Appel de Roch Kaboré : L’avis du Balai citoyen

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Suite à l’attaque perpétrée sur l’axe sur l’axe Ougarou-Boungou qui a causé 38 morts, le Président du Faso Roch Kaboré a appelé, le 7 novembre 2019, à la mobilisation générale et ordonné le recrutement de volontaires dans les zones sous menaces terroristes. Eric Ismael Kinda, porte-parole du Balai citoyen, donne la lecture du mouvement sur cet appel.

Burkina 24 : Le Président du Faso a ordonné le recrutement de volontaires pour lutter contre le terrorisme. Quelle lecture faites-vous de cette décision ?

Eric Ismaël Kinda : Au niveau du Balai citoyen, nous savions très bien qu’on ne pouvait pas faire l’économie d’un effort populaire pour faire face à la situation. On le savait très bien. Maintenant, ce que nous pensons par rapport à cet appel, c’est par rapport au timing. Est-ce qu’il fallait laisser d’en arriver à là avant de lancer cet appel ?

Nous posons la question parce que pour les esprits avertis, cette guerre était inévitable. Souvenez-vous, pendant la passation de charge, le président Michel Kafando avait tiré la sonnette d’alarme en parlant des forces du mal. Si on avait une certaine vision, pendant même l’investiture, on devait lancer ce signal fort. Et dès l’investiture, dans le discours même, il fallait préparer le peuple burkinabè à cette guerre en disant clairement que la priorité des priorités, c’est la sécurité.

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Je pense que le président Roch Kaboré a manqué d’écoute à ce niveau. Il fallait dire clairement au peuple qu’il y a une guerre inévitable qui se profile à l’horizon et à partir de ce moment, il faut mobiliser les forces, il faut réorganiser les forces armées, il faut préparer la population à affronter cette guerre. On nous a maltraités pendant 3 ans et cela continue. Donc, véritablement, nous nous posons la question du timing même de cet appel.

L’autre chose, est que l’appel en lui-même n’est pas mauvais. Maintenant, il faut une réelle volonté politique pour accompagner l’appel. Comment et sous quelle forme la mobilisation doit se faire ? Il ne faut pas que cela soit un appel qui a été fait à la suite d’une certaine émotion parce que l’attaque contre les miniers à l’Est, on est toujours sous le choc. Cela a ému tout le monde, cela a ému la nation tout entière. Il ne faut que cela soit un appel à la suite d’un mouvement émotionnel.

Il faut que cela soit un appel sincère et qui doit être suivi d’une réelle volonté politique, d’un effort à tous les niveaux. Cet appel demande aux Burkinabè de faire preuve de patriotisme. Mais en même temps, il faut faire preuve d’exemplarité. Que ceux qui gouvernent ce pays aussi montrent de l’exemple dans cette situation difficile que nous vivons.

Burkina 24 : D’aucuns estiment que c’est un aveu d’impuissance. Partagez-vous cela ?

Eric Ismaël Kinda : Vous savez, nous sommes en politique et si vous êtes un homme politique et vous faites une déclaration, chacun est libre d’interpréter comme il veut, comme il l’entend. J’ai dit précédemment que pour nous, la question du timing se pose. Nous n’allons pas verser dans cette polémique qui consiste à dire que c’est un aveu d’impuissance. Nous, c’est la question du timing. Est-ce que l’appel n’aurait pas pu intervenir plus tôt, dès même la prise de fonction du président Roch Kaboré. Je le répète parce que j’ai dit clairement que si on est un esprit très averti, on savait très bien que cette guerre était inévitable.

Burkina 24 : D’un autre côté, jusqu’à présent, ce sont « des personnes non identifiées » qui attaquent le Burkina Faso. Le gouvernement ne dit pas clairement qui sont ces assaillants. Comment lutter contre des « personnes » qu’on ne connaît pas ?  

Eric Ismaël Kinda : C’est une question légitime. Est-ce que au-delà de ces communiqués officiels, est-ce qu’au niveau de nos services de renseignement, on ne connait pas véritablement l’identité des assaillants ? Le problème, vous le dites, ceux qui attaquent, très souvent, il n’y a pas de revendications et on sait que dans ce contexte aussi, au-delà de ce qu’on appelle les djihadistes, nous savons que les bandes armées, les narcotrafiquants ne revendiquent pas forcement et ont profité aussi de la situation pour faire leurs propres business.

Donc, il faut comprendre que le problème est complexe. De toutes les façons, s’il y avait une certaine organisation rigoureuse, une certaine politique nationale de la défense, on allait pouvoir savoir qui fait quoi, quelle est l’identité réelle de ceux qui nous attaquent. Mais c’est parce que dans ce domaine, nous avons des faiblesses, et des insuffisances que chaque fois on nous sort les mêmes discours des ‘’individus non identifiés’’. On est habitué à cette rhétorique et quand on communique ainsi, naturellement vous êtes découragés. C’est devenu une communication tellement banale que les gens ne prennent même plus cela au sérieux.

Burkina 24 : Avez-vous un appel à lancer ?

Eric Ismaël Kinda : Notre appel a toujours été le même à savoir que les Burkinabè doivent prendre conscience que la situation sécuritaire ne doit pas être de la seule responsabilité du gouvernement et des Forces de défense et de sécurité (FDS). En la matière, nous nous referons à la pensée de Thomas Sankara qui disait qu’« un peuple conscient, ne confie pas sa sécurité à des personnes, fussent-ils des experts ».

Propos recueillis par Ignace Ismaël NABOLE et Djamila DIALLO (Stagiaire)

Burkina 24

Source : Burkina24.com

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