Affaire Lagardère: ce que risque la CAF en mettant fin au contrat

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La CAF a mis terme au contrat signé par Issa Hayatou avec Lagardère

La Confédération africaine de football a répondu à Lagardère, qui avait fustigé la décision de l’instance de rompre le contrat qui liait les deux parties jusqu’en 2028.

L’affaire ne fait que commencer, et semble loin d’être terminée. Le 5 novembre dernier, dans un communiqué, Lagardère annonçait la rupture unilatérale du contrat – à 960 millions d’euros – signé en 2017 entre les deux parties, et qui ne devait prendre fin qu’en 2028. Ce contrat, qui portait sur les droits médias et marketing du football africain, avait été signé en 2017 par le camerounais Issa Hayatou, alors président de la Caf. Son successeur, Ahmad Ahmad, ne s’était alors pas privé, une fois élu en mars de la même année, de dire tout le mal qu’il en pensait. Le 8 novembre dernier, la Caf a répondu à Lagardère, dans un long communiqué qu’elle a publié sur son site Internet.

L’instance assure avoir pris la décision de rompre ce contrat en vertu d’une décision rendue par la justice égyptienne, puisque son siège se situe au Caire. En effet, après la signature du contrat entre la Caf présidée par Hayatou et Lagardère, la société Presentation Sports avait saisi l’Autorité de la concurrence égyptien ne (Eca).

Cette société avait contesté la validité de l’accord passé entre la Caf et Lagardère, estimant que les règles de la concurrence égyptienne n’avaient pas été respectées. L’Eca, estimant qu’aucun appel d’offres n’avait été fait, s’était prononcé en faveur de la nullité du contrat. La Caf, qui réfute le terme de « rupture unilatérale » explique pour sa part être tenue par le verdict des tribunaux égyptiens.

Règles de la concurrence

En novembre 2018, la Cour économique du Caire avait condamné Issa Hayatou et son secrétaire général, le Marocain Hicham El Amrani, à une amende de 24,5 millions d’euros chacun pour «abus de position dominante. » La Caf avait été épargnée. Hayatou, qui avait été interrogé après le verdict de la Cour économique, avait estimé que « l’affaire était orchestrée avec un agenda politique, pour le bénéfice de certains individus », sans citer de nom. L’ancien président de l’instance avait insisté sur le respect de toutes les règles de la concurrence » lors de la signature du contrat avec Lagardère, non sans rappeler que l’offre des Egyptiens de Présentation Sports avait été rejetée « à l’unanimité» par le Comité exécutif de la Caf.

À qui profite la rupture du contrat entre la Caf et Lagardère ? À première vue, à la société égyptienne Présentation Sports qui a obtenu un jugement en sa faveur au Caire, arguant que le contrat exclusif de Lagardère obtenu sur 20 ans, sans appel d’offres était illégal. La Caf qui siège au Caire, doit donc se soumettre aux décisions de la justice égyptienne. Pour certains analystes, au-delà de cette société, c’est bien l’Egypte qui est à la manoeuvre : selon Vincent Chaudel, le fondateur de l’observatoire du sport business, « elle cherche à retrouver l’influence perdue sur le foot africain.»

Si l’on s’en tient à une lecture géopolitique de cette affaire, un autre pays pourrait tirer partie de la situation : la Chine, l’un des principaux financiers du continent et également un pays avec de grosses ambitions dans le football. La société chinoise Wanda a déjà un pied dans le marché juteux des droits télé du foot depuis qu’elle a racheté la société suisse Infronts sports and media, spécialisée dans cette activité.

Compensations financières

Quel bénéfice escompte la Confédération africaine de football ? Si la Caf a dénoncé ce contrat à un milliard d’euros qui lui assurait un revenu annuel minimum assez confortable, c’est sans doute parce qu’elle espère obtenir encore plus d’argent, subodore Vincent Chaudel. Voire qu’elle a déjà un plan B en tête.

Si ce n’est pas le cas, estime le consultant, elle prend un sérieux risque, le risque de tout perdre. Perdre la diffusion des matches, elle s’active d’ailleurs à trouver un accord avec Supersport, car aucun autre ne prendra le relais Afrique sub-saharienne. Et elle risque aussi de perdre beaucoup, beaucoup d’argent car Lagardère est déterminé à se battre jusqu’au bout pour conserver le contrat ou pour obtenir des compensations financières. Il a les moyens de se lancer dans cette bataille d’avocats, alors que la Caf est aujourd’hui déficitaire, sous tutelle de la Fifa.

Source : Camerounweb.com

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