Burkina : l’économie verte en Afrique passée au peigne fin au Rebranding Africa Forum 2018

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Ouagadougou accueille, les 5 et 6 octobre, la cinquième édition du Rebranding Africa Forum (RAF), placée sous le thème «Défis et opportunités de l’économie verte en Afrique». Une première, puisque ce rendez-vous, né en 2014, s’était jusque-là tenu dans la capitale européenne pour fédérer les énergies africaines en vue de soigner l’image du continent. A l’occasion de cette première édition en terre africaine, la journée du vendredi 5 octobre a été consacrée à trois panels. Notamment «L’économie verte en Afrique : état des lieux, enjeux et défis» ; «Financer la transition écologique : modalités et perspectives»  et «Investir dans l’économie écologique en Afrique : opportunités et secteurs clés.»

Vu des Nations-Unies, Juliette Biaou, directrice et représentante régionale ONU, bureau Afrique à Nairobi (Kenya), «sans vouloir complètement peindre le tableau en noir», estime que l’Afrique dépense environ 191 milliards de francs CFA pour importer des produits alimentaires. Ceci, du fait de l’exploitation illicite des ressources naturelles (la flore, la faune, l’exploitation minière illégale, les pêcheries non règlementées etc.) «Ce que l’Afrique perd dans la période post-récolte s’élève à plus de 45 milliards de francs CFA par an. Et l’économie africaine est 20 fois moins productive que les autres économies sur le marché mondial», fait remarquer Mme Biaou. Selon elle, ce sont environ 20 millions de jeunes qui compétissent chaque année autour de trois millions d’emplois disponibles sur le marché mondial, 50% de femmes qui enterrent leurs enfants avant l’âge de 5 ans, 600.000 morts prématurés qui sont enregistrés à cause de la pollution interne du fait de l’utilisation de la biomasse pour l’énergie en Afrique. Et si le coût élevé de l’accès à l’énergie se poursuit, il faut attendre 2080 pour que l’accès pour tous à l’énergie en Afrique puisse se réaliser selon l’Atlas sur les ressources en énergie en Afrique de la Banque Africaine de développement et ONU-environnement. Ce qui veut dire que la majorité des pays africains continueront toujours d’utiliser la biomasse pour l’énergie. Et comme note sur l’état actuel de l’économie verte sur une échelle de 1 à 10, Juliette Biaou  donne entre 4 et 5 au continent africain.

La prise de conscience environnementale par les Africains

Mais pour Nestor Batio Bassière, ministre burkinabè de l’Environnement, de l’Economie verte et du Changement climatique, la notion de l’économie verte est un engagement pour le gouvernement Burkinabè. En témoigne la dénomination de son ministère dit-il : «Vous avez un ministère de l’Environnement, de l’Economie verte et du Changement climatique. Cela veut dire que pour pouvoir mieux préserver l’environnement, il faut maitriser les questions liées aux changements climatiques», affirme le ministre Bassière. Sur la probable note à attribuer au Burkina, Nestor Bassière indique qu’au regard de la mise en œuvre du processus de l’académie nationale sur la mise en œuvre de l’économie verte, c’est aux observateurs de donner une note au Burkina.

Sur les modalités et les perspectives du financement écologique, Rosine Sori Coulibaly, ministre de l’Economie et des Finances du Burkina fait d’abord remarquer que le Burkina a connu une baisse de11% de la production céréalière parce qu’il n’a pas plu suffisamment en 2017. Selon Mme le ministre, si rien n’est fait au niveau du dérèglement climatique, c’est 5 à 20% du Produit intérieur brut (PIB) mondial que perdent les Etats africains. Rosine Coulibaly estime qu’il est important que les Africains aient une conscience environnementale, écologique en changeant de comportement. «Nous n’avons pas la règlementation et les textes qu’il faut pour encourager les populations à avoir les comportements qui préservent la nature. Le système que nous avons au niveau fiscal devait nous permettre de le faire mais nous n’en faisons pas le meilleur usage», estime Rosine Coulibaly. La ministre de l’Economie du Burkina ajoute aussi que les cadres des pays africains dans les centres de recherches, doivent avoir d’autres outils ou instruments afin de voir la qualité des budgets élaborés et voir le cadre macroéconomique de façon globale.

Le troisième panel a permis aux experts de se pencher sur la problématique de l’investissement dans l’économie écologique en Afrique, les opportunités et les secteurs clés. Tout en rappelant que les opportunités en termes d’investissements se trouvent à plusieurs niveaux, Lamine Ouédraogo, directeur général de l’Economie verte et du Changement climatique au Burkina indique que la conscience écologique est en marche à son rythme.

Il cite donc les opportunités d’ordre général, juridique, institutionnelle, politique, financière qu’offre le Burkina à ses partenaires. Lamine Ouédraogo conclu qu’on ne réussira pas la transition écologique sans le secteur privé. Une journée riche en enseignements selon Christian Adovelande, président de la Banque Ouest-Africaine de développement (BOAD) à qui est revenu l’honneur de mettre fin à cette première journée d’échanges qui se poursuit par les Networking et les rencontres B to B ce samedi   octobre.

Fasozine