Burkina: De l’autorité de l’Etat

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Parce que s’il est « fort », il y a risque qu’il nous écrase et que « faible » nous périssons, il est nécessaire pour l’Etat burkinabè, qui n’a pas totalement démissionné de son rôle, mais s’est éclipsé, de réapparaitre et de trouver le juste milieu. Pour éviter que l’anarchie ne s’installe avant de remédier à la situation.    

Le 29 décembre 2015 le chef de l’Etat prenait l’engagement d’« instaurer un dialogue social fécond avec tous les Burkinabè » à même de permettre de briser les chaines de la misère pour « construire, dans la tolérance et la discipline républicaine, une nation forte, digne et respectée ».

D’un côté cela implique selon Roch Marc Christian Kaboré que « nous reconnaissions à l’Etat (…) son autorité, toute son autorité dans le fonctionnement harmonieux et régulier des institutions républicaines afin de garantir une bonne gouvernance au profit de l’ensemble des citoyens ». De l’autre cela exige, dit-il, que « nous sachions, dès à présent, contenir nos égoïsmes personnels, bannir nos divisions stériles, combattre l’intolérance et l’incivisme rampant, pour construire ensemble une alliance de progrès, à même de porter les ambitions de développement du pays ». Cet appel et cette exigence en provenance du sommet de l’Etat témoignent d’une lucidité et d’une bonne lecture sans précédent. Le président du Faso ne savait pas si bien dire.   

Mi-avril 2016, soit environ cinq mois après son investiture,  premier cas d’incivisme notoire (en raison du lieu et des auteurs) en provenance de Nagaré dans la Tapoa à l’Est du pays. Suite à un « malentendu » entre un élève de 3e, Timothée Lompo, par ailleurs chef de la classe et délégué général adjoint du comité des élèves du CEG de Nagaré, et son prof de maths, les élèves saccageront et  brûleront les biens de leurs enseignants.

Le drapeau « par excellence le symbole le plus visible et le plus représentatif du pays » qui flottait dans la cour de l’école sera « enlevé », « déchiré en deux », utilisé  pour « essuyer leur sueur » pour enfin être laissé « traîné ça par terre ». Un cas parmi tant d’autres non moins répréhensibles. C’est le cas de Tikaré le 8 janvier, Koudougou et Boussé à la même date du 16 janvier.

« Pas d’accord avec la mesure d’interdiction »

S’interroger sur l’autorité de l’Etat sans évoquer la question du groupe d’auto-défense Koglweogo, c’est ne pas relever à quel point l’Etat n’a jamais été autant défié par des individus qui remettent sa légitimité en cause. L’ampleur des propos tenus par certains membres permet de se faire une idée. Le site WakatSéra en a rapporté suite au rassemblement du samedi 10 janvier autour du stade municipal Issoufou Konombo avec pour destination finale la cour royale du Mogho-Naaba.

« Nous ne sommes pas d’accord avec la mesure d’interdiction (arrêté ministériel ndlr). Nous avons installé notre organisation pour notre sécurité et celle de nos biens. Si le Haut-commissaire (de la province du Houet, Lamine Soulama), Aly Konaté (Chef des Dozos de l’Ouest) et Bamory (Chef des Dozos de Karagngasso) peuvent faire de telle sorte que nous soyons en sécurité avec nos biens, nous allons tout naturellement cesser nos activités ». Cette déclaration est attribuée à Seydou Madi Ouédraogo, se présentant comme étant le chef de la délégation de Karangasso Vigué.

« Si l’Etat est fort, il nous écrase. S’il est faible, nous périssons », Paul Valéry. C’est là où la nécessité d’un équilibre entre les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire doit prévaloir. Un équilibre qui permettra à l’autorité de jouer pleinement son rôle sans bavures, même si force est de constater que dans le cas Burkina Faso,  la faiblesse de l’Etat est perceptible. A chacun de faire sa déduction.

Oui KOETA

Burkina24

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