Arrondissement 10 de Ouagadougou : Le secteur 45 privé d’eau depuis 2006

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L’affaire semble ne pas se produire dans un quartier de la capitale. Et pourtant. Dans le  secteur 45 de Ouagadougou, situé à l’arrondissement 10, se trouve  un quartier oublié, privé d’eau, d’électricité et  d’infrastructures sociales de base. Ce quartier à la lisière de Taabtenga et la commune rurale de Saaba, loti depuis 2006, est une sorte d’îlot entouré par des quartiers non lotis. Il convient aussi de préciser que la zone a été bornée mais il n’y a jamais eu de répartition des parcelles.  Seulement une partie a été  distribuée aux personnes déguerpies dans le cadre du projet Ziga I. Et ce sont elles qui sont prises au piège jusqu’à nos jours.

Le calvaire des résidents de ce quartier, selon Abdoulaye Barra (le porte-parole des habitants du quartier) a commencé en 2006 lorsque l’ONEA devait raccorder sa conduite d’eau à la commune rurale de Saaba depuis le château d’eau de Goundri. Alors, tous ceux qui étaient sur la voie de la conduite ont été déguerpis, et réinstallés dans l’actuel secteur 45 à Taabtenga. De 480 personnes en 2006, leur nombre avoisine les 2000 habitants de nos jours.

« On ne peut pas vous déguerpir pour acheminer l’eau ailleurs sans que vous-mêmes n’en bénéficiez pas ». Voilà l’assurance qui avait été faite aux déguerpis en 2006 par l’ONEA, se souvient Abdoulaye Barra. Seulement, douze ans après, l’eau se fait toujours attendre. Ironie du sort,  pour s’approvisionner en eau, les résidants du quartier sont obligés de se rendre dans les quartiers non-lotis alentours qui disposent de bornes fontaines appartenant à des particuliers ou équipées par le Bureau d’Etude et de Recherches Appliquées (BERA).

Trouver de l’eau est un calvaire pour les habitants du secteur

Ici l’eau est une denrée vraiment rare et son prix varie en fonction de sa disponibilité et des saisons.  Le prix du fût va de 750 FCFA (minimum) à 2000 FCFA en période de canicule, selon le porte-parole des habitants du quartier.

« Et ça aussi, il arrive des moments, tu as ton argent, mais il n’y a même pas l’eau pour acheter. Les femmes passent la nuit  autour des fontaines et avec toute l’insécurité que l’on connait. Certaines d’ailleurs ont déjà été victimes d’agressions de toute sorte ici », témoigne Ali Tiemtoré (un habitant du quartier), qui dit avoir pris des initiatives personnelles isolées, lesquelles n’ont pas apporté satisfaction.

Le maire de l’arrondissement réagit

A en croire Abdoulaye Barra, beaucoup de rencontres ont été tenues soit avec l’ONEA, le BERA ou  avec la mairie de l’arrondissement de Bogodogo dont ce quartier relevait avant le nouveau découpage. Mais toutes ces rencontres ont accouché d’une souris. « Pourtant à chaque fois, on nous promet que le problème sera résolu. Et même lors des campagnes électorales, on nous a fait savoir que ce n’était qu’un petit problème. Mais voilà que nous sommes toujours dans la misère», s’indigne le porte-parole Abdoulaye Barra.

Pour comprendre quel règlement la municipalité  réserve  à ce problème,  nous avons rencontré le maire de l’arrondissement 10, Jérémie Sawadogo. Celui-ci est formel : le conseil municipal n’a pas été saisi pour un problème de manque d’eau au secteur 45. « Sinon j’aurais pu constituer un comité  pour s’occuper de ce problème comme on a l’habitude de le faire. Si on avait été saisi, je vous assure qu’on aurait pu faire monter le dossier jusqu’à la structure compétente », insiste le bourgmestre de l’arrondissement 10.

Bientôt le bout du tunnel ?

Interpellé, le Directeur Général du projet Ziga 2, Valentin Sirima s’est déplacé le vendredi 9 mars 2018 dans la  zone pour prendre le pouls de la situation. Bien que l’administration soit une continuité, l’actuel DG de Ziga 2 ne dispose d’aucune information sur les problèmes d’eau que rencontre cette zone.

Il s’est voulu d’ailleurs honnête, en signifiant à ses interlocuteurs du jour que leur dossier ne  figure pas sur les dizaines de demandes d’adduction d’eau  qu’il a reçues. Heureusement, les copies des différentes correspondances que les habitants du secteur 45 ont échangées avec ses prédécesseurs, l’ont aidé à voir un peu plus clair dans l’affaire.

Seulement, l’absence du protocole d’accord que le projet Ziga 1 aurait signé en 2006 avec les 480 personnes relocalisées, rend le dossier ordinaire au même titre que les autres dossiers reçus chaque jour à l’ONEA.

Retour à la case départ donc pour les habitants du secteur 45. Et ça, ils ne veulent pas l’entendre. Leur calvaire a assez duré.

Finalement, ils arrivent à convaincre le DG de Ziga 2 de la spécificité de  leur dossier. Celui-ci leur donne alors rendez-vous le 9 avril 2018 pour les situer sur le sort qui sera réservé à leur dossier.

Après plusieurs démarches infructueuses, les espoirs renaissent et tous croisent les doigts pour qu’enfin l’ONEA puisse connecter cet îlot à son réseau.

Maxime KABORE

Burkina 24

Burkina24.com