beaucoup de sensibilisation et on a des représentants au niveau des villages qui nous aident beaucoup. Nous avons aussi associé des leaders d’opinion à la lutte, notamment les responsables coutumiers, religieux et administratifs et des partenaires comme paf Finder qui nous aident dans le cadre de la formation des agents de santé pour améliorer nos compétences ».

La campagne 100 jours pour convaincre sur la planification familiale sillonne ces régions pour aider ces formations sanitaires dans la sensibilisation à travers différentes activités entrant dans le cadre du projet SWEDD.  En plus de la caravane de presse,  une équipe de prestation de service  fait le dépistage des cancers du sein et du col de l’utérus mais aussi la promotion des méthodes modernes de planification familiale qu’elle propose et offre sur place.

Une autre équipe de plaidoyer  rencontre les leaders religieux et coutumiers afin d’exposer les problèmes liés à la non adhésion à la planification familiale, mène des discussions avec ceux-ci, écoute leurs proposions et généralement à la fin,  ces leaders prennent des engagements qu’ils porteront à leurs fidèles pour montrer le bien-fondé de la planification familiale.

Adams OUEDRAOGO

Pour Burkina24

Burkina24.com