19e Journées Théâtrales de Carthage : «Adjugé» ou pas ?

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 Ceci est un article de Zouhour Harbaoui, journaliste tunisienne, sur les conditions d’organisation des Journées théâtrales de Carthage (JTC). 

Sur cinq pièces burkinabè dont la candidature est parvenue aux Journées théâtrales de Carthage (JTC), une seule a été retenue pour représenter le Burkina Faso. Mais «Adjugé», mise en scène par Ildevert Méda, sera-t-elle vraiment de la partie ?

«Huis-clos» d’Edwige Kimetaremboum, «Demain, c’est dimanche» et «L’autopsie» de Hamadou Mandé, «Vérité et mensonge» de Hyacinthe Kabré et Nongodo Ouédraogo, et «Adjugé» d’Ildevert Méda sont les cinq pièces burkinabè qui ont été proposées à la sélection des Journées théâtrales de Carthage, dont la 19e édition se tiendra, à Tunis, du 08 au 16 décembre 2017.

Compte tenu qu’il a été imposé au comité de sélection (hors équipe organisation de ce festival) de choisir uniquement 6 pièces d’Afrique subsaharienne, soit 3 pour la compétition et 3 pour le panorama, il n’a retenu que «Adjugé». Cette dernière a été admise pour la compétition. Mais y sera-t-elle vraiment ? Il y a de quoi se poser la question quand on sait que le transport international est à la charge des troupes et que malgré les efforts de la compagnie de théâtre «Evasion», productrice de la pièce, pour avoir un soutien au niveau des billets d’avion, les démarches sont restées infructueuses. A moins d’un grand coup de pouce de la part du ministère de la Culture et du Tourisme du Burkina Faso…

Parce qu’avoir été choisi en compétition pour les JTC est un exploit en soi ! En effet, même si le comité de sélection devait être souverain, le chef de la cellule programmation a imposé ses diktats : non à une forte présence du théâtre africain subsaharien !

Pour lui, les Africains subsahariens ne valent rien et leur théâtre encore moins que rien ! De toute manière, que peut lui apporter le quatrième art africain subsaharien à part lui ouvrir l’esprit, lui faire découvrir d’autres pensées et approches théâtrales ? Il va même jusqu’à trouver trop de «négritude» dans l’affiche de cette 19e édition.  Pour lui, il n’y a que le théâtre arabe de vrai ! Peut-être aussi que c’est le seul qui lui soit, intellectuellement, accessible… Il est bien dommage que Hatem Derbel, le directeur de ce festival arabo-africain pour cette édition et pour la prochaine session, se soit entouré de ce genre de personne ayant l’esprit plus qu’étriqué, qui risque de rempiler l’année prochaine !

Cette limite mise au théâtre africain subsaharien se ressent aussi bien dans la programmation que dans les invités. Ainsi, outre «Adujgé», les autres pièces en compétition sont «4.48 psychose» (Côte d’Ivoire) de Souleymane Sow et Tella Kpomahou, et «Je tuerai le singe» (Mali) mise en scène collective. Ces deux pièces seront présentes puisque le comité directeur a décidé de prendre en charge leur transport international. Mais est-ce vraiment le comité directeur ou les ambassades de ces deux pays en Tunisie ?

Notons qu’en compétition se trouvent 2 pièces tunisiennes et… 6 arabes ! Deux pièces tunisiennes en compétition selon le statut des JTC datant de 1983. Mais ce statut ne précise pas que les Arabes doivent, obligatoirement, avoir la suprématie sur les Africains subsahariens ! Du côté de la section «Panorama», au départ 3 pièces africaines ont été sélectionnées, à savoir «Les Bonnes» de Côte d’Ivoire, «Ticha Ticha» de Guinée Conakry, et «Vous mourrez dans 10 jours» de la République du Congo. La compagnie Bélica Théâtre de Guinée s’est désistée car ne pouvant financer son transport international. L’Atelier Bobatu de Brazzaville est en passe de le faire aussi pour le même motif. Quant aux «Bonnes», elles sont bonnes pour participer puisque les JTC leur ont accordées deux billets pour les comédiennes. Grâce à l’ambassade de Côte d’Ivoire qui aurait accordé cinq billets d’avion ?

Il est à noter que les Journées théâtrales de Carthage ont reçu une trentaine de candidatures d’Afrique subsaharienne et que le spectacle franco-burkinabè «Du désir d’horizons» du chorégraphe Salia Sanou a été programmé pour la soirée d’ouverture.

Limite également du côté des invités subsahariens pour lesquels cela a été un véritable jeu de chaises musicales. De 9, ils sont passés à 11 puis à 8 (voire à 6). Il s’agit des Burkinabè Kira Claude Guingané et Etienne Minoungou (Hamadou Mandé et Aristide Tarnagda s’étant excusés), des Ivoiriens Ablas Ouédraogo et Yacouba Konaté, du Béninois Eric-Hector Hounkpé, du Congolais Hugues Serge Limbvani (encore dans le doute), du Sénégalais Ousmane Diakhaté (membre du jury) et de la Kenyane Mumbi Kaigwa (dans l’expectative pour un problème de passeport). Il semblerait que les JTC ont décidé rendre hommage à cette dernière pour ne pas se faire taxer de racistes.

Six ou huit invités africains subsahariens contre une cinquantaine d’invités arabes, l’Afrique malgré son immensité territoriale et sa diversité culturelle, ne fait, décidément, pas le poids face au Monde arabe !

Zouhour HARBAOUI

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