A paraître bientôt : « Sankaraship ou le leadership de Thomas Sankara ». Les auteurs expliquent

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A paraître bientôt :

Rapidement et par-dessus leur sympathies naturelles et réciproques, ils se sont rendus compte qu’ils avaient des sensibilités apparentes par rapport aux questions d’éducation, de leadership, de développement de leur pays le Burkina Faso, et de l’Afrique en général.

Sur le plan professionnel, ils travaillent tous les deux dans le domaine de l’éducation. M. PARE est actuellement enseignant à l’Université de Dayeh à Taïwan. Il est également Directeur du Young African Leadership Program (Programme de Leadership pour les Jeunes Africains) à CONSEQUENTIAM, une organisation qui a pour mission d’attirer, de regrouper, de former et inspirer les jeunes Africains de la diaspora à trouver des idées novatrices pouvant aider au développement de l’Afrique. Quant à M. SOME, il opère dans le volet des politiques publiques en éducation au Burkina Faso. Dans l’entretien qui suit, Joagni PARE parle de leur projet de livre, un livre que la diaspora africaine en Asie attend déjà avec beaucoup d’impatience. Lisez plutôt.

Lefaso.net : D’où, quand et comment vous est venue l’idée d’écrire un livre sur Thomas Sankara ?

J.P. : Dans nos échanges par le passé, mon co-auteur Somé Modeste et moi nous sommes rendus compte que nous avons tous les deux une profonde admiration pour Thomas Sankara à l’image des milliers de jeunes à travers le monde. Nous n’avons pas connu l’homme de son vivant. Nous étions à peine nés quand il a été tué. Par contre nous avons appris à le connaître à travers la lecture, les anecdotes, les vidéos, l’internet, et les artistes d’ici et d’ailleurs qui s’évertuent à perpétuer sa mémoire. Et nous avons compris que pour nous jeunes Africains et Burkinabè en particulier, Thomas Sankara est un symbole dont nous devons reconnaître la valeur, un symbole dont nous devons être fiers, un symbole que nous devons savoir apprécier. Et comme il le disait lui-même à propos de Patrice Lumumba, « Quand je vois des réactionnaires africains contemporains de ce héros qui n’ont même pas été capables d’évoluer un peu à son contact, je les considère comme des malheureux, des misérables qui ont été devant une œuvre d’art et n’ont même pas su l’apprécier ».

En même temps que nous découvrions et analysions les actions de Sankara, nous partagions ces informations avec des amis et connaissances non francophones. J’ai personnellement fait par exemples des exposés sur Thomas Sankara à Taïwan en présence d’un parterre d’étudiants internationaux de plus de trente nationalités différentes. Et croyez-moi, ils étaient tous profondément fascinés par l’histoire de la vie et du combat de l’homme.

Et c’est fort de tout cela donc que nous avons pris la décision de faire connaître Sankara au-delà du monde francophone, c’est-à-dire le faire connaître davantage au monde entier, car c’est quelqu’un qui, au nom de tous les peuples dont la dignité est bafouée, a sacrifié sa vie de façon désintéressée. Il mérite donc d’être connu plus qu’il ne l’est déjà. Et en le faisant connaître davantage aux peuples pour lesquels il s’était sacrifié, nous voulons contribuer à la création d’une communauté de personnes unies. Nous pensons que cela est en adéquation avec le combat à caractère cosmique qu’il a mené ici sur terre.

Lefaso.net : Il y a déjà pas mal de livres sur Thomas Sankara. Concrètement, qu’apporte votre livre comme nouveauté à notre connaissance du président Thomas Sankara ?

J.P. : Notre livre n’a certes pas vocation à remplacer les livres qui existent déjà sur Thomas Sankara. Au contraire, nous complétons et enrichissons la collection de livres sur l’homme, sa vision et l’idéal de société qu’il a voulu bâtir. Mais vous conviendrez avec nous qu’en tant qu’homme, en tant que militaire, en tant que révolutionnaire, et en tant qu’homme d’Etat, on ne peut véritablement pas épuiser les sujets sur Sankara.

L’originalité de notre ouvrage réside essentiellement dans le fait qu’il aborde Sankara sous trois angles très importants. D’abord c’est un livre qui se veut une référence en matière de leadership, une contribution au domaine du leadership en Afrique. Pourquoi ? Eh bien, parce que nous sommes convaincus que le problème de leadership en Afrique aujourd’hui et partout d’ailleurs, est d’ordre culturel. Il n’est pas d’ordre politique. Et nous ne pouvons réellement trouver des solutions durables à ce problème que lorsque nous nous inspirerons de nos valeurs à nous. Combien de dirigeants africains ont spolié au grand jour leur propre peuple après avoir serré la mine et juré devant le même peuple la main sur le Coran, la Bible ou la Constitution de leur pays ? Ils l’ont fait parce qu’ils savaient que rien ne se passerait. Ils savaient que rien ne se passerait parce qu’ils ne croient pas véritablement en ces symboles. Mais leurs conduites auraient été différentes s’ils avaient juré sur les symboles coutumiers de leurs pays. Pourquoi ? Eh bien, parce qu’il y a quand même des symboles dans nos coutumes et traditions avec lesquels même le plus occidentalisé des Africains n’oserait pas badiner.

La jeunesse africaine d’aujourd’hui a besoin de repères en matière de leadership. Et l’Afrique a aujourd’hui besoin de leaders à l’intégrité irréprochable. Thomas Sankara demeure une des preuves que l’Afrique a produit et peut toujours produire de tels leaders. En matière de leadership, il n’est donc plus nécessaire pour les jeunes Africains que nous sommes d’aller chercher nos repères et nos modèles hors du continent africain. Mais pour cela il nous faut d’abord, nous les Africains, comprendre et accepter le fait que Thomas Sankara fait partie de ces héros africains dont la grandeur et les hauts faits ne doivent et ne peuvent être jetés aux oubliettes. Et comme l’a si bien dit le professeur et politologue camerounais Jean-Emmanuel Pondi, « Nul ne peut entretenir un sentiment de fierté civilisationnelle à l’égard d’un continent tel que l’Afrique dans la négation systématique de la grandeur de ses propres héros et dans l’admiration béate et quelquefois surfaite de ceux des autres continents ».

Deuxièmement, notre livre est un document psychologique qui traite du développement personnel (self-development en anglais). L’homme a une capacité innée à s’auto-réaliser. Mais cette réalisation de soi requiert d’abord la connaissance de soi et surtout l’acceptation de soi, c’est à dire le refus d’avoir honte de soi-même quelles que soient nos circonstances passées ou présentes. Et cela, Thomas Sankara l’a bien démontré. Il l’a démontré à travers sa vision positiviste de la nature humaine. Il l’a démontré par la foi qu’il avait en son peuple. Il a prouvé que notre salut se trouve dans l’auto-développement, et que l’homme peut réaliser tout ce que son esprit peut imaginer à condition justement d’exploiter au mieux les ressources qui sont en nous. Le livre démontrera donc, avec des exemples précis, détaillés et inspirants, comment exploiter de façon minutieuse notre potentiel humain pour un plein épanouissement aux plans individuel et collectif.

Troisièmement enfin, c’est un document qui tente d’analyser Thomas Sankara sous l’angle des stratégies publiques. Cela veut dire que le lecteur trouvera dans ce livre non seulement des outils techniques pour une revitalisation des politiques publiques, mais aussi des suggestions pour la formation d’une nouvelle génération de décideurs publics.

Lefaso.net : Donc on peut dire qu’il s’agira de présenter Thomas Sankara comme un saint, un héros incontesté pour les jeunes Africains ?

J.P. : Il ne s’agit pas de présenter Thomas Sankara comme un saint, un ange ou comme un être parfait qui avait raison sur tous les points. Non ! Un proverbe philosophique le dit bien : « Il n’est homme ni chose sans son défaut et souvent ils en ont deux ou trois ». A ceux qui seront donc tentés de voir en Sankara un saint, nous leur rappelons tout simplement ces propos sagaces de Nelson Mandela : « N’oubliez pas qu’un saint est un pécheur qui cherche à s’améliorer ». Tout être humain a des défauts, et Thomas Sankara n’est pas une exception. Il avait ses défauts ; il avait commis des erreurs, peut-être beaucoup d’erreurs, mais à la seule différence qu’il préférait l’autocritique à l’autosatisfaction. Il avait l’intention de développer l’Afrique, il avait à cœur le bien être de son peuple, il avait foi en son peuple, il aimait son peuple, et il avait volontairement payé de sa vie cet amour qu’il avait pour son peuple. Dans ce livre, il s’agit plutôt d’aller au-delà d’une simple biographie pour expliquer clairement en quoi Thomas Sankara peut servir de repère, de modèle pour la jeunesse africaine en matière de leadership. Et cela, nous allons le faire en décrivant l’homme tel qu’il a été et tel qu’il a vécu, c’est-à-dire en prenant en compte ses forces tout comme ses faiblesses.

Lefaso.net : Concrètement, qu’est-ce que ceux qui ont connu et côtoyé Thomas Sankara pourraient attendre ou apprendre de votre livre ?

J.P. : Le recul et l’analyse pertinente qui va au-delà de simples récits ; et surtout la mise en perspective des actions de Sankara avec les réalités socioéconomiques, culturelles et politiques contemporaines. Nous espérons que tous ceux qui liront ce livre pourront mieux cerner l’homme et cela suscitera le partage de détails qu’ils avaient peut-être jusque-là jugés inutiles. Ils pourront, à travers leur critique de l’ouvrage, aider à avoir une meilleure compréhension de l’homme et au mieux un profond respect pour lui.
D’ailleurs, nous tenons à souligner que ce livre est le fruit du soutien de beaucoup d’aînés qui ont connu ou côtoyé Thomas Sankara de son vivant. Ils nous ont aidés avec des témoignages très intéressants, et nous profitons de votre portail pour les remercier. Nous encourageons également toutes les bonnes volontés à nous envoyer leurs anecdotes et témoignages (positifs et/ou négatifs) sur Sankara ou la période révolutionnaire pour contribuer à l’enrichissement de ce document.

Lefaso.net : Votre livre est intitulé provisoirement « Sankaraship ou le Leadership de Thomas Sankara ». D’où vient ce terme « Sankaraship » ? On n’en avait jamais entendu parler.

J.P. : Effectivement, le terme « Sankaraship » n’existait pas. Mais il existe aujourd’hui parce que nous avons osé l’inventer. C’est nous-mêmes qui l’avons créé il y a de cela trois ans déjà, et nous sommes convaincus qu’il intégrera bientôt le dictionnaire. Le terme Sankaraship est une juxtaposition de deux constituants : Sankara + ship. Le premier – (Sankara) – se réfère au nom du président Thomas Sankara, et veut dire tout simplement « leader » ou « capitaine ». De toutes les façons, Thomas Sankara était à la fois capitaine et leader. L’autre constituant – (ship) – est un mot anglais qui veut dire « navire ». Le message est donc clair et simple lorsque vous associez les deux constituants : Sankara était le capitaine (leader) d’un navire. Et ce navire, c’était le peuple Burkinabè, c’était le monde des peuples exploités, c’était le monde des femmes doublement exploitées, c’était la masse des assoiffés de justice. Par « Sankaraship », il faut donc entendre leadership ; mais un type particulier de leadership dont les pratiques et principes ont été incarnés par le président Thomas Sankara. Et ces principes, nous allons les énumérer, les détailler et les expliquer afin qu’ils puissent être enseignés dans nos écoles et partout ailleurs. Pourquoi ? Parce qu’en dehors du souci de rendre à l’homme un hommage à la hauteur de sa stature, mon co-auteur et moi-même avons créé ce terme « Sankaraship » pour exprimer notre souhait de relancer un mouvement, un courant de pensée structurée qui peut non seulement s’étudier et s’enseigner, mais aussi guider et orienter surtout l’élite africaine sur les plans socioéconomique, culturel et de leadership.

Lefaso.net : En clair, qui est votre audience cible ?

J.P. : Nous ciblons de façon générale toute la communauté des lecteurs à travers l’Afrique et le monde parce que le combat de Thomas Sankara était planétaire. Mais nous ciblons particulièrement la jeunesse, les chercheurs, les penseurs et idéologues et tous ceux soucieux du développement de l’Afrique mais en mal de repère. Il existe certes beaucoup d’idéologies sur les meilleures voies de développement de l’Afrique. Mais Thomas Sankara et les pères de la RDP ont eu le mérite inégalé de joindre l’idéologie à la pratique, une pratique qui a fait ses preuves et continue de susciter la curiosité partout. Ensuite nous ciblons les acteurs du développement et tous ceux désireux de se former en leadership social, politique, entrepreneurial ou managérial. Enfin, étant donné que le message du livre est applicable également au domaine du développement personnel, ce livre sera d’un grand apport à tous ceux qui cherchent une nouvelle manière de se gouverner, à tous ceux qui ont soif d’être les architectes de leur propre bonheur.

Lefaso.net : On sait que Sankara est une figure politique. Devrait-on voir dans ce livre un engagement politique ?

J.P. : Si par engagement politique il faut entendre « être actif au sein de la polis, la cité », eh bien nous le sommes. Tous les jeunes Burkinabè le sont. C’est d’ailleurs ce qu’ils ont démontré en 2014. Ils n’étaient pas forcément affiliés à des partis politiques. Mais leur engagement était politique parce que mû par leur conscience de la nécessité de défendre les intérêts de la nation, d’améliorer leurs conditions de vie. On n’a pas forcément besoin de s’engager dans un parti politique ou un syndicat pour servir la nation. Toute forme d’expression protestataire non affiliée dans le but de faire évoluer les choses à l’échelon local, national ou international est, à notre avis, un engagement politique.

Lefaso.net : Il existe des partis politiques d’obédience sankariste au Burkina Faso. Quels sont vos rapports avec les leaders de ces partis politiques ?

J.P. : Nous n’avons aucun rapport particulier avec tel ou tel parti politique au Burkina Faso. Nous nous considérons tout simplement, à l’instar des millions d’Africains, comme des héritiers de Sankara. Et à ce niveau il y a une chose que nous ne devons pas oublier : Sankara n’était pas un politicien. Il était un homme d’Etat. Et comme quelqu’un l’a si bien dit, « La différence entre le politicien et l’homme d’Etat est que le premier pense à la prochaine élection tandis que le second pense à la prochaine génération ». Le combat de Thomas Sankara était pour le bonheur de notre génération et des générations à venir. La preuve est que tous les problèmes dont il avait fait son cheval de bataille et qui lui ont finalement coûté la vie, sont toujours d’actualité aujourd’hui : la question de la dette, celle de la femme, la protection de l’environnement, l’Union Africaine, la justice, l’éducation du peuple, etc.

Lefaso.net : Alors, à quand exactement le livre ?

J.P. : Eh bien, disons que nous travaillons sur ce livre depuis trois ans déjà et en ce moment nous sommes à la phase de finalisation consistant à raffiner certaines idées et à mettre à jour certaines informations. Mais comme nous l’avons dit antérieurement, toutes les bonnes volontés qui désireraient participer à l’enrichissement de ce livre peuvent toujours nous faire parvenir leurs anecdotes et témoignages (positifs et/ou négatifs) sur Sankara ou la période révolutionnaire. Nous encourageons également toutes les bonnes volontés à nous envoyer leurs anecdotes et témoignages (positifs et/ou négatifs) sur Sankara ou la période révolutionnaire pour contribuer à l’enrichissement de ce document. Ils peuvent nous écrire à l’adresse e-mail : [email protected]

Nous espérons pouvoir présenter ce livre au moins d’ici la fin de l’année 2018. Mais après tout nous aimerions saisir l’opportunité d’une date historique comme le 4 août (date de la renaissance de notre pays), le 15 octobre (date de l’élimination physique de Sankara), le 21 décembre (date de naissance de Sankara), ou le 31 octobre (date de la « résurrection » de Thomas Sankara à travers la victoire de son peuple uni autour d’un même crédo : La patrie ou la mort nous vaincrons !)

Lefaso.net

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