BBDA : Le DG explique le projet de renforcement de la filière musique et ses nouveaux modèles économiques

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BBDA : Le  DG explique le projet de renforcement de la filière musique et ses nouveaux modèles économiques

Le 22 mai 2019, devant les États membres du Comité de développement de la propriété intellectuelle (CDPI) réunis à Genève à l’occasion de la 23e session, le directeur général du Bureau burkinabè du droit d’auteur (BBDA) a défendu un projet dans le domaine de la musique. Wahabou Bara a reçu la confiance de ses pairs. En plus du Burkina Faso, d’autres pays seront bénéficiaires de cette initiative qui va couvrir la période 2020-2022. « Renforcement de la filière musique et ses nouveaux modèles économiques au Burkina Faso et dans certains pays de l’UEMOA », c’est l’intitulé du projet. Dans cette interview, le premier responsable du BBDA explique ce qui a motivé la création dudit projet et les activités qui seront menées.

Lefaso.net : Débutons par ce qui fait l’actualité au BBDA avec le paiement des droits des artistes et créateurs. Quelques temps avant cette opération, des rumeurs de blocage du fait de mouvement d’humeur ont circulé. Finalement les artistes et créateurs passent à la caisse. De quoi s’agissait-il exactement ?

Wahabou Bara : J’ai aussi lu sur les réseaux sociaux qu’il semblerait qu’il puisse avoir des manifestations pour empêcher le paiement de la répartition des droits. Mais je crois que les différentes parties ont fait preuve d’élévation. Vous le constaterez, le paiement se fait dans une ambiance bon enfant. Nous nous en tenons à cela.

Peut-on connaitre la masse à partager pour cette session ?

Ce sont plus de 300 millions qui sont partagés aux titulaires des catégories musicales, des arts graphiques et plastiques, des réalisateurs dans la catégorie audiovisuelle.

En fin mai à Genève, en Suisse, vous avez décroché un projet dans le domaine de la musique. Est-ce un projet porté par le Burina Faso à travers le BBDA ou bien c’est un projet commun avec d’autres pays de l’UEMOA ?

C’est un projet du Bureau burkinabè du droit d’auteur (BBDA) qui est parti du constat que la filière musique est porteuse dans le secteur culturel, mais que ce secteur, par un déficit de structuration, n’arrive pas à déployer tout le potentiel requis. Au BBDA, nous avons monté ce projet intitulé « Renforcement de la filière musique au Burkina Faso ». Nous l’avons proposé au sein du CDIP (Comité de développement de la propriété intellectuelle).

Il faut dire qu’au niveau de l’OMPI (Organisation mondiale de la propriété intellectuelle), chaque délégation des pays membres soumet un projet, lequel projet est présenté à l’appréciation des pays membres. Si le projet est pertinent et répond au plan d’action ou aux recommandations de l’OMPI, il est retenu et ce fut le cas du projet de la musique porté par le BBDA.

Il y a d’abord eu un premier assentiment de certains pays avec des observations d’autres délégations. Ces observations ont été intégrées et présentées le 22 mai. À l’unanimité, il a été adopté. Dans l’optique d’opérer une dynamique sous-régionale, l’OMPI a souhaité étendre ce projet aux pays de l’espace UEMOA. C’est donc un projet pilote rebaptisé « Développement de la musique au Burkina Faso et les nouveaux modèles économiques dans l’espace UEMOA » pour une durée de 30 mois, de 2020 à 2022, avec trois ou quatre pays pilotes.

Le Burkina Faso a été l’initiateur du projet, mais au finish plusieurs pays en seront bénéficiaires. L’enveloppe globale affectée ne sera-t-elle pas éclatée, de sorte à ce que le BBDA bénéficie d’une portion congrue ?

Dans le plan d’action de l’OMPI, tout projet que soumet une délégation doit répondre à son plan d’actions et à ses recommandations. La dynamique de l’espace UEMOA est privilégiée parce que quand vous prenez des pays comme le Burkina, la Côte d’Ivoire ou le Sénégal, c’est à peu près les mêmes problèmes concernant par exemple la filière musique.

En Côte d’ivoire, au Sénégal, il y a un problème de structuration même si le niveau est plus avancé que le Burkina. Il y a la gestion de l’environnement numérique est un problème partagé. Dans le même continent donc, il faut trouver des pays qui ont sensiblement les mêmes défis et dont le niveau de développement n’est pas très grand, et qui peuvent porter ces projets.

Par contre, dans ces projets si vous mettez des pays anglophones comme l’Afrique du Sud ou le Kenya qui sont des pays très avancés, mais qui, au niveau des législations, n’ont pas les mêmes points de vue, ce n’est pas évident. Dans les pays francophones, la législation est plus favorable aux titulaires de droit qu’aux auxiliaires de la création. Dans les pays anglophones, c’est le contraire. Donc c’est ceux qui ont l’aspect économique qui sont plus mis en avant que ceux qui sont plutôt dans la création intellectuelle.

C’est au regard de tous ces paramètres que nous avons travaillé à ce que ce projet soit dans l’espace UEMOA pour que sa dynamique, avec les différentes directives qui ont été prises dans d’autres filières, soit saluée. Ce genre de projet peut déclencher un processus de directive au niveau de l’UEMOA pour faciliter la structuration de la filière musique. Je crois que ce sont tous ces éléments qui permettent à ce projet d’avoir cette dynamique globale.


Quels sont les objectifs visés par ce projet ?

Il vise d’abord une meilleure utilisation des droits des propriétés intellectuelles dans le processus de création, de production et de diffusion des œuvres musicales. L’écosystème musical est caractérisé par une fragmentation des différents acteurs, des corps de métiers, ce qui fait que bon nombre de titulaires de droit ne savent pas comment utiliser ce droit de propriété intellectuelle à des fins de création, de production et de diffusion.

Deuxième objectif, avec l’explosion du numérique, nous sommes confrontés à des offres illégales avec des licences multi-territoriales. Il est difficile pour un État d’identifier ces plateformes qui se distinguent par leur mobilité très rapide. Par contre, en mutualisant nos actions, l’on pourrait prendre même la définition d’un algorithme sous-régional qui nous faciliterait l’identification de ces nouveaux modes de diffusion et de consommation de la musique.

Il y a également la faiblesse de l’articulation entre les bureaux de droit d’auteur d’une part, les organismes de régulation et les ministères de tutelle d’autre part. Dans les pays comme le Burkina, la Côte d’Ivoire, le Sénégal, il y a le Bureau du droit d’auteur d’un côté qui est sous tutelle du ministère de la Culture. Et vous avez un Conseil supérieur de la communication qui est de l’autre côté, et il y a un ministère de la Communication qui est le garant des lois sur l’information et la communication.

Si on prend le domaine musical, les œuvres sont utilisées par les médias. Les différents titulaires de droit ne perçoivent pas une rémunération adéquate, alors qu’une juste articulation de ces entités pourrait permettre de façon harmonieuse, de placer les titulaires de droits au cœur de ce dispositif.

Donc ce projet vise une meilleure utilisation des droits de propriété intellectuelle aux fins de création, de production et de diffusion. Dans son viseur, il y a une meilleure gestion des droits voisins dans l’environnement numérique et une meilleure articulation entre les bureaux de droit d’auteur et les organismes de régulation pour des rémunérations appropriées aux titulaires de droits. L’objectif global de ce projet est donc l’amélioration des conditions sociales et économiques des acteurs de la filière musique. Si on arrive à répondre à tous ces objectifs, c’est un début de structuration de la chaîne de valeur et une réponse appropriée à la fracture numérique.

Chaque pays bénéficiaire pilote le projet à son niveau ou y a-t-il un plan global auquel ils devraient se soumettre ?

C’est l’OMPI qui va chapeauter le projet avec un chef de projet en la personne de Carole Croella qui est la cheffe de division du Droit d’auteur et des droits voisins. À partir de 2020, l’OMPI va procéder par une mission exploratoire en attendant que les pays pilotes soient choisis. Le Burkina est déjà sur la liste, puisque c’est lui qui le porte. L’organisation mondiale va choisir les pays qui seront associés. Ce sont les pays qui en font la demande au secrétariat général de l’OMPI. La Côte d’Ivoire et le Sénégal ont déjà adressé des demandes.

Après la première phase d’étude exploratoire pour voir les similitudes et dissemblances dans les différents pays, il y aura un programme d’activités à élaborer et à adopter entre les différents pays et les activités seront exécutées entre la période 2020 à 2022. Après, il y aura une évaluation pour voir si les objectifs ont été atteints ou pas et s’il faut passer une deuxième phase.

Au plan national, comment le projet sera exécuté ?

Le projet n’appartient plus au Burkina Faso, il a désormais un caractère sous-régional avec un bailleur principal qui est l’OMPI qui va donner les différentes orientations. Ce qu’il faut faire, c’est de rencontrer les différents acteurs avant le déploiement effectif du projet. Nous l’avons déjà fait en rencontrant les acteurs de la musique pour qu’ils soient imprégnés du projet.

Dans les jours à venir, nous poursuivrons les rencontres dans les différentes localités pour que les acteurs de la musique s’approprient ce projet, qu’ils s’impliquent à tous les niveaux dans les activités à mener. Aujourd’hui, il y a des artistes musiciens qui sont tour à tour, auteur, compositeur, interprète, producteur. Est-ce qu’avec cela on peut avancer ? Quand il y a aura des activités sur la structuration, la chaîne de valeur, ils devront s’impliquer. Il y aura des mécanismes pour leur montrer comment utiliser les droits de propriété intellectuelle pour créer, produire et diffuser.

En dehors des acteurs de la filière musique, vous avez parlé du numérique. Est-ce que cette catégorie d’acteurs est partie prenante du projet ?

Absolument. Aujourd’hui, il y a une mutation au niveau de l’écosystème musical. De façon traditionnelle, avant, quand vous sortiez un album, vous trouvez un distributeur qui met les cassettes et CD physiques sur le marché. De nos jours, avec la dématérialisation, on n’a plus besoin de cela, même si dans certains endroits, on peut toujours proposer ces supports qui ont toujours des beaux jours devant eux. Mais il faut reconnaître que la tendance est à un nouveau type de consommation qui oblige à la mise à niveau en termes de modèle économique.


À l’ère du numérique, il y a le téléchargement, le streaming. Ces deux modes économiques prennent le pas et il faut que les acteurs s’en imprègnent et qu’ils utilisent les outils qui seront mis à leur disposition et donner une réponse à cette fracture numérique.

Vous qui connaissez la filière musique au plan national, à quel niveau la voyez-vous à la fin du projet ?

Je vois une filière musique plus structurée avec des corps de métier précis. Une utilisation rationnelle des droits de propriété intellectuelle à des fins de création, de production, de diffusion. Je vois des acteurs qui maîtrisent mieux le digital, l’environnement numérique avec le partage rationnel de la chaîne de valeur. L’équation qui se pose aujourd’hui dans le numérique, il y a d’abord la question d’identification des titulaires de droits sur l’œuvre, il y a également le partage du « gâteau ».

Je vois aussi, à la fin de ce projet, une meilleure articulation entres les organismes de régulation et les bureaux de droit d’auteur. Je vois enfin l’amélioration des conditions sociales et économiques des acteurs de la musique.

Un dernier mot à l’endroit de tous les acteurs qui doivent être impliqués pour la réussite du projet…

La filière musique est très porteuse ; l’étude d’impact menée par le ministère de la Culture, des Arts et du Tourisme en 2012 l’a démontré. C’est l’occasion pour tous les acteurs de la chaîne de valeur de s’approprier ce projet et d’en tirer tous les dividendes et que vive la musique burkinabè.

Interview réalisée par Tiga Cheick Sawadogo

Lefaso.net

Source : lefaso.net

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