Attaque de Yimdi : Le sergent-chef Aly Sanou assume et dédouane « ses collègues »

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Pour cette étape d’audition des accusés dans le procès de l’attaque de la poudrière de Yimdi (dans la nuit du 21 au 22 janvier 2016), l’interrogatoire le plus attendu était celui du présumé cerveau de l’opération, le sergent-chef Aly Sanou. Sans langue de bois, le « chef » a assumé et a « demandé pardon » à « ses collègues » de l’ex Régiment de sécurité présidentielle (RSP) impliqués dans le dossier.

Bien avant l’intervention du Sergent-chef Sanou Aly, le samedi 1er avril 2017 devant la Cour du Tribunal militaire pour narrer son degré d’implication dans l’attaque de la poudrière de Yimdi, c’est le sergent Poda Ollo Stanislas qui a ouvert le bal des déballages. Le sergent Poda Ollo Stanislas qui a pour conseil Me Gouba Odilon, est poursuivi pour complot militaire, vol aggravé, détention illégale d’armes à feu et de de munition, violences et voies de fait sans ITT (Incapacité totale de travail) et désertion à l’étranger en temps de paix.

Sans détour, le sergent reconnait avoir participé à l’opération qui a consisté à prendre d’assaut la soute à armement de Yimdi. « J’ai participé à l’attaque, mais ça n’a pas été préparé », s’est empressé d’expliquer le sergent Poda Ollo Stanislas.

« Ils m’ont proposé l’attaque de Yimdi et je n’ai pas refusé »

Le sergent raconte qu’il a reçu un appel le 21 (janvier 2017) nuit du sergent Djerma Ousmane (ex RSP tué) qui voulait le voir alors qu’il était à la maison. En fin de compte, il lui a été dit de venir au pont de Boulmiougou et de là, le « chef » Sanou Aly lui a été présenté par le sergent Djerma Ousmane. « Ils m’ont proposé l’attaque de Yimdi et je n’ai pas refusé », précise le sergent Poda Ollo Stanislas devant la barre.

Son rôle, explique-t-il, était de neutraliser les sentinelles sans coup de feu. Il y avait une sentinelle, dit-il. « La mission proprement dite, poursuit le sergent Poda, c’est moi et Gounabou Albert (en fuite) qui l’avons faite. Je n’avais pas d’arme. Ce que j’ai appris, ça dépasse arme et il y a des missions que je peux faire sans arme ». Lors de l’attaque, le sergent explique avoir fait la reconnaissance et, « la sentinelle était sur le lit, il avait ses écouteurs et il manipulait son téléphone, son arme était déposée à côté ». A en croire le témoignage du Sergent Poda, ils ont emporté 5 à 6 armes lors de l’attaque de Yimdi.

« C’est Zida qui nous mettait en conflit avec la population »

Sur le procédé pour arriver à l’attaque, le sergent se couvre derrière le secret militaire. « Je ne peux pas tout dire devant les civils, même si je suis rayé ». Pour les faits de désertion, le sergent Poda explique l’avoir fait pour sauver sa vie. Il a fait cas des différents problèmes sous la Transition. Dans sa relation des faits, le Sergent Poda indexe Isaac Zida d’avoir tout planifié pour diviser l’ex RSP. Selon l’accusé, Isaac Zida lui aurait proposé « 60 millions de F CFA, une villa et une formation en Israël » pour revenir faire « sa révolution ».

Ayant refusé, il a subi des menaces depuis fin juillet 2015. Aussi ajoute-t-il, Isaac Zida a « donné 25 millions de F CFA à Delwendé pour empoisonner la cuisine ». De toute sa relation des faits, le sergent prend à témoin le collège des sages, Michel Kafando, l’ancien président Jean Baptiste Ouédraogo, les généraux Zagré et Diendéré. « On n’est pas contre la transition, c’est Zida qui nous mettait en conflit avec la population », dit-il. Le sergent Poda dit avoir quitté le Burkina le 28 septembre 2015 pour la Côte d’Ivoire.

Après le sergent Poda Ollo Stanislas, c’est le sergent-chef Sanou Aly qui a été appelé à la barre. Pour l’attaque de Yimdi, le présumé cerveau de l’attaque affirme avoir organisé deux équipes. Une dirigée par Djerma Ousmane (tué) et une autre par Poda Ollo Stanislas.

« Mission : neutraliser les sentinelles et le poste de garde sans coup de feu »

Les consignes données par le Sergent-chef à ses chefs d’équipe étaient les suivantes : « vous avez pour mission de neutraliser les sentinelles et le poste de garde sans coup de feu. Pratiquez les techniques commandos et faites-moi cette mission. Je ne suis pas fier de le dire, mais ils ont été professionnels », assure le sergent-chef. Aussi dit-il, « je suis parti à Yimdi sans arme. Nous n’avons pas tiré là-bas. J’ai donné l’ordre de ne pas tirer ».

Le Sergent-chef Sanou Aly précise par ailleurs que l’attaque de Yimdi n’a pas été planifiée en Côte d’ivoire avec ses collègues ex RSP comme l’a fait remarquer le Parquet. « Ça a été organisé et planifié par moi », dit-il. Et pour convaincre ses collègues qui étaient en Côte d’Ivoire de rentrer au Burkina, le Sergent-chef dit avoir fait usage de sa formation militaire pour agir psychologiquement sur le point faible de chacun.

A la question du Commissaire du gouvernement de savoir le but de l’attaque de la poudrière, Sanou Aly est resté évasif. Il affirme qu’il recherchait un certain type d’armes (RPG 7). Parce qu’il ne les pas trouvés, Aly Sanou paraphrase le commissaire du gouvernement en affirmant qu’il « est resté sur sa soif ». La mission (suivante) a donc été annulée.

« Si je ne quitte pas Naaba koom, je serai traité comme un rebelle »

A noter que le Sergent-chef Sanou Aly est poursuivi pour 5 chefs d’infraction, complot militaire, désertion à l’étranger en temps de paix, détention illégale d’armes à feu et de munitions, vol aggravé et violences et voies de fait sans ITT (Incapacité totale de travail). Il a pour avocat Me Ouattara Bruno.

En ce qui concerne la désertion, il reconnaît ce fait, mais précise-t-il, « ce n’était pas en temps de paix. J’ai déserté parce que ma vie était en danger ». Le Sergent-chef Sanou raconte qu’il a participé à l’arrestation d’éléments de l’ex RSP qui voulaient prendre d’assaut, le domicile de Salifou Diallo. Suite à cela, les menaces ont continué.

Le 29 septembre 2015 matin, explique-t-il « j’ai reçu un message d’un numéro Airtel me disant qu’à partir de 10h, si je ne quitte pas Naaba koom, je serai traité comme un rebelle. C’est là j’ai dit que je vais me chercher ». Et le même jour, il aurait pris la route de Léo pour la Côte d’ivoire. « Je me suis retrouvé à Abidjan le 6 octobre 2015 ».

En rappel, 22 personnes dont un civil sont accusés d’avoir attaqué la poudrière de Yimdi. Le présumé cerveau de l’opération, le sergent-chef Sanou Aly a demandé pardon à ses collègues pour les avoir impliqués dans l’attaque. Il affirme être le seul instigateur et demande pardon à la hiérarchie militaire et aux Burkinabè.

Ignace Ismaël NABOLE

Burkina 24

Burkina24.com