Attaque de Boungou : « Il serait imprudent de parler de négligence » (Laurent Dabiré, DGA Semafo)

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Une semaine après l’attaque contre le convoi des travailleurs de la mine de Boungou (Est du Burkina) de  nombreuses personnes s’interrogent sur l’efficacité du dispositif sécuritaire qui y était déployé. Quelles étaient les mesures mises en place ? Qu’en est-il alors des personnes décédées ? Éléments de réponse avec Laurent Dabiré, Directeur général adjoint de Semafo qui accordé une interview à Radio Oméga.

Radio Oméga
(R.O) : Combien de personnes ont embarqué pour Boungou le mercredi 06 novembre
?

Laurent
Dabiré (L.D) : Permettez-moi au nom de la haute hiérarchie du groupe SEMAFO, de
m’incliner devant la mémoire des personnes disparues, de saluer leurs
engagements et leurs passions pour le travail. Les autorités ont confirmé qu’il
y a eu 39 décès, une soixantaine de blessés sur près de 240 personnes qui
avaient embarqué sur le convoi au départ de Boungou.

Radio Oméga
(R.O) : Qu’est ce qui a été fait à chaud par SEMAFO pour s’occuper des
personnes blessées et disparues ?

Laurent
Dabiré (L.D) : La première action a consisté à coordonner avec le gouvernement
et les autorités au niveau de la région les renforts à mettre tout en œuvre
pour transférer les blessés directement à Ouagadougou sur l’hôpital de
Tengandogo. Ainsi 14 blessés graves ont pu être transportés par voie aérienne
dans le feu de l’action. A ce jour, nous pouvons confirmer que tous les blessés
traités en centre hospitalier sont hors de danger. La cellule de crise mise en
place par la direction s’occupe intensément pour disponibiliser tous les moyens
nécessaires aux soins des malades. Il faut ajouter qu’au sein de la cellule de
crise, on dispose de psychiatres et de psychologues pour une prise en charge
psycho-sociale de leurs familles et celles des défunts. Ces services sont
disponibles à l’hôpital de Tengandogo pour les blessés et à l’hôpital de
Bogodogo pour les familles des décédés. Cet accompagnement psychologique
s’étend même à nos travailleurs qui ne faisaient pas partie du convoi.  

Radio Oméga
(R.O) : Qu’en est-il alors des personnes décédées ?

Laurent
Dabiré (L.D) : De concert avec les autorités, ces personnes décédées ont été
prises en charge le jour même de l’attaque, elles ont été conduites du lieu de
l’attaque à la morgue de Bogodogo. Dans la foulée, la direction de SEMAFO a dû
se résoudre à suivre les étapes formelles et légales, en raison des
circonstances particulières dans lesquelles sont intervenus ces décès. Se
faisant, elle a dû attendre la fin de ce processus médico-légale pour prendre
contact avec les familles. Ce processus qui échappe au contrôle de notre
société se passe sous l’égide du procureur, du ministère de la Santé, de la
Sécurité et de la Défense. A l’issue de quoi, ils ont procédé aux différentes
identifications et ce n’est qu’après cela que les familles ont été autorisées à
procéder à l’enlèvement des différents corps. Il est vrai que les familles,
amis, collègues ont difficilement vécu cette attente, mais il faut reconnaitre
qu’elle se justifie d’un  point de vue
légal. Ce que nous souhaitons que des sépultures dignes de ce nom soient faites
pour ces martyrs et que les familles puissent faire leurs deuils.

Radio Oméga
(R.O) : Quelles étaient les mesures qui étaient mises en place pour la sécurité
du convoi ?

Laurent
Dabiré (L.D) : Ce convoi comme tous les autres a obéi aux règles maximales de
sécurité. Nous évoluons dans une région dangereuse, mais qui s’est davantage
aggravée avec les attaques terroristes. Sachant cela, SEMAFO a mis tout en
œuvre c’est pourquoi, il serait imprudent de parler de négligence parce que la
négligence intervient lorsqu’on a conscience d’une situation et qu’on y a pas
apporté toute l’attention qu’il fallait, ce qui n’est pas notre cas. Nous
sommes une entreprise privée, nous travaillons avec un partenaire qui est
l’Etat et nous avons sur notre périmètre privé qui est l’enceinte de la mine,
mis tout ce qui est en notre pouvoir pour sécuriser notre personnel et nos
biens. Mais il est difficile de s’immiscer dans le domaine public et la route
appartient au domaine public, il est donc du devoir de l’Etat de sécuriser ces
routes lorsqu’on a un investissement de l’ampleur de celui de SEMAFO dans une
telle localité. Ce fâcheux évènement est arrivé et il s’agit de trouver des
solutions en se demandant ce que nous pouvons faire de manière concerté pour éviter
que cela se répète demain. L’attitude la plus sage voudrait que l’on se
départît d’émotion et de passion. Nous devons essayer de voir quelle est la
meilleur façon d’adresser un problème qui est sérieux parce qu’aujourd’hui
c’est Boungou, mais demain qui sait où se sera.

Radio Oméga
(R.O) : Qu’en est-il des rumeurs faisant cas des travailleurs qui sont toujours
coincés sur le site ?

Laurent Dabiré (L.D) : Soyez vraiment rassurés, toute la direction du groupe SEMAFO est mobilisée depuis mercredi (6 novembre 2019) et sur la question les mesures ont immédiatement été renforcées. La direction de SEMAFO a décidé pour des raisons humaines, éthiques et morales de suspendre ses activités. Nous avons perdu beaucoup de collègues et beaucoup de partenaires et il n’est pas normal de notre point de vue dans ce contexte, continuer à exercer nos activités. Du fait qu’elles sont suspendues il est de notre devoir de ramener nos travailleurs à leurs familles et il se déroule normalement par voie aérienne.

Attaque de Boungou : « Il est difficile de s’immiscer dans le domaine public » (Laurent Dabiré)

Interview
réalisée par Ousmane Paré  

Source : Omegabf.info

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