Autonomisation de la femme : Quand les hommes déconstruisent les clichés

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Autonomisation de la femme : Quand les hommes  déconstruisent les clichés

Après quatre mois d’intenses activités au sein des clubs de maris et futurs époux, les hommes du village de Roumtenga, localité située à environ 10 km de la commune de Yako, dans le Nord du Burkina, sont désormais certifiés « maris modèles ». La cérémonie de remise de diplômes intervenue ce jeudi 23 avril 2019, s’inscrit dans le cadre du sous- projet « Ecole des maris et futurs époux », qui entre dans le cadre du projet « Autonomisation des femmes et dividende démographique au Sahel »(SWEED). Mis en œuvre par l’ONG Mwangaza Action, ledit sous-projet couvre les régions du Nord (Yako), du Sahel (Oudalan) et des Hauts-bassins (Tuy).

Avec son certificat de « mari modèle » en main, Ouiraogo Kientéga est probablement vu comme un homme différent des autres à Roumtenga. « Mon passage à l’école des maris a changé mes habitudes au sein du foyer. Avant, je pensais que les tâches ménagères étaient exclusivement dévolues à la femme, mais aujourd’hui, il m’arrive de balayer la cour, de faire la lessive, d’aller chercher du bois ou de l’eau à la fontaine ; je m’implique même dans la santé et l’éducation des enfants et cela a apporté plus d’harmonie dans mon foyer », confie-t-il, soulignant que ce changement a provoqué un choc au sein du village.

Ouiraogo Kientéga,

« Au début, je faisais l’objet de railleries, une fois à la fontaine, des petits garçons m’ont traité d’homme efféminé », a-t-il commenté. Et le point focal du sous-projet école des maris et futurs époux au niveau du ministère de la Santé, Lamoussa georgette Zerbo/Nikièma , de soutenir : « Un homme m’a même confié qu’il était obligé de condamner sa porte avant de balayer sa cour ; un autre m’a raconté que son ami l’ayant surpris en train de faire sa propre lessive, lui a demandé si sa femme l’avait quitté ou s’il avait perdu la tête. Ils avaient peur du qu’en-dira-t-on ».

Lamoussa Georgette Zerbo/Paré, point focal du sous-projet  » École des maris et futurs epoux » au niveau du ministère de la santé

Aussi, les hommes n’étaient pas les seuls à voir ce changement d’un mauvais œil, même les épouses des hommes inscrits à l’« école des maris » n’étaient pas disposées à accepter ce changement, conduisant ainsi l’ONG Mwangaza Action à mettre en place des groupes de femmes en vue de les sensibiliser. Mère de quatre enfants, Catherine Kissou affirme à ce jour être une femme épanouie. Toutefois, elle avoue qu’au début, ce changement d’attitudes était inacceptable, les femmes elles-mêmes craignant la réaction de leur entourage.


« Au début, je ne savais pas qu’il suivait une formation et lorsqu’il a commencé à s’impliquer dans les travaux ménagers, il y avait des histoires entre nous, mais je reconnais que les choses ont beaucoup changé à la maison. De temps en temps, il me donne l’argent de la popote ; il s’intéresse plus aux enfants et quand un enfant est malade, Il arrive qu’il l’accompagne lui-même au dispensaire. On communique plus et j’ai plus de temps pour mon petit commerce », se réjouit-elle.


« Nous sommes satisfaits »

Mis en œuvre au Burkina depuis 2015, le sous –projet « Ecoles des maris et des futurs époux », selon Badjima Bakouan, chargé de programmes à l’ONG Mwangaza Action et responsable dudit sous- projet, est effectif depuis 2018 dans trois districts sanitaires des communes de Yako, Houndé et Gorom – Gorom . Ces districts sanitaires ont été identifiés au regard de la faiblesse des indicateurs liés à la santé de la reproduction.

Badjima Bakouan, chargé de programmes Mwangaza Action

Dans la pratique, il s’agissait selon lui, de mettre en place dans chaque district sanitaire, 40 écoles des maris et 10 écoles de futurs maris, soit au total 120 écoles de maris et 30 écoles de futurs époux. « Les activités ont été bâties sur l’approche transformationnelle du genre qui consiste à soumettre les hommes mariés et les futurs époux qui sont membres des clubs à une série d’enseignements et d’échanges qui visent à creuser en eux ce qui est mis en œuvre et qui peut constituer un blocage à l’utilisation des services de santé, à la violation des droits de la femme », a noté M. Bakouan .


Quant au contenu, les thématiques abordées étaient basées sur le genre, la violence faite aux femmes, l’implication du mari dans l’utilisation des services de santé et l’amélioration du vivre ensemble dans le foyer. « Pour les futurs époux (10 à 24 ans), il s’agissait également de les préparer à être des maris modèles en leur inculquant dès le bas- âge, des notions de base pour construire de bonnes attitudes », a indiqué Badjima Bakouan, précisant que le changement d’attitude est un premier pas vers le changement de comportements.


Et à cette étape, il confie que l’ONG et ses partenaires telles que l’Association pour la promotion de la femme et de l’enfant sont satisfaits. « Avec les témoignages des agents de santé qui sont plus proches des communautés, il y a beaucoup d’amélioration, notamment en termes d’utilisation des services de santé », a-t-il dit, avant d’ajouter : « Les hommes s’investissent de plus en plus en accompagnant les femmes lorsqu’elles sont enceintes et même après l’accouchement. Certains mêmes vont au-delà, en accompagnant leurs épouses pour faire la planification familiale ».


S’il y a des raisons de se réjouir, l’ONG Mwangaza Action ne compte pas en rester là. Les maris modèles ayant pris des engagements en élaborant des plans d’actions, Mwangaza Action veillera à leur respect. Le but étant que les « maris modèles » partagent leurs connaissance à leur tour. « Nous voulons un groupe d’hommes capables de faire changer les choses au sein de la communauté », a relevé Badjima Bakouan.[ Cliquez ici pour lire l’intégralité ]

Nicole Ouédraogo

Lefaso.net

Source : lefaso.net

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